Salaire XXL, sponsors, fondation et controverse vaccinale : Joshua Kimmich arrive au Mondial 2026 avec un poids rare sur les épaules. Son palmarès attend toujours un titre mondial.
Le 12 mars 2025, le Bayern Munich a prolongé Joshua Kimmich jusqu’en 2029 après plusieurs semaines de doutes sur son avenir. Quinze mois plus tard, le capitaine de l’Allemagne dispute la Coupe du monde 2026 avec un salaire estimé autour de 19,5 à 20 millions d’euros bruts par an et un palmarès de club presque complet. À 31 ans, il lui manque pourtant le titre qui pèse le plus dans l’histoire du football allemand : une Coupe du monde avec la Mannschaft. Entre ces deux lignes, un contrat géant, une controverse nationale, un quasi-départ du Bayern et une carrière qui a commencé loin des standards des prodiges européens.
Houston, 14 juin
Au NRG Stadium de Houston, le 14 juin 2026, Joshua Kimmich débute la Coupe du monde comme capitaine de l’Allemagne lors d’un large succès 7-1 contre Curaçao. Aligné côté droit, il participe directement à deux buts allemands en seconde période, dans un match qui lance la Mannschaft dans le tournoi. Le score compte, mais la scène compte davantage : à 31 ans, Kimmich entre dans la compétition avec le brassard, après avoir été nommé capitaine de la sélection en septembre 2024 à la suite de la retraite internationale d’Ilkay Gündogan.
Quelques jours avant le tournoi, il avait posé un cadre très précis. En conférence de presse, Kimmich a déclaré qu’il ne voyait pas encore l’Allemagne « tout en haut » de la hiérarchie mondiale. Le 13 juin, il a aussi expliqué vouloir retrouver en Allemagne un « patriotisme positif » et une forme de cohésion collective comparable à l’élan du Mondial 2006. Le message est clair : l’enjeu, pour lui, dépasse le seul football.
Cette position publique se prolonge dans les gestes. Avant le troisième match de groupe, les joueurs allemands ont décidé de financer des navettes pour permettre à environ 4 000 supporters de rejoindre gratuitement le MetLife Stadium de New York pour la rencontre contre l’Équateur. Dans cette équipe, Kimmich parle beaucoup, mais il organise aussi.
Rottweil, Bösingen, Stuttgart
Joshua Walter Kimmich est né le 8 février 1995 à Rottweil, dans le Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest de l’Allemagne. Son premier club est le VfB Bösingen, un club amateur situé à quelques kilomètres de sa ville natale. À 12 ans, il rejoint le centre de formation du VfB Stuttgart, où il reste jusqu’en 2013 sans jamais jouer le moindre match professionnel avec l’équipe première.
Ce détail compte dans la lecture de sa trajectoire. En 2013, Stuttgart ne lui ouvre pas la porte de la Bundesliga ; Leipzig, alors en 3. Liga, lui propose du temps de jeu et un projet de montée. Kimmich signe au RB Leipzig pour environ 500 000 euros, dans un club encore loin du rang européen qu’il atteindra plus tard. Le 28 septembre 2013, il dispute son premier match professionnel contre Unterhaching ; il marque son premier but quelques semaines plus tard contre Sarrebruck.
En deux saisons, il joue 53 matchs avec Leipzig et accompagne la montée du club en 2. Bundesliga. Ses revenus restent alors ceux d’un très jeune joueur de divisions inférieures. Les montants exacts de son contrat n’ont jamais été rendus publics, mais ils n’ont rien à voir avec les standards actuels de la 2. Bundesliga, où le salaire moyen annuel d’un joueur dans la vingtaine dépasse 230 000 euros selon des bases spécialisées récentes. Le contraste avec sa situation actuelle donne l’échelle de la progression.
Le pari du Bayern
En janvier 2015, le Bayern Munich achète Kimmich pour 8,5 millions d’euros, à la demande de Pep Guardiola. Le joueur termine la saison en prêt à Leipzig, puis rejoint officiellement Munich à l’été 2015. Il n’a alors aucun match de Bundesliga dans les jambes.
Sa première saison complète au Bayern, en 2015-2016, se termine avec un doublé Bundesliga-Coupe d’Allemagne et 23 apparitions toutes compétitions confondues. Guardiola l’utilise à plusieurs postes, d’abord en défense puis au milieu, et fait de sa polyvalence un argument sportif majeur. À ce stade, Kimmich n’est pas encore l’un des visages du club ; il est un investissement de 8,5 millions d’euros qui commence à rapporter.
