Combien gagne Marcus Rashford ?

21/06/2026

Marcus Rashford reste l’un des joueurs les mieux payés d’Europe, entre enfance pauvre, engagement social et avenir incertain.

Sur le bord de la pelouse, la caméra s’attarde quelques secondes sur lui. Marcus Rashford replie sa chasuble, échange quelques mots avec un membre du staff, puis rejoint le banc du FC Barcelone. L’image tranche avec son statut contractuel. Car l’attaquant anglais n’est pas venu en Catalogne comme un pari à bas coût, mais comme un joueur déjà installé parmi les salaires élevés du football européen.

Le FC Barcelone l’a accueilli à l’été 2025 sous la forme d’un prêt en provenance de Manchester United, jusqu’au 30 juin 2026, avec une option d’achat. Pour rejoindre la Catalogne, Rashford a accepté une baisse de rémunération. Son salaire est désormais estimé autour de 14 millions d’euros bruts par saison, soit un peu plus de 1,1 million d’euros par mois. Avant son départ, il évoluait encore dans une zone proche des 18 millions d’euros bruts annuels à Manchester United.

Le dossier reste ouvert. L’option d’achat est évaluée autour de 30 millions d’euros pour l’été 2026. Malgré plusieurs rumeurs sur une échéance anticipée, elle demeure activable jusqu’à la fin de saison. Le cas Rashford n’est donc pas un simple prêt de transition : c’est un choix encore en discussion dans les bureaux du Barça.

Sur le terrain, le bilan ne correspond pas à l’image d’un joueur perdu de vue. En Ligue des champions, il a signé 4 buts et 1 passe décisive en 5 matches sous le maillot barcelonais. En Liga, il a aussi alimenté le jeu avec plusieurs passes décisives et quelques buts dans la première partie de saison. Il n’a pas pris toute la lumière, mais il n’a pas disparu non plus. À Barcelone, Rashford ne domine pas tout ; il reste cependant assez utile pour que son avenir soit encore discuté sérieusement.

De Wythenshawe à Old Trafford

Marcus Rashford est né le 31 octobre 1997 à Wythenshawe, dans le sud de Manchester. Le quartier est pauvre, la vie familiale serrée, l’enfance traversée par la question du manque. Sa mère élève seule plusieurs enfants. Les aides alimentaires ne sont pas une abstraction administrative : elles font partie du quotidien.

Repéré très tôt, il rejoint l’académie de Manchester United à l’âge de 7 ans. Le 25 février 2016, il fait ses débuts en équipe première en Ligue Europa et marque un doublé contre Midtjylland. Trois jours plus tard, il inscrit deux nouveaux buts contre Arsenal en Premier League, à Old Trafford. En moins d’une semaine, un adolescent du centre de formation devient une figure nationale du football anglais.

À ce moment-là, son salaire reste celui d’un très jeune professionnel. Il tourne autour d’1,2 million d’euros par an. Le premier saut financier intervient presque immédiatement. À l’été 2016, Nike lui fait signer un contrat de cinq ans évalué à 2 millions de livres au total. À 18 ans, Rashford ne gagne déjà plus seulement sa vie avec ses matches : il entre dans l’économie mondiale du sport-business.

Quand les buts font monter la fiche de paie

Entre 2017 et 2019, Rashford s’installe durablement dans l’effectif de Manchester United et dans celui de l’Angleterre. Il joue sur un côté, dans l’axe, parfois en soutien d’attaque. Il enchaîne les rencontres de Premier League, de coupes anglaises et de compétitions européennes. Sa progression sur le terrain fait rapidement monter sa valeur hors du terrain.

Au tournant de la saison 2019-2020, son salaire est estimé entre 11,5 et 11,7 millions d’euros bruts par an. En 2020, il figure déjà parmi les plus gros salaires de Manchester United, derrière des cadres confirmés comme Paul Pogba et Anthony Martial. Pour un joueur formé au club, le changement d’échelle est spectaculaire. Rashford n’est plus un jeune talent prometteur : il entre dans la catégorie des joueurs que le club paie comme des têtes d’affiche.

Sa valeur de marché grimpe au même rythme. En 2023, elle est estimée autour de 80 millions d’euros. Le chiffre ne constitue pas un prix officiel, mais il situe son rang. Rashford est alors un joueur international, titulaire dans un grand club anglais, rentable sportivement et puissant commercialement. Son nom pèse déjà bien au-delà de ses statistiques.

Le contrat XXL de Manchester

La troisième grande étape de sa trajectoire financière intervient avec la prolongation de son contrat à Manchester United jusqu’au 30 juin 2028. Son salaire grimpe alors autour de 18,3 millions d’euros bruts par an, soit près de 352 000 euros par semaine. Sur quatre années restantes, le total théorique dépasse 73 millions d’euros, hors primes de performance et bonus individuels.

En 2024, ses revenus annuels totaux sont estimés à 18,5 millions de dollars. Dans ce total, 13,6 millions de dollars proviennent du salaire de joueur et 4,9 millions de dollars des contrats d’image et de sponsoring. La répartition est importante. Plus d’un quart de ses gains vient déjà du hors-terrain. Rashford n’est plus seulement un salarié vedette de Manchester United : il est aussi une marque.

