Daniel Riolo contre Luis Enrique : deux ans de haine

08/05/2026

« Luis Enrique est une supercherie comme on n’en a jamais eu au PSG. » Pendant deux ans, Daniel Riolo a mené contre Luis Enrique l’une des campagnes de dénigrement les plus soutenues de l’histoire récente du journalisme sportif français.

Le 31 mai 2025, le PSG écrasait l’Inter Milan 5-0 en finale de la Ligue des champions. C’était le premier titre continental de l’histoire du club. La presse mondiale s’extasiait devant le travail accompli par Luis Enrique, qui avait transformé une équipe de stars égocentriques en une machine collective, faisant éclore des talents que personne n’attendait à ce niveau.

Daniel Riolo, éditorialiste de l’After Foot sur RMC, davantage connu pour ses sorties polémiques que pour la rigueur de ses analyses, avait qualifié ce même Luis Enrique de « pire entraîneur de l’histoire du PSG », de « supercherie », d’« énorme pipe ». Pendant deux ans, semaine après semaine, sur la même antenne. La plupart du temps sans source. Sans nuance. Sans que la rédaction de RMC n’émette publiquement la moindre réserve.

Face à l’évidence des résultats, le virage s’amorce à l’automne 2025. Riolo concède alors, sur l’After Foot, que Luis Enrique est devenu « nickel » dans sa communication : « Pendant un an, on n’a jamais entendu ça (…) il n’y a pas de mépris ou d’arrogance. » La formulation est habile : elle porte sur la communication, pas sur le football. Elle ne mentionne pas les deux ans de dénigrement qui précèdent. Elle ne les regrette pas.

En mai 2026, après la qualification du PSG pour une deuxième finale consécutive, Riolo franchit le pas sur la même antenne : « âge d’or », équipe « encore plus forte que l’année dernière », « franchement incroyable ». Le retournement est complet. Il est aussi maladroit qu’il est spectaculaire : adopter sans transition le registre de l’admiration après deux ans d’invectives documentées, c’est espérer que l’audience a la mémoire courte.

Elle ne l’a pas. Sur les réseaux sociaux, les archives ressurgissent immédiatement, citations datées et sourcées. Le problème dépasse Riolo. Chaque louange qu’il adresse aujourd’hui à Luis Enrique rappelle mécaniquement ce qu’il en disait hier, et pose la même question à la rédaction sportive de RMC qui l’a laissé faire : qui validait ces diatribes ? Qui les cautionnait par son silence ? Une rédaction qui n’a pas su corriger un éditorialiste dans l’erreur pendant deux ans peine à faire valoir son autorité le jour où il se ravise.

L’inventaire d’une campagne

« Pire entraîneur de l’histoire du PSG. » « Énorme pipe. » « Football communiste. » Ces formules jalonnent deux saisons d’antenne sur RMC, depuis la nomination de Luis Enrique à l’été 2023. Aucune n’est une analyse. Toutes sont faites pour circuler.

En octobre 2023, sur l’After Foot, Riolo attaque le système tactique en 4-2-4 : « Quelle équipe en Europe joue comme ça ? C’est de la merde. » En novembre 2024, après une défaite du PSG contre l’Atlético en Ligue des champions, il assure sur RMC : « Je ne vois pas un joueur qui progresse » sous Luis Enrique. En septembre 2024, Ousmane Dembélé est écarté du groupe avant un match contre Arsenal. Riolo conclut sur l’After Foot : « C’est une situation d’échec. Luis Enrique, c’est un dictateur. » En février 2026, Luis Enrique recadre Dembélé en conférence de presse après la défaite à Rennes. Même sentence, même antenne : « Visiblement, on n’a pas le droit de parler. »

Quand la critique devient jugement moral

Mars 2024. Sur l’antenne de RMC, Riolo déclare : « C’est une personne que je n’aime pas. Humainement, je ne l’aime pas. Je n’aime pas ce qu’il dégage, je ne pense pas que ce soit quelqu’un de bien. Je pense que c’est quelqu’un d’extrêmement prétentieux qui n’a pas de grande valeur humainement. Je n’ai pas souvent dit ça en 18 ans d’After. » Ce n’est pas une information. Ce n’est pas une analyse. C’est une déclaration d’antipathie personnelle diffusée sur une antenne nationale de radio sportive, sans fait à l’appui. Luis Enrique remportera la Ligue des champions quatorze mois plus tard.

