Hakimi : menace sur sa Coupe du Monde

01/06/2026

Trois ans après les faits, l’affaire Hakimi entre dans sa semaine décisive. Le 19 juin, Versailles dira si le capitaine du Maroc sera jugé pour viol en plein Mondial 2026.

Le 22 mai dernier, Achraf Hakimi a poussé lui-même la porte de la cour d’appel de Versailles. Geste rare, presque sans précédent pour un joueur de son rang. Dans trois semaines, des magistrats décideront si son capitaine sera jugé pour viol, pendant que le Maroc disputera peut-être sa phase de groupes à l’autre bout de l’Atlantique.

Le 19 juin : procès ou non-lieu

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles rendra son délibéré le 19 juin 2026. Ce jour-là, la Coupe du Monde sera en pleine phase de groupes aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Hakimi devrait figurer dans le groupe marocain, en tant que capitaine — sa sélection n’a pas encore rendu public son effectif définitif.

Ce délibéré ne tranchera pas la culpabilité ou l’innocence du joueur. La chambre d’instruction statue sur un appel formé par la défense contre l’ordonnance de mise en accusation signée le 24 février 2026 par la juge d’instruction du tribunal de Nanterre. Trois issues sont possibles : la confirmation du renvoi devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine, un non-lieu qui mettrait fin à toute poursuite, ou une requalification des faits en infraction moins grave. Le parquet général a demandé la confirmation. La défense a demandé le non-lieu.

Si le renvoi est confirmé, la date d’audience devant la juridiction de jugement reste à fixer. La procédure pourrait encore s’étirer plusieurs mois, voire davantage.

Pourquoi Hakimi s’est déplacé en personne

Achraf Hakimi s’est présenté en personne à l’audience du 22 mai. Des sources proches du dossier ont indiqué qu’il était venu « pour donner de la force à sa protestation et clamer personnellement son innocence ». Son avocate, Maître Fanny Colin, n’a formulé aucun commentaire en sortant du palais.

La comparution personnelle d’un mis en examen devant la chambre de l’instruction n’est pas une obligation à ce stade de la procédure. Hakimi avait remporté la finale de la Ligue des champions contre Arsenal à Budapest huit jours plus tôt, le PSG l’emportant aux tirs au but (1-1, 4-3). Il soulèvera le trophée huit jours après l’audience, le 30 mai.

Maître Fanny Colin avait annoncé son intention de faire appel dès le lendemain du renvoi en procès, le 24 février. Ce jour-là, Hakimi avait publié sur le réseau social X : « Aujourd’hui, une accusation de viol suffit à justifier un procès alors même que je la conteste et que tout démontre qu’elle est fausse. J’attends avec calme ce procès qui permettra que la vérité éclate publiquement. » Le 13 avril, en conférence de presse à la veille du quart de finale retour de Ligue des champions contre Liverpool, il avait répété : « Je suis serein, je sais que cette accusation est fausse. »

Mbappé revient sur son témoignage

Devant la chambre de l’instruction, la défense a produit une attestation écrite de Kylian Mbappé. L’attaquant du Real Madrid et ex-coéquipier d’Hakimi au PSG y revient sur sa déposition de 2023, et formule une précision qui porte sur deux mots.

En 2023, lors de son audition par les policiers de Neuilly-sur-Seine, Mbappé avait déclaré avoir demandé à Hakimi s’il lui avait « fait quelque chose de mal », et que le joueur lui avait répondu qu’il y avait eu « des caresses mutuelles sur des parties intimes » mais qu’il n’avait « à aucun moment senti de refus ». La juge d’instruction avait retenu ce témoignage comme un élément à charge. Dans son ordonnance de 21 pages, elle écrivait que Mbappé avait rapporté des « caresses sur les parties intimes », formulation qu’elle jugeait « distincte des baisers et d’une main dans le dos, sous le vêtement » reconnus par le mis en examen.

Dans l’attestation produite en mai 2026, Mbappé indique avoir employé « des parties intimes » et non « les parties intimes ». L’article indéfini « des » laisse le champ ouvert : cuisses, ventre, dos. L’article défini « les » désigne le sexe de la plaignante. Il ajoute qu’Hakimi « ne lui avait jamais confié avoir touché les parties intimes de la femme » et que la juge d’instruction aurait mal interprété ses déclarations.

Maître Rachel-Flore Pardo, avocate de la plaignante, a réagi à la sortie de l’audience : « En dépit du bon sens, Kylian Mbappé se risque désormais à prétendre que les « parties intimes » n’auraient pas de connotation sexuelle. La justice appréciera. » Son témoignage initial avait été recueilli en 2023, sans avocat ni préparation, dans les locaux de la police de Neuilly-sur-Seine.

Comment le dossier a été construit

Le 25 février 2023, une jeune femme de 24 ans s’est présentée dans un commissariat du Val-de-Marne. Elle a raconté avoir noué des liens avec Hakimi via Instagram en janvier 2023, s’être rendue à son domicile de Boulogne-Billancourt et y avoir été violée. Elle ne dépose pas plainte ce jour-là.

