Combien gagne Alex Baudin ?

07/06/2026

Victoire au Tour Auvergne-Rhône-Alpes, 4 000 euros de prime, salaire sous les 200 000 € : les revenus réels d’Alex Baudin, grimpeur en pleine ascension.

Le dimanche 7 juin 2026, un coureur de 25 ans a décroché sa première victoire au plus haut niveau du cyclisme mondial, seul, à 28 kilomètres de l’arrivée, dans les Alpes qui l’ont vu grandir. Ce que ce succès représente sportivement, le grand public commence à le mesurer. Ce qu’il vaut financièrement, c’est une autre histoire, moins reluisante, et plus instructive sur l’économie réelle du peloton professionnel.

28 kilomètres seul devant

Alex Baudin a attaqué depuis la côte de Rousset. C’était le 7 juin 2026, 118e kilomètre de la première étape du Tour Auvergne-Rhône-Alpes, tracée entre Vizille et Saint-Ismier dans l’Isère sur 146,5 km. Personne ne l’a rejoint. Il a franchi la ligne en solitaire avec 28 kilomètres d’avance sur le peloton, endossant dans la foulée le maillot jaune de leader, le classement par points, le classement des grimpeurs et le prix de la combativité, quatre distinctions le même jour, ce que le cyclisme appelle un grand chelem. C’est sa troisième victoire professionnelle. La première en WorldTour, le niveau le plus élevé du circuit international.

À l’arrivée, il a déclaré : « C’est devenu tellement dur de gagner en vélo avec tous les extraterrestres qui prennent tout le devant de la scène toute l’année. » La formule dit quelque chose de précis sur sa place dans la hiérarchie du peloton, celle d’un coureur qui doit forcer le destin pour exister dans un calendrier saturé par une poignée de champions.

Les semaines précédentes avaient été encourageantes. Le 5 avril 2026, Baudin avait terminé troisième du Grand Prix Miguel Indurain en Espagne, derrière Ion Izagirre et Quinn Simmons. En mars, Paris-Nice lui avait offert une neuvième place au classement général, première performance significative après un hiver perturbé par des problèmes de dos.

Albertville, cinq courses par an, un DUT en parallèle

Alex Baudin est né le 25 mai 2001 à Albertville, en Savoie. Son père, cycliste amateur depuis ses 20 ans, l’a emmené régulièrement voir le Tour de France passer dans les cols alpins autour de la ville. Il lui a offert son premier vélo à 4 ans.

Baudin s’inscrit au Guidon d’Or La Léchère, club du val de Tarentaise. Pendant des années, il court cinq à six fois par saison au niveau cadet, « très régional », dit-il lui-même. Aucun centre de formation, aucune détection précoce. Il suit en parallèle un DUT Sciences et Génie des Matériaux, filière aménagée pour lui permettre de s’entraîner, financée en partie par une bourse du Prix Étienne-Fabre couvrant ses frais de déplacement et de matériel.

Le tournant arrive en 2018. Sous les couleurs du Chambéry Cyclisme Formation, il remporte deux étapes du Tour du Valromey, dont une en solitaire dans le Grand Colombier, et une étape du Tour du Pays de Vaud. À 17 ans, il bascule d’un niveau régional à un niveau national en quelques mois. En 2021, l’AG2R Citroën U23 Team l’intègre dans sa structure de développement ; il y remporte le classement général de la Tour de Côte-d’Or. En 2022, il rejoint la Swiss Racing Academy, devenue depuis Tudor Pro Cycling Team, au niveau ProTeam, et enchaîne les succès sur l’UCI Europe Tour : victoire d’étape à l’Istrian Spring Trophy, au Tour de Bretagne, au Giro della Valle d’Aosta.

Le Giro 2023 et le tramadol

Début 2023, AG2R Citroën lui signe un premier contrat professionnel en WorldTour. Il dispute le Giro d’Italia, son premier Grand Tour, et termine 73e au général. Le 24 mai 2023, lors de la 17e étape, un contrôle révèle la présence de tramadol dans son organisme. Cet antidouleur est interdit en compétition par l’UCI depuis 2019.

La distinction juridique mérite d’être posée clairement : il s’agit d’une infraction au Règlement Médical de l’UCI, non d’une violation antidopage au sens du Code mondial antidopage. Les deux régimes sont différents, les sanctions également. AG2R Citroën le suspend préventivement à compter du 1er août 2023. Cinq mois sans compétition. Il décrit cette période comme « compliquée ».

Le 29 décembre 2023, le comité d’éthique de l’équipe prononce sa réintégration, sans communiqué public détaillant les motifs précis, mais le geste vaut implicitement reconnaissance de circonstances atténuantes, vraisemblablement un usage thérapeutique mal encadré. Il n’a pas couru de l’été 2023 à la fin de l’année.

Tour du Limousin, première victoire, 963 points UCI

La saison 2024 s’ouvre sous les nouvelles couleurs Decathlon AG2R La Mondiale, nouveau sponsor-titre, nouvelle dynamique. Baudin termine 21e du Giro d’Italia, 2e de la Coppa Bernocchi, 3e au général du Tour of Guangxi. En août, sous un déluge, il s’envole en solitaire lors de la deuxième étape du Tour du Limousin et remporte l’étape et le classement général. Première victoire professionnelle.

