Que devient Thierry Marie ?

30/05/2026

Ancien maillot jaune du Tour, Thierry Marie vit désormais de son entreprise de jardinage à Évreux, entre souvenirs de 1991 et devis pour tailles de haies.

Le taille-haie couvre presque sa voix. Sur une annonce publiée le 23 février 2026, Thierry Marie propose à Évreux des « travaux d’entretiens de jardins », de la taille de haies, de la tonte de pelouse, du débroussaillage et de la taille de rosiers, avec devis gratuit et crédit d’impôt de 50%. Le nom du prestataire n’est pas présenté comme celui d’un simple artisan local : l’annonce rappelle qu’il a « fait plusieurs fois le Tour de France » et porté « à plusieurs reprises le Maillot jaune ».

À Évreux, ATM

Les bases publiques d’entreprises recensent une structure A.T.M. rattachée à Thierry Marie, avec une activité déclarée de services d’aménagement paysager à Évreux. Des annuaires professionnels reprennent la même présentation, en associant l’ancien coureur cycliste à une activité de paysagiste dans l’Eure. En 2026, Thierry Marie apparaît donc publiquement d’abord comme artisan des espaces verts, non comme consultant régulier, directeur sportif ou responsable politique.

Dans un entretien publié en mars 2022, Thierry Marie a indiqué avoir lancé sa propre entreprise en novembre 2011. Il a précisé qu’il partait alors avec « zéro client » et qu’il s’était appuyé sur son « côté commercial » pour développer sa clientèle. Il a aussi déclaré travailler seul : « Je suis tout seul dans l’entreprise. »

La formule la plus directe sur cette reconversion apparaît dans le même entretien. Après avoir expliqué qu’il n’avait « pas besoin d’employés pour le moment », il a ajouté : « Un coureur cycliste n’est pas fainéant ! » La phrase donne le ton de sa vie d’après : un travail manuel, autonome et physique, loin des voitures suiveuses et des plateaux de télévision.

Reprendre le jardin

Thierry Marie a expliqué en 2022 avoir appris le jardinage en 1977, « en même temps » qu’il commençait le vélo. Ce point est central dans son récit, car il ne présente pas ATM comme une activité improvisée après le sport, mais comme le retour à un métier plus ancien que sa carrière professionnelle. Il a déclaré : « J’ai simplement repris mon ancien métier. »

Après ses années dans le peloton, il a indiqué avoir exercé « pas mal de métiers », notamment comme commercial chez Fenioux. Il a aussi relié cette période à un épisode physique précis : « J’ai eu une sciatique carabinée », a-t-il déclaré, en évoquant les longues heures passées en voiture. Le retour au jardinage est donc raconté par lui en termes très concrets : moins de route, plus de travail extérieur, et un rapport plus direct au corps et à l’effort.

Il ne présente pas pour autant cette activité comme un refuge facile. « Le métier a changé. Je dois m’adapter. C’est tout de même un métier physique », a-t-il déclaré. Le jardinage apparaît ici comme une activité de chantier, avec ses contraintes techniques, ses journées dehors et ses exigences de régularité.

Huit mille kilomètres

Le vélo n’a pas disparu de son emploi du temps. En mars 2022, Thierry Marie indiquait encore parcourir « 8000 kilomètres par an ». Il précisait qu’il sortait « tous les dimanches avec des copains » et qu’il lui arrivait de faire « jusqu’à 600 kilomètres en trois jours ». Il mentionnait aussi une participation récente aux 24 Heures du Mans.

Ces chiffres doivent être lus pour ce qu’ils sont : une déclaration datée de 2022, et non une mesure documentée pour 2026. Ils restent néanmoins la dernière indication publique précise donnée par Thierry Marie lui-même sur son niveau d’activité à vélo. Ils complètent le portrait d’un ancien rouleur du Tour qui continue à pratiquer longtemps et régulièrement, sans avoir cherché à transformer cette pratique en métier médiatique.

Le Havre, 11 juillet 1991

Le point de fixation de sa mémoire publique reste l’étape Arras-Le Havre du 11 juillet 1991. Ce jour-là, Thierry Marie remporte la sixième étape du Tour après 234 kilomètres d’échappée solitaire, une distance encore présentée comme la deuxième plus longue échappée victorieuse de l’histoire de la course. Dans un entretien accordé en 2022, il a désigné cette journée comme « le plus beau souvenir » de sa carrière.

Son récit de l’étape reste précis. « Si l’étape n’était pas arrivée en Normandie, je me serais peut-être relevé », a-t-il déclaré. Il a ajouté que Bernard Hinault lui avait lancé qu’il était « cinglé » lorsqu’il s’était retourné pendant son raid solitaire. L’exploit prend alors une forme plus concrète : une route longue, une décision prise tôt, et une arrivée au Havre dans sa région natale.

En juillet 2025, il est revenu sur cet épisode au moment où le Tour s’apprêtait à repasser par Caen. « La victoire au Havre, c’est le couronnement de ma carrière », a-t-il déclaré. La même occasion a permis de rappeler qu’il faisait partie des 25 coureurs ayant porté le maillot de leader sur les trois Grands Tours.

Le champion des prologues

Sa carrière ne se résume pas au Havre. Les bases historiques du Tour de France recensent 12 participations entre 1985 et 1996, 6 victoires d’étape et 7 jours en maillot jaune. D’autres portraits publiés dans la presse rappellent qu’il avait bâti sa réputation sur sa puissance sur courte distance, avec plusieurs prologues remportés sur le Tour, le Giro et la Vuelta.

Dans un entretien de 2022, Thierry Marie a lui-même résumé ce registre : « J’en ai quand même gagné cinq : trois du Tour, un du Giro, un de la Vuelta. » Cette ligne de palmarès dessine un profil clair : un spécialiste des efforts courts, capable aussi d’un raid hors normes vers Le Havre.

Hors du circuit

La trajectoire d’après-carrière tient aussi à ce qu’elle n’est pas devenue. Thierry Marie a expliqué avoir voulu « changer » après avoir accumulé plusieurs expériences professionnelles. Les informations publiques récentes ne l’associent ni à un poste de directeur sportif dans une équipe professionnelle, ni à une présence régulière comme consultant dans un grand média national.

Ses prises de parole publiques récentes restent ponctuelles et liées au passage du Tour ou à la mémoire de ses exploits. D’un côté, il revient sur son amour de la Normandie et sur son échappée victorieuse vers Le Havre. De l’autre, il apparaît dans des annonces locales comme un artisan proposant ses services pour des tailles de haies et des tontes de pelouse.

Ce croisement entre deux identités reste le cœur du sujet. En 2026, Thierry Marie existe publiquement à la fois comme ancien maillot jaune du Tour et comme jardinier-paysagiste à Évreux. Le premier nom attire encore l’attention ; le second dit ce qu’est devenue sa vie quotidienne.

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Journaliste sportif depuis 2015, Thomas Moreau est spécialisé dans le cyclisme et le hand.

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