Le 27 février, le parquet de Nanterre ouvre une enquête préliminaire. Le 3 mars, Hakimi est entendu par les enquêteurs de la Sûreté territoriale des Hauts-de-Seine, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de contact avec la plaignante, tout en étant autorisé à quitter le territoire français. Dès cette première audition, il nie les faits reprochés et n’admet que des « baisers et des étreintes consenties ».

L’instruction a duré près de trois ans. La juge a retenu plusieurs éléments : des messages adressés en temps réel par la plaignante à une amie pendant les faits, des témoignages de l’entourage de la présumée victime, des expertises psychologiques, et la notion de contrainte morale lors d’une pénétration digitale que le joueur conteste. Elle a estimé que le récit de la plaignante était « constant et circonstancié ».

Le 1er août 2025, le parquet de Nanterre a formulé son réquisitoire définitif en demandant le renvoi devant la cour criminelle départementale. Le 24 février 2026, la juge a signé l’ordonnance. Maître Fanny Colin a dénoncé une « construction artificielle », estimant que certains échanges de messages n’avaient pas été correctement appréciés par la magistrate.

Non, Hakimi ne sera pas jugé aux assises

Le terme « assises » revient dans la quasi-totalité des titres de presse consacrés à cette affaire. Il est juridiquement inexact.

La loi du 23 mars 2019 a créé la cour criminelle départementale, généralisée à l’ensemble du territoire au 1er janvier 2023. Cette juridiction juge les crimes passibles de quinze à vingt ans de réclusion, sans jury populaire : cinq magistrats professionnels siègent. La cour d’assises traditionnelle, composée de trois magistrats et six jurés citoyens, reste compétente pour les crimes les plus graves.

Le viol sans circonstances aggravantes est précisément l’infraction type relevant de la cour criminelle départementale. Maître Marion Berthe, avocate pénaliste interrogée par So Foot, a indiqué : « C’est une juridiction créée pour les crimes punis de quinze à vingt ans de réclusion criminelle, les viols sans circonstances aggravantes sont concernés. » En cas de condamnation, Hakimi encourt jusqu’à quinze ans de réclusion et une inscription automatique au Fijais, le fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes.

Si Hakimi était condamné par la cour criminelle départementale et formait un appel, il comparaîtrait alors devant une cour d’assises classique, avec six jurés populaires tirés au sort.

PSG, ultras : le club face à l’affaire

Le 25 février 2026, au lendemain de l’annonce du renvoi en procès, les ultras du Collectif Ultras Paris ont déployé une banderole « Achraf total soutien » dans le virage Auteuil du Parc des Princes, lors du match retour de Ligue des champions contre l’AS Monaco. Une ovation a retenti à la 20e minute. Hakimi a publié sur Instagram dans les heures suivantes : « Merci pour le soutien. »

Maître Rachel-Flore Pardo a réagi publiquement. « Cette banderole constitue une offense aux victimes de viol. La victime est ignorée, tandis que l’accusé est célébré. La lutte contre les violences sexuelles n’a pas encore trouvé sa place dans le football masculin », a-t-elle déclaré.

Le PSG n’a publié aucun communiqué à la suite du renvoi en procès du 24 février. Luis Enrique, entraîneur du club, s’est limité à cette déclaration : « C’est entre les mains de la justice. » Hakimi a disputé la totalité de la saison 2025-2026 comme titulaire, compilant trente matchs, trois buts et neuf passes décisives toutes compétitions confondues, en restant vice-capitaine. Des experts en marketing sportif interrogés par le média Bluewin ont qualifié cette posture de « logique » pour un employeur légalement tenu de respecter la présomption d’innocence, tout en notant qu’elle tranchait avec les pratiques observées dans d’autres sports professionnels aux États-Unis ou au Royaume-Uni.

Les trois décisions possibles le 19 juin

La chambre de l’instruction peut confirmer le renvoi devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine : c’est la position du parquet général. Un procès serait alors programmé à une date ultérieure, sans calendrier précis à ce stade.

Elle peut prononcer un non-lieu : la procédure s’arrêterait, Hakimi serait libre de toute poursuite pénale. C’est la demande formulée par Maître Fanny Colin lors de l’audience du 22 mai.

Une requalification des faits en agression sexuelle reste théoriquement possible. Cette hypothèse modifierait la juridiction compétente et les peines encourues.

Achraf Hakimi est présumé innocent. Un renvoi en procès signifie que la juge d’instruction a estimé les charges suffisantes pour ouvrir un débat judiciaire public, pas que la culpabilité du joueur est établie. Le 19 juin, la chambre de l’instruction ne jugera pas les faits. Elle se prononcera sur l’ordonnance signée par la juge de Nanterre le 24 février 2026, après près de trois ans d’enquête.

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