Pourquoi la France est la grande favorite de la Coupe du monde

10/06/2026

Favoris des bookmakers, de l’opinion et des modèles statistiques, les Bleus abordent la Coupe du monde 2026 avec un effectif sans précédent et une attaque à son apogée.

À huit jours du coup d’envoi du Mondial nord-américain, un triplé a changé l’ambiance dans le vestiaire français. Quatre jours après une défaite que personne n’avait vue venir, Michael Olise a inscrit les trois buts de la victoire contre l’Irlande du Nord. Quarante pour cent des Français et 55 % des amateurs de football pronostiquent un sacre tricolore, selon un baromètre Odoxa, loin devant l’Espagne et le Brésil. Les statistiques, les bookmakers et les anciens champions disent la même chose.

Olise, le signal

Le 8 juin à Lille, Michael Olise a inscrit les trois buts de la victoire française contre l’Irlande du Nord (3-1), lors du dernier match de préparation avant le Mondial. L’ailier du Bayern Munich, 24 ans, n’avait pas été titulaire quatre jours plus tôt lors de la défaite contre la Côte d’Ivoire. Didier Deschamps, le sélectionneur des Bleus depuis 2012, l’a lancé d’entrée, il a répondu trois fois.

Cette défaite du 4 juin à Nantes, 1-2, était la première de l’histoire des Bleus face aux Éléphants. Elle avait mis en lumière des lacunes précises : mauvaise gestion des fins de match, couloirs insuffisamment couverts sur les contre-attaques. Deschamps avait dit sans détour : « Cela demande des corrections. »

Quatre jours plus tard, Olise marquait à la 23e, à la 51e et à la 78e minute.

Le 16 juin à East Rutherford, dans le New Jersey, la France ouvre sa Coupe du monde contre le Sénégal, quart de finaliste en 2022. Deschamps dispose de dix jours pour calibrer ce qu’il a vu à Lille.

763 sélections, 26 joueurs

Le 14 mai 2026, Didier Deschamps a annoncé sa liste lors du journal de 20 heures de TF1. Les 26 joueurs totalisent 763 sélections, une « sélection » désignant chaque match joué sous le maillot national, soit 29,35 en moyenne par joueur, contre 25,04 pour la liste publiée en novembre 2025. Cinq d’entre eux dépassent les 50 : Lucas Digne, N’Golo Kanté, Adrien Rabiot, Ousmane Dembélé et Kylian Mbappé.

William Saliba (Arsenal, 25 ans) est présenté depuis deux saisons par les analystes comme l’un des meilleurs défenseurs centraux au monde. Deschamps a trois options pour l’épauler : Dayot Upamecano pour sa puissance physique et sa relance, Ibrahima Konaté pour sa verticalité et ses duels aériens. Peu de sélections peuvent revendiquer une telle variété de profils à ce poste.

Kanté a 35 ans et joue à Fenerbahçe, en Turquie. Dans les matchs à élimination directe, Deschamps le décrit comme un « gestionnaire irremplaçable ».

Devant, quatre joueurs de moins de 25 ans ont décroché leur médaille d’argent olympique à Paris 2024 avant d’intégrer l’équipe A : Olise (Bayern Munich), Bradley Barcola (PSG, 23 ans), Rayan Cherki (Manchester City, 22 ans), Désiré Doué (PSG, 21 ans). « Je ne vais pas me priver des joueurs offensifs, car j’en ai beaucoup », a déclaré Deschamps en conférence de presse le 14 mai.

27 ans, 56 buts

Au 1er juin 2026, Kylian Mbappé totalise 56 buts en 98 sélections avec l’équipe de France, selon les données officielles de la FFF, un but toutes les deux rencontres en moyenne. Il a 27 ans.

Les spécialistes en sciences du sport identifient 26-28 ans comme le pic de performance d’un attaquant de haut niveau : vitesse, lecture du jeu et résistance physique atteignent leur maximum simultané. Mbappé s’y trouve en ce moment précis.

Sa saison au Real Madrid s’est conclue sur 42 buts et 3 passes décisives toutes compétitions confondues, dont 25 en championnat d’Espagne. En mars 2026, au Gillette Stadium de Foxborough, dans le Massachusetts, c’est lui qui a ouvert le score contre le Brésil d’une frappe à la 32e minute, lors de la tournée de préparation américaine.

En Coupe du monde, il a marqué 12 buts en deux éditions, quatre en 2018 et huit en 2022. Le record absolu appartient à l’Allemand Miroslav Klose, avec 16 buts sur l’ensemble de sa carrière internationale. Les modèles statistiques d’Opta, la société d’analyse de données sportives qui alimente la plupart des grandes fédérations européennes, estiment probable de le voir tomber dans ce tournoi.

En novembre 2022, lors des tirs au but de la finale de Lusail, au Qatar, Mbappé avait tiré le quatrième penalty français, arrêté par le gardien argentin Emiliano Martínez. Il disputera son troisième Mondial avec ce souvenir-là.

Deschamps lâche les attaquants

Depuis fin 2024, le schéma tactique des Bleus a évolué de façon visible. Quand la France a le ballon, le latéral gauche Théo Hernandez monte très haut pour surcharger le côté de Mbappé, transformant de fait une défense à quatre en une défense à trois. Quand elle le perd, l’équipe se replie en bloc compact avec deux lignes de quatre joueurs et un pressing organisé pour récupérer le ballon haut sur le terrain.

