Annoncé le 24 mars 2026, le départ de Mohamed Salah clôt neuf ans de records à Liverpool. À 33 ans, il reste l’un des sportifs les mieux payés au monde.
Le 24 mars 2026, Mohamed Salah a publié une vidéo sur ses réseaux sociaux pour annoncer qu’il quitterait Liverpool à la fin de la saison. Le club a confirmé l’information le jour même. Aucune indemnité de transfert ne sera due : le joueur s’en va libre, en vertu d’un accord amiable avec la direction des Reds, un an avant l’échéance de son contrat, signé en avril 2025.
Ce départ intervient onze mois après une prolongation présentée comme un signal fort de continuité. Salah avait paraphé ce contrat en déclarant « je crois aux chances de victoire du club ». Liverpool venait de décrocher son 20e titre de champion d’Angleterre, le 26 avril 2025. Entre cette signature et cette annonce, rien, sur le terrain, n’a changé : il a inscrit 7 buts et délivré 6 passes décisives en 24 matchs de Premier League cette saison, un bilan qui reste dans la moyenne haute des attaquants du championnat à 33 ans.
400 000 livres par semaine, et c’est sans les sponsors
Le contrat signé en avril 2025 est le plus lucratif de l’histoire du joueur : 400 000 livres sterling par semaine, soit environ 22,5 millions d’euros par an, avec des primes de performance pouvant porter le total à 480 000 livres par semaine selon le journaliste Chris Bascombe du Telegraph. Sur deux ans, la valeur théorique totale du contrat s’élève à 50 millions de livres sterling. Salah était, au moment de l’annonce de son départ, le joueur le mieux payé de l’effectif de Liverpool.
Ce salaire ne représente pourtant qu’une partie de ses revenus. Ses revenus annuels totaux sont estimés à 55 millions de dollars pour la saison 2024-2025, selon Forbes, dont 16,6 millions d’euros issus de contrats de sponsoring. Il occupe à ce titre le 5e rang mondial parmi les footballeurs les plus lucratifs sur le segment publicitaire, derrière Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. Sa société britannique Salah UK Commercial Limited, créée dès 2014 lors de son passage à Chelsea, affiche 44,5 millions de livres sterling d’actifs et génère 8 millions de livres par an hors salaire. Sa fortune globale est estimée entre 90 et 120 millions de dollars.
Son agent Ramy Abbas Issa a indiqué que les droits d’image et les activités commerciales portent les revenus globaux de son client à environ « un million de livres sterling par semaine », toutes sources confondues.
Ryad en embuscade depuis 2023
Depuis l’annonce du départ, trois clubs de Saudi Pro League sont en contact avec l’entourage du joueur : Al Ittihad, Al Hilal et Al Qadsiah. Al Ittihad avait déjà présenté une offre de 150 millions de livres sterling à Liverpool en septembre 2023, refusée par les dirigeants anglais. Cette fois, aucune indemnité n’est à verser : la concurrence entre clubs saoudiens porte exclusivement sur le salaire et la durée du contrat.
En 2023, les offres de la Saudi Pro League atteignaient déjà des niveaux supérieurs à 400 000 livres par semaine, selon les informations qui avaient filtré à l’époque. Salah avait alors décliné. La donne a changé : à 33 ans, avec la perspective d’un dernier grand contrat, les conditions financières du Golfe constituent un argument que son entourage n’écarte plus.
Un transfert vers l’Arabie saoudite aurait, au-delà du terrain, une dimension commerciale immédiate. Salah est une figure centrale dans le monde arabe, nettement plus exposée que n’importe quel autre footballeur étranger ayant rejoint la Saudi Pro League. Vodafone Egypt, l’un de ses partenaires principaux, avait mesuré l’effet Salah lors de la saison 2017-2018 : chaque but inscrit déclenchait automatiquement 11 minutes de communication gratuite pour l’ensemble de ses abonnés. La facture de cette campagne aurait dépassé 114 millions d’euros cette saison-là, selon des estimations rapportées par la presse spécialisée, Salah ayant marqué 44 fois toutes compétitions confondues. Vodafone est resté partenaire.
Trente-deux buts, des chaussures au British Museum
Mohamed Salah est arrivé à Liverpool le 22 juin 2017, pour 42 millions d’euros, en provenance de l’AS Roma. Sa première saison a produit 32 buts en 36 matchs de Premier League, un record pour une saison de 38 journées à l’époque, depuis battu par Erling Haaland (36 buts, 2022-2023). Ses chaussures ont été exposées au British Museum à l’issue de cet exercice.
Les neuf saisons suivantes ont confirmé que ce premier exercice n’était pas une anomalie. Salah a terminé meilleur buteur de Premier League à quatre reprises, en 2017-2018, 2018-2019, 2021-2022 et 2024-2025, à égalité avec Thierry Henry pour le record absolu de Souliers d’or dans l’histoire de la compétition. En 2024-2025, il a cumulé 29 buts et 18 passes décisives en 38 matchs, soit 47 contributions directes au score, un record pour une saison de 38 journées en Premier League : Andrew Cole (1993-94) et Alan Shearer (1994-95) avaient atteint le même total, mais en 42 matchs chacun. Il a reçu cette saison-là le titre de joueur de la saison, attribué par ses pairs.