Le premier tournant salarial documenté arrive en mars 2018. Le Bayern lui fait signer une prolongation de cinq ans, jusqu’en 2023, avec un salaire estimé à environ 10 millions d’euros bruts par an. Pour le grand public, ce chiffre dit une chose simple : en trois ans, Kimmich passe du statut de pari de Guardiola à celui de cadre payé au niveau des meilleurs joueurs du championnat allemand.
Lisbonne, 2020
La saison 2019-2020 reste le sommet de sa carrière en club. Le Bayern remporte en moins d’un an la Bundesliga, la Coupe d’Allemagne, la Ligue des champions, la Supercoupe d’Allemagne, la Supercoupe de l’UEFA et la Coupe du monde des clubs. Kimmich change alors de dimension sous Hansi Flick, qui le recentre durablement au milieu du jeu.
La Ligue des champions 2020 se joue dans un format exceptionnel, à match unique et sur site neutre à Lisbonne, en raison de la pandémie de Covid-19. Quand l’article évoque une compétition jouée « en bulle », il s’agit de cette organisation sanitaire fermée, avec peu de déplacements et un encadrement strict des équipes. Dans ce cadre inhabituel, Kimmich livre une campagne très aboutie et s’installe parmi les références mondiales à son poste.
L’effet se lit aussi dans sa rémunération. En août 2021, le Bayern officialise une nouvelle prolongation jusqu’en 2025. À ce moment-là, Bild situe son salaire à 23,5 millions d’euros bruts annuels, quand d’autres bases comme Footmercato ou SalarySport le placent plutôt dans une fourchette de 19 à 20 millions. La divergence existe, mais le niveau général ne fait pas débat : Kimmich entre alors dans le cercle des très gros salaires allemands.
Un genou, puis le Covid
Le 8 novembre 2020, lors d’un match contre le Borussia Dortmund, Kimmich se blesse au genou droit. Le diagnostic fait état d’une lésion du ligament collatéral fibulaire et l’éloigne des terrains pendant plusieurs semaines. Cet épisode reste sportif, presque classique dans une carrière de haut niveau.
Le choc suivant, un an plus tard, est d’une autre nature. Le 23 octobre 2021, après une victoire 4-0 du Bayern contre Hoffenheim, Kimmich explique publiquement qu’il n’est pas vacciné contre le Covid-19 et évoque des doutes sur le manque d’études à long terme. En Allemagne, où la campagne vaccinale reste un sujet politique majeur à l’automne 2021, la phrase déclenche un débat national. Angela Merkel elle-même l’invite à reconsidérer sa position.
En décembre 2021, Kimmich contracte le Covid-19, souffre de complications pulmonaires et indique ensuite qu’il aurait dû se faire vacciner plus tôt. Dans le documentaire de ZDF diffusé en juin 2026, il revient sur cette période et dit avoir reçu des reproches d’une violence extrême, certains proches allant jusqu’à lui dire que sa décision avait pu coûter des vies. La séquence a marqué durablement son image publique en Allemagne.
Avant cela, un million d’euros
Le contraste avec le début de la pandémie est l’un des points les plus troublants de sa trajectoire. Le 19 mars 2020, quelques mois avant sa blessure au genou et dix-neuf mois avant la polémique vaccinale, Kimmich lance avec Leon Goretzka la plateforme #WeKickCorona. Les deux joueurs donnent ensemble 1 million d’euros pour soutenir des organisations sociales et médicales confrontées à l’urgence sanitaire.
Au fil des semaines, l’initiative dépasse 3,5 millions d’euros de dons grâce à d’autres joueurs, parmi lesquels Robert Lewandowski, Mats Hummels, Leroy Sané et Timo Werner. En août 2020, une partie de ces fonds, 75 000 euros, est versée au Mémorial d’Auschwitz-Birkenau pour soutenir son travail éducatif. À ce moment-là, Kimmich défend publiquement l’idée que les footballeurs ont « une responsabilité » pendant la crise sanitaire.
Ce rappel ne gomme rien de la controverse de 2021. Il aide seulement à comprendre pourquoi celle-ci a autant frappé l’opinion allemande : elle a concerné un joueur déjà identifié comme engagé dans le débat public.