Pendant la préparation, Deschamps a aligné un quatuor offensif, Mbappé, Olise, Barcola, Cherki, simultanément sur le terrain. Ce dispositif à quatre attaquants n’a jamais figuré dans son répertoire depuis sa prise de fonction en 2012.

L’exposition défensive est réelle. Deschamps l’a dit lui-même : « Mais cela demande des corrections. » La compensation repose sur Tchouaméni, Zaïre-Emery et Kanté pour refermer les espaces, un milieu capable de défendre en sprint après une perte de balle haute sur le terrain adverse.

Qualification dès novembre, tournée américaine maîtrisée

Le 13 novembre 2025, la France a battu l’Ukraine 4-0 au Parc des Princes, devenant la deuxième nation européenne qualifiée pour le Mondial. Mbappé a inscrit un doublé (55e et 83e), Olise a participé à la soirée. Sur l’ensemble du groupe D des éliminatoires, les Bleus ont enregistré cinq victoires et un nul en six matchs, soit 16 points sur 18 possibles.

En mars 2026, la tournée de préparation aux États-Unis a permis de tester les conditions du Mondial à venir. Au Gillette Stadium de Foxborough, devant 66 215 spectateurs, la France a battu le Brésil 2-1 malgré une réduction à dix joueurs après l’exclusion d’Upamecano en seconde période. Quatre jours plus tard, victoire 3-1 contre la Colombie à Landover, dans le Maryland. Ce résultat a porté à onze le nombre de matchs consécutifs dans lesquels les Bleus ont marqué au moins deux buts.

Haaland dans le groupe

Le 5 décembre 2025 à Washington, le tirage au sort a placé la France dans le groupe I avec le Sénégal, la Norvège et l’Irak. Trois matchs sur la côte Est : East Rutherford le 16 juin, Philadelphie le 22 juin, Foxborough le 26 juin.

Le Sénégal, quart de finaliste en 2022, mérite des précautions en match d’ouverture. L’Irak ne constitue pas un obstacle comparable. Mais c’est la Norvège qui concentre les regards en troisième journée.

Erling Haaland dispute sa première Coupe du monde. Son pays n’avait plus participé à la compétition depuis 1998, une génération entière d’absences. Autour de lui, la génération norvégienne la plus talentueuse de son histoire : Martin Ødegaard, Alexander Sørloth, Antonio Nusa, Oscar Bobb. Après le tirage, Haaland a déclaré : « C’est plutôt difficile. Si vous espériez tomber sur le groupe le plus facile, vous avez de quoi être déçu. »

Le 26 juin à Foxborough, Mbappé et Haaland seront sur le même terrain. En tant que tête de série, statut accordé aux nations les mieux classées au moment du tirage qui garantit de ne pas croiser d’autre favori dès le premier tour, la France ne peut pas affronter une équipe de même rang avant les huitièmes de finale.

Ce que les modèles calculent

Les données d’Opta publiées en mai 2026 donnent à la France 12 à 13 % de probabilité de remporter le titre, contre 15 à 16 % pour l’Espagne. L’accès en finale : 20,21 % pour les Bleus, 24,94 % pour les champions d’Europe en titre, sacrés à l’Euro 2024 en Allemagne. Les bookmakers internationaux cotent la France entre 6,00 et 7,50, ce qui signifie qu’une mise de 1 euro rapporterait entre 6 et 7,50 euros en cas de titre, dans le duo de tête avec l’Espagne.

Le même modèle identifie une finale France-Espagne comme le scénario le plus probable du tableau et chiffre à 47 % les chances françaises d’atteindre les quarts de finale, à 33 % celles d’atteindre le dernier carré.

Un sondage Odoxa réalisé pour Winamax et RTL donne une lecture différente côté grand public : 40 % des Français et 55 % des amateurs de football pronostiquent un sacre tricolore. L’Espagne arrive en deuxième position à 11 %, le Brésil à 9 %.

Marcel Desailly, défenseur champion du monde en 1998 avec la France, 116 sélections au total, a exprimé sa position lors des Laureus Awards : « Mon choix pour la Coupe du monde ? La France, sans l’ombre d’un doute. Je ne peux pas dire autre chose. Ils ont prouvé lors des matchs amicaux que, wow, la France demeure l’une des meilleures équipes pour ce tournoi. »

Ce qui peut faire dérailler les Bleus

En Ligue des Nations 2025, la compétition européenne entre nations qui se tient entre deux grands tournois, l’Espagne a inscrit cinq buts contre la France. Le 4 juin à Nantes, la Côte d’Ivoire a gagné 2-1 sur des lacunes précises en fin de match et sur les contre-attaques. Ces deux résultats documentent une fragilité défensive que le triplé d’Olise contre l’Irlande du Nord ne referme pas.

Le dispositif à quatre attaquants expose mécaniquement les couloirs. Dans les phases à élimination directe, contre des équipes qui défendent profondément avant de repartir vite vers l’avant, cette exposition peut coûter cher.

La Norvège, en troisième journée, pourrait être ce test : Haaland dans un Foxborough rempli, Ødegaard dans l’axe, une qualification à confirmer. La configuration réunit les ingrédients d’un match sous pression maximale, exactement le contexte dans lequel les failles défensives françaises ont été visibles cette saison.

L’Espagne attend dans le tableau. Tenante du titre européen, première dans les probabilités Opta, elle est la seule nation que les modèles placent devant la France, et le scénario d’une demi-finale entre les deux équipes est celui que les projections de tableau jugent le plus probable de ce Mondial.

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Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.

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