En décembre 2024, toujours sur RMC, Riolo assure que « la moitié » du vestiaire « ne peut plus le blairer (…) c’est l’aboutissement des méthodes despotiques d’un entraîneur ». Aucune source. Aucun document. Quelques semaines plus tôt, sur la même antenne, il avait posé sa méthode à nu : « Au PSG, tout le monde dit que le groupe adore Luis Enrique. Il paraît que le groupe vit extraordinairement bien. Moi je sais que ce n’est pas vrai. » Une affirmation invérifiable présentée comme une certitude, procédé efficace en radio, étranger au journalisme.

En janvier 2024, sur l’After Foot, Riolo affirme que Luis Enrique « fait croire qu’il a pris des décisions avec Mbappé » alors que « c’est un mensonge ». Le PSG, sans Mbappé, a soulevé la Ligue des champions.

La relaxe qui accable

Luis Enrique n’est pas la seule cible. En janvier 2023, Riolo tourne ses attaques vers Didier Deschamps — et cette fois, le sélectionneur des Bleus répond devant les tribunaux.

Entre janvier et mars 2023, dans le cadre de l’After Foot sur RMC, Riolo accuse Deschamps d’avoir « dissimulé sciemment la vérité au monde entier sur le départ de Karim Benzema » lors du Mondial 2022, le qualifie de « menteur », et affirme qu’il apparaît « dans toutes les affaires louches du football français ». Deschamps porte plainte pour diffamation, une démarche inédite en quarante ans de carrière.

À l’audience du 20 novembre 2025, il déclare : « Il est impossible pour moi de laisser passer ces propos qui portent atteinte à mon honnêteté, à mon honneur. Il attaque l’homme que je suis. »

Le 29 janvier 2026, Riolo est relaxé, faute de faits suffisamment précis pour caractériser la diffamation. Le jugement acte néanmoins que ses propos, « exprimés sous forme d’anathèmes et en des termes blessants », traduisent « une volonté de jeter le discrédit sur Didier Deschamps » et constituent « un procès d’intention ». Le procureur avait dénoncé, noir sur blanc, « une recherche de buzz du chroniqueur ». Et la formule du procureur est celle d’un officier ministériel, pas d’un détracteur.

En 2013, le livre Racaille Football Club qualifie certains internationaux français de « racaille » et de « caïds ». Franck Ribéry poursuit en justice. Riolo gagne en appel. L’exposition médiatique générée par le procès dépasse largement ce qu’aurait produit n’importe quelle analyse, et Riolo le sait : c’est le modèle.

Dans un entretien accordé à So Foot en 2019, il déclare sans détour : « Je suis accro. J’admets les faiblesses humaines que peut engendrer Twitter. J’ai insulté des mecs sur Twitter. À mort ! Une tonne ! » Ce n’est pas un aveu arraché. C’est une revendication.

En août 2022, son compte, près de 600 000 abonnés, est suspendu par la plateforme pour « insultes à répétition », dont des messages privés adressés à des supporters après une déclaration sur la rivalité Neymar-Mbappé au PSG. Sur l’antenne de RMC, il commente : « Plutôt que de signaler ceux qui insultaient, j’ai préféré descendre dans l’arène et les insulter pied à pied. » A l’antenne, ses contradicteurs sont régulièrement traités d’« incultes » ou de « crevards ». Un journaliste contredit avec des faits. Riolo répond avec des insultes, et le dit lui-même.

RMC face à ses chiffres

Entre janvier et mars 2026, l’After Foot a perdu plus de 40 000 auditeurs par rapport à la même période un an plus tôt, selon les données Médiamétrie, tombant à une moyenne de 120 000 auditeurs par soir. La tranche 20h-22h accuse une perte de 31 000 auditeurs sur la même fenêtre.

« C’est bizarre… en 20 ans, jamais personne a commenté nos chiffres… depuis hier ça parle beaucoup… malheureusement pour rien. » C’est Riolo, sur X, après la publication des données Médiamétrie de mars 2026. Gilbert Brisbois, co-présentateur de l’After Foot, a indiqué que l’émission avait « surperformé » l’an dernier. Deux réponses défensives. Aucun chiffre contesté.

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Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.

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