Le mois de mars 2025
Au début de l’année 2025, Joshua Kimmich entre dans les six derniers mois de son contrat avec le Bayern. Le dossier devient rapidement l’un des plus suivis du marché européen. Le club bavarois cherche à contenir sa masse salariale ; le joueur veut rester dans la tranche qui correspond à son statut.
Fin février 2025, plusieurs médias allemands et anglais expliquent que le Bayern a retiré une première offre de prolongation. Le PSG apparaît alors comme l’un des prétendants les plus actifs, avec un contrat de quatre ans décrit comme très élevé par la presse sportive. Liverpool, Manchester City et Arsenal sont aussi cités parmi les clubs intéressés.
Le 12 mars 2025, le Bayern met fin au suspense et officialise la prolongation jusqu’en 2029. Jan-Christian Dreesen, directeur général du club, salue alors un joueur qui « porte l’ADN du Bayern » dans le communiqué officiel relayé par la presse. Les estimations sur son nouveau contrat convergent vers un salaire maintenu autour de 20 millions d’euros par an, avec une prime à la signature et un coût total pouvant approcher 120 millions d’euros sur la durée.
Le deuxième revenu
Le contrat du Bayern n’est qu’une partie de ses revenus. Les estimations disponibles situent ses revenus publicitaires entre 3 et 5 millions d’euros par an, grâce à des accords récurrents avec Adidas, Audi, Hugo Boss, EA Sports, Beats by Dre et Gillette. Là encore, il ne s’agit pas de montants officiels publiés par le joueur ou par le club, mais d’ordres de grandeur avancés par la presse spécialisée et les sites de suivi du marché.
Le même principe vaut pour sa fortune personnelle. Les estimations récentes la situent le plus souvent entre 40 et 50 millions d’euros. Ces chiffres ne sont pas confirmés par Kimmich, qui ne parle quasiment jamais d’argent en public, mais ils restent cohérents avec une décennie de contrats majeurs au Bayern et plusieurs millions d’euros de sponsoring chaque saison.
Sa vie privée, elle, reste beaucoup plus fermée. Kimmich partage sa vie avec Lina Meyer, juriste de formation, qu’il a rencontrée à Leipzig en 2013. Le couple a deux enfants, nés en 2019 et 2020. Le documentaire de ZDF diffusé en juin 2026 montre quelques scènes familiales, mais sans changer la règle générale : Kimmich contrôle strictement ce qu’il laisse voir hors du terrain.
Un palmarès presque complet
À l’été 2026, Joshua Kimmich compte notamment 10 titres de Bundesliga, 4 Coupes d’Allemagne, 6 Supercoupes d’Allemagne, 1 Ligue des champions, 1 Supercoupe de l’UEFA et 1 Coupe du monde des clubs avec le Bayern. En sélection, son armoire est beaucoup moins remplie : une Coupe des Confédérations en 2017 et un titre européen U19 en 2014. Le vide principal est connu de tous en Allemagne : il n’a jamais remporté de titre majeur avec l’équipe nationale senior.
Le parcours international explique le poids de cette absence. Kimmich atteint la demi-finale de l’Euro 2016 avec l’Allemagne, sort au premier tour de la Coupe du monde 2018, puis traverse les années de reconstruction de la sélection jusqu’à sa nomination comme capitaine en septembre 2024. En 2026, il est le visage d’une équipe qui cherche à refermer une décennie de déclassement relatif.
Cette histoire se joue aussi dans les mots. En mars 2026, Kimmich dit clairement que l’Allemagne ne fait pas partie des favoris pour gagner le Mondial. En mai, il parle de la fierté liée à sa fonction de capitaine. En juin, il évoque l’espoir de retrouver l’élan collectif de 2006, ce Sommermärchen, littéralement le « conte de l’été », qui avait changé l’ambiance du pays pendant le tournoi organisé en Allemagne. La Coupe du monde 2026 donne une forme très concrète à cette attente.
Le reste se résume en une ligne. Le joueur qui gagnait ses premiers salaires dans les divisions inférieures allemandes, avant d’être acheté 8,5 millions d’euros par le Bayern en 2015, dispute aujourd’hui un Mondial avec un contrat estimé autour de 20 millions d’euros annuels et un seul grand manque dans son palmarès. Pour lui, comme pour l’Allemagne, la suite du tournoi dira si ce manque reste une lacune ou devient enfin une date.