La question de son patrimoine exact reste plus floue, comme souvent pour les footballeurs de très haut niveau. Certaines estimations le situaient déjà autour de 18,6 millions d’euros en 2021. D’autres calculs avancent qu’il aurait cumulé plus de 70 millions d’euros bruts de salaires de joueur d’ici 2025, sans même compter les revenus publicitaires. À 28 ans, sa trajectoire le place déjà dans la catégorie des joueurs qui ont construit un patrimoine à plusieurs dizaines de millions d’euros en moins de dix ans.

La seconde source de revenus

Le contrat signé avec Nike en 2016 ouvre une dynamique qui ne s’arrête plus. Dans les années suivantes, Rashford multiplie les partenariats avec des marques mondiales. Son nom apparaît aux côtés de Nike, Coca-Cola, Burberry ou Levi’s. Il est aussi associé à l’univers des jeux vidéo de football et à plusieurs campagnes commerciales hors sport pur.

En 2024, ses revenus hors terrain sont estimés à 4,9 millions de dollars. Ce chiffre n’a rien d’anecdotique. Il signifie qu’une partie majeure de ses gains ne dépend pas seulement du nombre de buts marqués, mais de sa visibilité, de sa réputation et de l’histoire que les marques peuvent raconter à travers lui.

Le choix des partenaires n’est pas innocent. Burberry le place du côté du luxe britannique. Coca-Cola et Levi’s le ramènent vers un registre plus grand public. Nike, de son côté, s’appuie sur un joueur jeune, anglais, connu au-delà des stades. Cette combinaison donne à Rashford un profil rare : il vend à la fois du prestige, de la proximité et une forme de respectabilité publique.

Le joueur qui a fait plier le gouvernement

C’est pourtant loin des terrains que son image publique change de dimension. Au printemps 2020, pendant la pandémie de Covid-19, Rashford mène une campagne en faveur du maintien des repas scolaires gratuits pour les enfants défavorisés au Royaume-Uni. Il publie une lettre ouverte aux parlementaires, intervient publiquement, utilise sa notoriété pour mettre la pression sur le gouvernement britannique.

Le bras de fer devient national. Après avoir d’abord refusé, l’exécutif finit par modifier sa position et débloque de nouveaux moyens pour prolonger l’aide alimentaire. En parallèle, l’association FareShare annonce avoir pu distribuer l’équivalent de 3 millions de repas grâce à la mobilisation portée avec Rashford. En décembre 2020, la Fondation FIFA lui décerne son premier prix, accompagné d’une dotation de 100 000 dollars.

Dans ses prises de parole de l’époque, Rashford renvoie directement à son enfance. Il parle du manque, des repas incertains, de la peur du frigo vide. Ce point modifie la perception du personnage. Rashford est riche, très riche même, mais il devient aussi un joueur dont la fortune est jugée à l’usage qu’il en fait. L’argent ne l’éloigne pas entièrement de son histoire. Il lui sert aussi à intervenir dans le débat public.

La même année, il est nommé membre de l’Ordre de l’Empire britannique pour services rendus aux enfants vulnérables pendant la pandémie. À partir de ce moment, son nom circule dans des espaces qui dépassent largement la chronique football. Peu de joueurs anglais de sa génération ont franchi cette frontière avec autant d’impact.

Le doute, puis la relance

La suite n’a rien d’une ligne droite. À partir de 2023, Rashford traverse une phase plus irrégulière à Manchester United. Les critiques portent sur son implication, son langage corporel, son rendement dans certains grands matches. En 2024, certains commentaires parlent même de « chute terrible », formule excessive mais révélatrice du climat autour de sa saison.

Le déclassement reste relatif. Rashford demeure un international connu, sous contrat longue durée, avec une valeur sportive et commerciale élevée. Mais le décalage devient plus visible entre son salaire de tout premier plan et des performances jugées inégales. C’est dans cet espace que s’inscrit son départ temporaire vers Barcelone à l’été 2025.

Le mouvement répond à deux logiques. Manchester United allège le poids d’un contrat très élevé. Barcelone récupère un attaquant expérimenté, encore très vendeur, avec un coût de transfert immédiat limité. Puis, au fil de la saison, le récit se déplace. Le prêt ne ressemble plus seulement à une sortie par la petite porte. Il devient une relance crédible, suffisamment sérieuse pour que le club catalan envisage de prolonger l’histoire.

Ce que disent ses millions

La trajectoire financière de Marcus Rashford se lit par paliers. Autour de 1,2 million d’euros à ses débuts en 2016. Plus de 11 millions d’euros par an à partir de 2019. Plus de 14 millions d’euros selon certaines estimations en 2020. Puis près de 18,3 millions d’euros bruts annuels à Manchester United avant son départ, avant un ajustement autour de 14 millions d’euros au FC Barcelone. En parallèle, ses revenus hors terrain montent jusqu’à près de 5 millions de dollars par an.

Ces chiffres racontent un joueur de l’ère Premier League, où un attaquant formé au club peut atteindre en quelques années des rémunérations comparables à celles des stars les plus établies du continent. Ils racontent aussi autre chose. Rashford n’est pas seulement un cas de réussite sportive transformée en fortune. Il fait partie des rares joueurs anglais dont les revenus restent liés, dans l’esprit du grand public, à une histoire sociale et politique très identifiable.

Le débat, en 2026, ne porte donc pas seulement sur ce qu’il gagne. Il porte sur ce qu’un club accepte encore de payer pour lui, sur ce qu’il apporte réellement sur le terrain, et sur la manière dont son nom continue de compter au-delà du football. À Barcelone, l’option d’achat fixée autour de 30 millions d’euros n’a pas été levée. Le joueur ne devra pas se tromper dans son prochain choix.

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Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.

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