Son bilan à Liverpool s’établit à 250 buts et 114 passes décisives en 421 apparitions toutes compétitions confondues. En Premier League, il a contribué directement à 277 buts pour un seul club, un record absolu dans l’histoire de la compétition, dépassant les 276 de Wayne Rooney à Manchester United, atteint en décembre 2025 avec 188 buts et 89 passes décisives. Il est, par ailleurs, le meilleur buteur de Liverpool en Premier League avec 190 réalisations.
Les titres collectifs complètent ce tableau : une Ligue des champions UEFA (2019, finale contre Tottenham, 2-0, Salah a ouvert le score sur penalty), une Supercoupe de l’UEFA (2019), un Mondial des clubs FIFA (2019), deux championnats d’Angleterre (2020, 2025), une FA Cup et deux EFL Cups (2022 et 2024).
Adidas, Pepsi, Oppo : le portefeuille d’une marque mondiale
Les partenaires commerciaux de Salah forment un portefeuille qui dépasse largement le cadre sportif. Adidas est son équipementier personnel, pour un montant estimé à 3 millions d’euros par an. Pepsi, DHL, Uber, Oppo, la Banque d’Alexandrie et Mountain View, promoteur immobilier égyptien, complètent un portefeuille évalué globalement entre 35 et 40 millions de livres sterling annuels par les spécialistes du marketing sportif.
La mécanique de ces partenariats repose sur une audience que peu de sportifs peuvent offrir simultanément sur les marchés européen, africain et arabe. L’Égypte compte 107 millions d’habitants, dont une part importante consomme du contenu sportif via les plateformes numériques, et Salah y est suivi par des dizaines de millions de personnes. En 2019, le magazine Time l’a classé parmi les cent personnes les plus influentes au monde.
Un contrat avec Nike aurait été signé pour un montant estimé à 50 millions de livres sterling, assorti d’une clause de partage des bénéfices sur les produits à son effigie, une information rapportée par plusieurs médias mais non confirmée par une source contractuelle directe.
De Nagrig à Liverpool : l’origine d’une trajectoire
Mohamed Salah est né le 15 juin 1992 à Nagrig, village du gouvernorat de Gharbia dans le delta du Nil. Il rejoint les juniors de l’Arab Contractors Club (Al Mokawloon) en 2006 et dispute son premier match professionnel le 3 mai 2010, à 17 ans. Le FC Bâle le recrute le 15 juin 2012 pour un contrat de quatre ans ; il remporte deux titres de Super League suisse (2013 et 2014) et marque face à Chelsea en Ligue des champions.
Chelsea le transfère en janvier 2014 pour 11 millions de livres sterling. Le club londonien ne lui offre pas de temps de jeu suffisant : 2 buts en 19 apparitions. Prêté à la Fiorentina en février 2015, il redresse la situation en Serie A avant d’être cédé à l’AS Roma pour 15 millions d’euros en juillet 2016. En deux saisons dans la capitale italienne, il inscrit 34 buts en 83 matchs et atteint une valeur marchande de 35 millions d’euros, ce qui déclenche la surenchère de Liverpool.
Ce parcours donne une mesure de la progression salariale : environ 30 000 livres par semaine à Chelsea en 2013-2014, 120 000 à Liverpool à son arrivée en 2017, 400 000 à la signature de sa dernière prolongation en 2025. Le rapport est de 1 à 13 en douze ans.
Nagrig, le village que Salah a construit
À Nagrig, 30 000 habitants, aucun service médical digne de ce nom jusqu’au milieu des années 2010, Mohamed Salah a financé un centre médical, une école pour filles, le premier véhicule d’ambulance de la ville et un centre de secours élargi. Il verse chaque mois des aides directes à des centaines de familles, veuves, orphelins et personnes âgées. En 2020, lors du premier confinement, il a fait envoyer des milliers de tonnes de nourriture à la population locale. En 2019, il a donné un million de livres sterling à l’hôpital universitaire de Tanta pour l’acquisition d’équipements médicaux.
Sa fondation, dont le manager est le maire de Nagrig, opère sans communication institutionnelle visible : les dons sont réguliers, non annoncés, documentés par les bénéficiaires et la presse locale égyptienne. Un lycée et un centre sportif portent son nom dans le village. Un projet de ligne ferroviaire reliant Nagrig à la ville de Basyoun figure parmi les chantiers en cours.
Si Salah rejoint un club saoudien cet été, son ancrage dans le monde arabe en sortira renforcé géographiquement, mais son exposition en Premier League, la compétition la plus suivie au monde, disparaîtra. C’est le seul arbitrage que son entourage n’a pas encore tranché publiquement.