Combien gagne Julian Alaphilippe ?

11/06/2026

Deux millions par an, résidence en Andorre et fortune estimée à dix millions : les chiffres de Julian Alaphilippe, que Patrick Lefevere avait jugé « trop cher » sur Netflix.

En janvier 2025, Tudor Pro Cycling Team a officialisé l’arrivée de Julian Alaphilippe avec un contrat de trois ans, pour un salaire estimé à environ deux millions d’euros annuels, soit près de 165 000 euros par mois. Cette rémunération représente une légère baisse par rapport aux 2,3 millions d’euros qu’il percevait chez Soudal Quick-Step. Elle reste néanmoins l’une des plus élevées du peloton et place le Français parmi les leaders économiques d’une équipe suisse fondée en 2023, qui vise à s’établir durablement au plus haut niveau.

En 2024, pour la première fois depuis 2019, Julian Alaphilippe n’apparaît plus dans le top 10 des cyclistes les mieux payés, le seuil d’entrée étant alors estimé à 2,5 millions d’euros annuels. Il conserve toutefois le statut de Français le mieux rémunéré du peloton. Ce départ de la formation belge Quick-Step, après onze saisons et deux titres mondiaux, marque la fin d’une relation longue qui avait accompagné l’ascension sportive et financière du coureur.

Quand Lefevere a dit « trop cher »

La rupture n’a pas été silencieuse. Dans la série Netflix Tour de France : Au cœur du peloton, Patrick Lefevere, manager emblématique de l’équipe belge, a déclaré face caméra que le salaire de Julian Alaphilippe était « trop élevé » au regard de ses performances depuis 2021. Cette séquence a transformé une discussion contractuelle interne en débat ouvert sur la valeur du Français.

Le reproche avancé par le dirigeant est chiffré : le salaire d’Alaphilippe a été négocié au plus haut de ses résultats, entre 2019 et 2021, puis maintenu à ce niveau pendant des saisons marquées par des chutes à répétition, un pneumothorax, plusieurs fractures et des résultats en net retrait. Entre 2022 et 2023, le coureur passe ainsi d’un statut de leader régulier à celui de coureur intermittent, moins présent au classement mondial. En 2024, au moment du mercato, le Français est approché par la formation TotalEnergies. Tudor obtient finalement sa signature à des conditions proches, mais légèrement inférieures à celles de Quick-Step.

Le Tour 2019, point d’appui de la revalorisation

Avant l’été 2019, le salaire de Julian Alaphilippe tourne autour d’un million d’euros annuels. Il est alors un coureur de classiques de premier plan, vainqueur de la Flèche Wallonne et de Milan-San Remo, mais pas encore une figure centrale du Tour de France. L’édition 2019 constitue le point d’appui de sa revalorisation.

En vingt et une étapes, le Français remporte deux victoires d’étapes, dont un contre-la-montre individuel à Pau en portant le maillot jaune. Il conserve ce maillot pendant quatorze jours, avant de terminer cinquième du classement général final. Cette performance lui vaut le prix du Super Combatif décerné à l’issue de la course. En fin d’année 2019, il reçoit le Vélo d’Or mondial et occupe la première place du classement UCI.

L’année 2020 prolonge ce mouvement. En septembre, à Imola, il remporte le championnat du monde sur route, premier Français à le faire depuis 1997. Les estimations convergent alors vers 2,3 millions d’euros annuels. En 2021, il conserve son maillot arc-en-ciel à Louvain, devenant l’un des rares coureurs de l’histoire à réussir ce doublé, et remporte une nouvelle Flèche Wallonne. De 2022 à 2024, malgré des saisons plus irrégulières, sa rémunération chez Quick-Step ne semble pas avoir baissé, ce qui nourrit les critiques de Patrick Lefevere.

111 150 euros en vingt et une étapes

Les primes de course représentent, dans le cyclisme professionnel, une couche de revenus distincte du salaire, versée par les organisateurs et la fédération internationale selon des barèmes publics. Leur poids peut rester limité à l’échelle d’un salaire d’élite, mais très significatif pour un coureur de second plan.

Le Tour de France 2019, de ce point de vue, est un cas d’école. Au classement des primes individuelles publié à l’issue de l’épreuve, Julian Alaphilippe figure à la troisième place, derrière le vainqueur Egan Bernal et son dauphin Geraint Thomas. Son total atteint 111 150 euros : 50 000 euros pour sa cinquième place au classement général, 22 000 euros pour ses deux victoires d’étapes, 20 000 euros pour le prix du Super Combatif, 7 000 euros pour ses quatorze jours en maillot jaune, et environ 12 150 euros pour divers classements intermédiaires.

Ce total doit être nuancé par la pratique, bien établie dans le peloton, du partage de ces primes entre coureurs d’une même équipe. Les modalités exactes de redistribution n’ont pas été rendues publiques. Sur d’autres rendez-vous, les montants restent plus modestes. Les barèmes de la course en ligne des championnats du monde prévoient une prime de 8 000 euros pour le vainqueur : Alaphilippe a perçu cette somme à Imola en 2020 puis à Louvain en 2021. En 2021 toujours, sa troisième victoire à la Flèche Wallonne lui rapporte 16 250 euros, dont 16 000 euros pour la victoire et 250 euros pour un passage en tête sur le Mur de Huy.

