Trente ans après Atlanta, Marie-José Pérec est marraine, coach mentale, conférencière et auteure primée. Portrait d’une reconversion discrète et totale.
Marie-José Pérec, Commandeur de la Légion d’honneur depuis juillet 2024 et auteure d’une autobiographie primée en octobre 2025, est aussi, depuis le 10 mars 2026, ambassadrice d’une course caritative mondiale et elle en prend le départ le jour de son anniversaire. À 58 ans, elle ne commémore pas : elle travaille.
La vasque, la main de Teddy, et trente ans d’un coup
Le 26 juillet 2024, peu avant minuit, Marie-José Pérec entre dans le jardin des Tuileries avec Teddy Riner et allume la vasque olympique devant une audience estimée à trois milliards de téléspectateurs. Ce qu’elle ignore jusqu’à la veille, c’est l’identité de son partenaire. Contactée par Tony Estanguet, président du COJOP, pour être la dernière relayeuse de la flamme, elle pensait à Zinédine Zidane. C’est en pénétrant dans le Louvre qu’elle voit le judoka. « J’ai demandé à Teddy : « On se donne la main ? » C’était tellement plus grand que nous », a-t-elle indiqué après la cérémonie.
Depuis Atlanta 1996, son dernier grand soir, aucun moment national ne lui avait été donné de cette ampleur. Vingt-huit ans séparent les deux scènes. Entre les deux, Sydney 2000 et tout ce qui a suivi. « Le sentiment de reprendre ma place », a-t-elle déclaré dans les jours suivants. Quatre mots, sans développement. Ils contiennent tout.
Cinquante athlètes, neuf axes, un programme méconnu
Ce que le grand public ne sait pas, c’est que Marie-José Pérec travaille depuis plusieurs années comme coach mentale au sein de la Fédération Française d’Athlétisme. Le dispositif s’appelle Ambition 2024. Il réunit une cinquantaine de jeunes athlètes identifiés pour les Jeux de Paris. Le programme Fly, dont elle est l’une des chevilles ouvrières, structure ce travail en neuf axes : concentration, affirmation, engagement, dépassement de soi, entre autres. Son approche ne doit rien aux méthodes autoritaires : elle puise dans sa propre expérience des crises, Atlanta comme sommet, Sydney comme effondrement, pour donner aux athlètes des outils de gestion de la pression et de préservation de la santé mentale.
En parallèle, elle a développé une activité de conférencière en entreprise qui dépasse la centaine d’interventions. Ubisoft, Generali, et en décembre 2025 emlyon business school dans le cadre de son programme pour sportifs de haut niveau : son message porte sur la performance dans les environnements compétitifs, et sur la fidélité à ses propres valeurs quand l’environnement pousse à s’en écarter.
Depuis 2024, elle est la marraine officielle de France Alzheimer et maladies apparentées, l’association nationale d’accompagnement des familles concernées par une pathologie qui touche 1,2 million de Français. Elle était présente à la première édition de la course solidaire Memorun, au bois de Vincennes en 2023, et y est revenue en 2025. Le 9 mai 2026, invitée des Interviews d’Inter sur France Inter, elle a déclaré : « Faire une activité physique, c’est un médicament. » La veille, elle avait pris le départ du Wings for Life World Run au Domaine national de Saint-Cloud, ambassadrice France de l’événement depuis mars 2026, course lancée le jour de son 58e anniversaire.
231 pages, et ce qu’elle n’avait jamais dit
En mai 2025, Solar publie Ma vie olympique. 231 pages, 24 planches photos. C’est la première fois que Marie-José Pérec dit tout, par écrit, avec son nom sur la couverture. Elle y raconte ses débuts à Basse-Terre en Guadeloupe, l’envol vers Paris à 16 ans, la gloire d’Atlanta et Sydney, la dépression, les mois sans sortir de chez elle, ce qu’elle appelle les « blessures invisibles ». En ouverture, elle écrit : « De Barcelone 1992 à Paris 2024, quarante années se sont écoulées avec une fulgurance presque irréelle, un souffle, comme mes 48 secondes 25 sur 400 m à Atlanta. »
En octobre 2025, le livre reçoit le Prix de l’Autobiographie Renaud de Laborderie aux Sportel Awards à Monaco. La parution suit Paris 2024 de quelques mois : après la réconciliation publique du 26 juillet, le livre fonctionne comme une réconciliation littéraire, un règlement de comptes avec une histoire que la presse, pendant vingt-cinq ans, avait racontée à sa place.