En fin de saison, ses 963 points UCI en font le coureur sans contrat confirmé le mieux classé du peloton mondial. Ce chiffre n’est pas anecdotique : dans le cyclisme professionnel, le coefficient UCI détermine en grande partie la valeur marchande d’un coureur sur le marché des transferts. Baudin aborde les négociations en position de force, ce qui explique l’intérêt d’EF Education-EasyPost.

Ce que gagne vraiment un coureur comme Baudin

Les contrats individuels dans le cyclisme professionnel ne sont pas rendus publics. Les équipes ne communiquent pas les salaires de leurs coureurs. Ce qui existe, en revanche, ce sont des planchers réglementaires fixés par accord tripartite entre l’UCI, l’Association des coureurs professionnels (CPA) et le groupement des équipes (AIGCP), des minima en dessous desquels aucune équipe ne peut légalement descendre.

La grille reconstituée à partir de ces données officielles donne la mesure de la progression de Baudin. En 2022, à la Swiss Racing Academy au niveau ProTeam, le plancher applicable était d’environ 33 707 euros bruts annuels. En 2023, néo-professionnel WorldTour chez AG2R Citroën, ce minimum passait à 40 045 euros. En 2024, toujours en WorldTour chez Decathlon AG2R, il atteignait 42 047 euros. Depuis 2025, chez EF Education-EasyPost, le plancher WorldTour est fixé à 44 150 euros.

Ces chiffres sont des planchers, pas des salaires. Un coureur ayant terminé la saison 2024 avec 963 points UCI et une victoire de classement général à son palmarès ne négocie pas au niveau du minimum réglementaire. Pour un talent établi mais non encore une star du peloton, la fourchette habituelle dans une formation WorldTour se situe entre 80 000 et 200 000 euros bruts annuels, estimation de marché, aucun chiffre précis du contrat EF n’ayant été rendu public. À titre de cadrage, le budget total d’EF Education-EasyPost pour 2026 est estimé à 28 millions d’euros, ce qui en fait une équipe de milieu de tableau WorldTour. Le salaire moyen d’un coureur WorldTour en 2026 atteint 384 000 euros bruts annuels, une moyenne fortement tirée vers le haut par les dix à quinze coureurs qui monopolisent les têtes d’affiche du calendrier.

Les primes de course complètent ces revenus, sans les transformer. La victoire d’étape du 7 juin 2026 au Tour Auvergne-Rhône-Alpes rapporte 4 000 euros selon le règlement financier de l’épreuve. Sa troisième place au GP Miguel Indurain en avril représente entre 2 000 et 3 000 euros. Son double au Tour du Limousin 2024, étape et général, lui a valu entre 5 000 et 8 000 euros. Sa participation au Tour de France 2025, avec plusieurs présences en échappée, lui a rapporté le minimum garanti aux participants, soit 1 000 euros, auquel s’ajoutent des primes d’étape variables selon le classement à chaque arrivée, entre 300 et 1 500 euros pour un coureur hors du podium. Pour donner l’échelle : une victoire d’étape sur la Grande Boucle rapporte 11 000 euros, le vainqueur du classement général empoche 500 000 euros. Ces montants n’ont pas de commune mesure avec ceux du reste du calendrier WorldTour.

À 25 ans, avec un salaire professionnel depuis 2023, ponctué d’une suspension de cinq mois, les revenus sportifs cumulés d’Alex Baudin restent modestes à l’échelle du cyclisme mondial. Aucune donnée publique sur son patrimoine personnel n’est disponible ni documentée.

EF Education-EasyPost et la question du prochain contrat

En octobre 2024, EF Education-EasyPost a annoncé la signature d’Alex Baudin pour deux saisons, 2025 et 2026. « C’est vraiment excitant de rejoindre une équipe aussi internationale. Il était important de sortir de ma zone de confort », a-t-il déclaré à l’annonce du transfert. L’équipe américaine est connue pour une culture offensive et une identité visuelle distincte dans le peloton, un cadre qui correspond au profil d’un grimpeur-attaquant.

En 2025, Baudin a disputé son premier Tour de France, terminant 46e au général. La 19e étape, dans le Col du Pré, l’a vu passer devant sa famille installée au bord de la route à Beaufort, en Savoie. La même année, il a reçu sa première sélection en équipe de France pour les Championnats d’Europe. Deux marqueurs de reconnaissance institutionnelle qui, dans le cyclisme, précèdent en général une revalorisation contractuelle.

Son contrat actuel expire fin 2026. La victoire du 7 juin, première en WorldTour, à domicile, avec un grand chelem de distinctions, modifie mécaniquement sa cote sur le marché des transferts. Dans la logique du peloton professionnel, un coureur qui gagne en WorldTour sans être encore une tête d’affiche peut prétendre à une revalorisation substantielle lors de sa prochaine négociation. Ce que ce palier représente précisément, en euros, dépendra des discussions à venir, dont aucun élément n’est aujourd’hui public.

Sa copine lui confectionne des petits autocollants de son chat pour sa potence. Il les colle avant chaque course. Il l’a mentionné avec humour après l’arrivée du 7 juin. Parmi les souvenirs qu’il cite comme les plus marquants de sa carrière ne figure aucune victoire : il évoque un voyage à vélo d’un mois à travers l’Europe, seul, sans dossard.

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Journaliste sportif depuis 2015, Thomas Moreau est spécialisé dans le cyclisme et le hand.

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