Sponsoring : Richard Mille, BMW, MNSTRY

Les revenus extra-sportifs constituent une autre composante importante des finances du coureur, même si les contrats restent rarement chiffrés publiquement. Plusieurs partenariats sont, en revanche, bien documentés.

Richard Mille, marque horlogère suisse positionnée sur le très haut de gamme, a fait de Julian Alaphilippe l’un de ses ambassadeurs. Sur le Tour de France et lors d’autres courses, le Français porte le modèle RM 67-02, une montre en titane et matériaux composites d’un poids de 32 grammes, dont la valeur de vente au détail est généralement estimée entre 120 000 et 150 000 euros. Ce partenariat le place dans un portefeuille qui comprend déjà Rafael Nadal ou Fernando Alonso, ce qui accroît sa visibilité hors du strict champ du cyclisme.

BMW figure parmi ses partenaires automobiles, dans le prolongement des accords signés par son équipe avec la marque. Specialized, fournisseur de vélos pour Quick-Step puis Tudor, maintient de longue date un lien avec lui, visible dans des campagnes de communication autour de certains modèles. En 2025, à l’occasion de son arrivée chez Tudor, Julian Alaphilippe devient ambassadeur de la marque de nutrition sportive MNSTRY, partenaire de l’équipe, dans le cadre d’un contrat personnel. Enfin, via la boutique en ligne Alafpolak.com, il commercialise des produits dérivés à son effigie, textiles, accessoires, cadres de vélo personnalisés. Aucun chiffre consolidé n’est public sur les revenus issus de ces activités, mais leur contribution à son revenu global est jugée importante.

La Massana, l’autre versant des chiffres

En 2018, Julian Alaphilippe et Marion Rousse choisissent La Massana, en Andorre, comme lieu de résidence. Cette principauté de 77 000 habitants, située entre la France et l’Espagne, attire depuis plusieurs années de nombreux cyclistes professionnels, dont le nombre est régulièrement évalué à plusieurs dizaines. Les barèmes fiscaux locaux expliquent en partie cet afflux.

L’impôt sur le revenu andorran est plafonné à un taux inférieur à celui des plus hautes tranches françaises, longtemps autour de 10% pour les revenus les plus élevés, tandis que le taux normal de TVA est de 4,5%. Pour un salaire annuel estimé à deux millions d’euros, l’économie d’impôt sur le revenu par rapport à une installation en France atteint plusieurs centaines de milliers d’euros chaque année. Interrogé sur ce choix de vie, le coureur a déclaré : « C’est un magnifique endroit. J’y ai trouvé de l’apaisement. Et c’est un excellent terrain de jeu. » Les cols et routes de montagne autour de La Massana offrent des conditions de préparation adaptées aux exigences du World Tour.

Premier Français au classement des fortunes

En 2026, des estimations publiées par des sites spécialisés dans le patrimoine des sportifs placent Julian Alaphilippe en tête des cyclistes français en activité, avec une fortune évaluée autour de dix millions d’euros. Ces évaluations le situent devant Laurent Jalabert, crédité d’environ neuf millions d’euros, Bernard Hinault, autour de 7,5 millions d’euros, et Thibaut Pinot, estimé à sept millions d’euros. Ces chiffres ne reposent pas sur des déclarations officielles du coureur ni sur des documents comptables publics, mais donnent un ordre de grandeur de sa richesse présumée.

La trajectoire économique de Julian Alaphilippe mêle ainsi un cumul salarial brut estimé à plus de quinze millions d’euros depuis 2014, des primes de course atteignant plusieurs centaines de milliers d’euros sur l’ensemble de sa carrière, des revenus de sponsoring dont l’importance est reconnue mais non chiffrée, des économies d’impôt liées à sa résidence andorrane, et les recettes issues de sa boutique en ligne. La comparaison avec les leaders du moment complète le tableau : en 2025, Tadej Pogačar est estimé autour de huit millions d’euros de salaire annuel, Jonas Vingegaard autour de 4,5 millions. À deux millions d’euros estimés chez Tudor, Julian Alaphilippe se situe à un échelon inférieur, mais reste le premier Français de la hiérarchie.

La victoire au Grand Prix cycliste de Québec en septembre 2025, première sur une course UCI World Tour depuis sa Flèche Wallonne de 2021, et sa troisième place au Tour de Grande-Bretagne la même année, signalent un regain de compétitivité pour un coureur de 33 ans que certains voyaient déjà sur le déclin. Son contrat chez Tudor court encore plusieurs saisons ; ses prochaines négociations dépendront autant de ses résultats sportifs que de ce que les marques accepteront de payer pour son nom.

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Journaliste sportif depuis 2015, Thomas Moreau est spécialisé dans le cyclisme et le hand.

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