48 secondes 25 : le chrono qui résiste au temps
Le 29 juillet 1996, au Centennial Olympic Stadium d’Atlanta, Marie-José Pérec court le 400 m en 48 secondes 25. Ce temps constitue, hors les performances de Marita Koch (47 s 60, 1985) et Jarmila Kratochvilova (47 s 99, 1983) jugées entachées de doute, et après la victoire de Marileidy Paulino en 48 s 17 aux Jeux de Paris 2024, l’une des meilleures performances de l’histoire sur cette distance. Il avait été le record olympique de l’épreuve pendant vingt-huit ans, jusqu’en 2024.
Ce jour-là, elle réalise aussi le doublé 200 m – 400 m aux Jeux : seule la deuxième athlète de l’histoire, après l’Américaine Valerie Brisco-Hooks en 1984, à accomplir cet enchaînement. Elle avait déjà remporté le titre olympique du 400 m à Barcelone en 1992 : elle devient ainsi le premier athlète, homme ou femme, à conquérir deux titres olympiques consécutifs sur cette distance. Elle entre aux Jeux d’Atlanta comme porte-drapeau de l’équipe de France.
Le palmarès est complet avant Sydney : trois médailles d’or olympiques, deux titres aux Championnats du monde, le 400 m à Tokyo en 1991, le 200 m à Göteborg en 1995. Les records de France du 200 m (21 s 99, établi le 2 juillet 1993), du 400 m (48 s 25, 1996) et du 400 m haies (53 s 21, 1995) portent encore son nom en 2026. En 2013, l’IAAF l’intègre à son Temple de la renommée par dérogation, elle n’a jamais établi de record du monde, critère habituel d’admission, et la décision est justifiée par son « impact extraordinaire sur le sport ». En juillet 2024, par décret présidentiel publié au Journal officiel du 9 juillet, elle est promue au grade de Commandeur dans l’Ordre national de la Légion d’honneur.
Sydney 2000 : vingt ans avant d’en parler
Le 20 septembre 2000, Marie-José Pérec quitte Sydney sans avoir couru. Elle est là depuis quelques jours. La pression médiatique est maximale : la course est présentée comme un duel avec l’Australienne Cathy Freeman, portée par tout un pays. Dans son hôtel, elle subit du harcèlement, des menaces, une intrusion dans sa chambre. Elle prend l’avion. La France ne comprend pas. Les critiques sont immédiates et sévères.
Ce qui suit, elle le décrit en 2025 sur France 5 sans chercher ses mots : « Je suis restée des mois sans sortir de chez moi. J’avais pas envie de me laver, j’avais pas envie de manger, j’avais envie de voir personne. » La dépression dure. Elle ne retournera jamais au très haut niveau. En juin 2004, la retraite sportive est officielle.
Pendant vingt ans, elle parle peu. Quelques apparitions télévisées lors de Jeux, Canal+ à Athènes en 2004, L’Équipe 21 et RTL à Rio en 2016, France 3 et RTL à Paris en 2024, mais aucune prise de parole prolongée sur Sydney ni sur la dépression. Ma vie olympique, en 2025, est le premier document où elle traite le sujet de front. Paris 2024 a précédé le livre de quelques mois : elle dit elle-même que la cérémonie d’ouverture a rendu l’écriture possible.
Le 17e, Nolan, et Sébastien Foucras
Marie-José Pérec vit dans le 17e arrondissement de Paris depuis son arrivée en métropole à l’âge de 16 ans. En avril 2026, elle a décrit à Gala ses trajets quotidiens : le parc Monceau, la promenade Pereire, son chien. Pour les dîners en famille, le Nonno Nino ; pour les repas de clan, Dessirier, rue Brémontier. « Je ne m’en lasse jamais », a-t-elle indiqué.
Son compagnon depuis leur rencontre aux Jeux d’Athènes en 2004, Sébastien Foucras, est médaillé d’argent olympique en saut acrobatique aux Jeux de Nagano en 1998. Ils ont un fils, Nolan, né le 30 mars 2010. Pérec avait 41 ans à sa naissance. « Jamais je n’aurais pensé pouvoir autant me détacher de ma personne pour aimer quelqu’un d’autre », a-t-elle déclaré en 2025. En avril 2026, elle dit vouloir lui transmettre « le plaisir de bouger ». Nolan pratique le triathlon.
Le 9 mai 2026, veille du Wings for Life World Run, sur France Inter, interrogée sur sa définition de l’activité physique, elle a répondu en une phrase : « Faire une activité physique, c’est un médicament. » Elle court le lendemain.