Recruté 150 millions d’euros par Liverpool, Florian Wirtz continue d’assurer que l’argent ne compte pas. Son parcours raconte comment un prodige tient ce cap.
En juin 2025, Liverpool a signé le chèque le plus élevé de l’histoire du football britannique pour recruter un joueur de 22 ans qui venait de déclarer ne pas penser à l’argent. Douze mois plus tard, le même joueur répète la même chose – et tout indique qu’il ne ment pas. Entre ces deux certitudes, il y a une trajectoire financière sans précédent dans le football allemand, une famille de dix enfants, une rupture des ligaments croisés, et une question que pose toute sa carrière : comment devient-on le troisième transfert le plus cher de l’histoire du football mondial en restant persuadé que l’argent ne compte pas ?
En juin 2026, une phrase de Florian Wirtz circule sur les réseaux sociaux, quelques semaines après la fin de sa première saison à Liverpool. Il venait de s’exprimer publiquement sur son bilan : « Je sais qu’ils ont dépensé beaucoup d’argent pour moi. Je continue de penser que je m’améliore. » Deux phrases. Dix-neuf mots. Aucune référence au montant exact du transfert, aucune promesse de résultats, aucun remerciement aux supporters. Juste cette conviction tranquille, posée comme un fait.
La saison qu’il vient de terminer n’a pourtant pas été celle d’un joueur acheté 150 millions d’euros. Quarante-huit matchs disputés toutes compétitions confondues avec Liverpool, sept buts, sept passes décisives – auxquels s’ajoutent un but et deux passes décisives avec la sélection allemande au cours du même exercice. En Premier League seule : trente-trois matchs, cinq buts, trois passes décisives. Des chiffres corrects pour un milieu offensif dans un grand club européen – pas ceux d’un joueur censé changer l’histoire d’une équipe. En novembre 2025, une contracture musculaire contractée lors d’un rassemblement de la sélection allemande l’a éloigné du match de Ligue des Champions contre le PSV Eindhoven. En février 2026, une douleur dorsale apparue à l’échauffement l’a contraint à déclarer forfait au dernier moment avant la rencontre de Premier League contre Nottingham Forest. Arne Slot, l’entraîneur de Liverpool, avait alors déclaré : « Don’t expect Florian to be available. No idea of a recovery timeline » – « N’attendez pas Florian. Aucune idée du délai de retour. »
Wirtz, lui, continuait de s’améliorer.
Brauweiler, dix enfants, 150 euros par mois
Pour comprendre d’où vient cette phrase, il faut remonter à Brauweiler, un quartier tranquille de la ville de Pulheim, à une vingtaine de kilomètres de Cologne, dans l’ouest de l’Allemagne. Florian Richard Wirtz y est né le 3 mai 2003. Il est l’un des dix enfants d’une famille recomposée : cinq issus du premier mariage de son père Hans-Joachim, trois de celui de sa mère Karin, et Florian avec sa sœur Juliane, nés de leur union. Le père a longtemps présidé le SV Grün-Weiss Brauweiler, un club de football amateur local où Florian commence à jouer à l’âge de sept ans. La mère a joué au handball à un niveau professionnel. Deux sportifs, une fratrie nombreuse, et une discipline financière que le joueur n’a pas oubliée.
En janvier 2020, à 16 ans, Wirtz quitte l’académie du FC Cologne, le club de sa ville natale, pour rejoindre le centre de formation du Bayer Leverkusen, club de Bundesliga basé à environ une heure de route. L’opération coûte 300 000 euros à Leverkusen. Son salaire de jeune professionnel commence à s’accumuler sur un compte dont il n’a pas accès. « Après mon arrivée à Leverkusen à 16 ans, mes parents géraient mon salaire et m’envoyaient 150 euros par mois », a-t-il déclaré en 2025. « C’était important pour eux que je ne fasse pas de bêtises avec mon salaire. »
Cent cinquante euros. Le budget mensuel d’un lycéen en appartement. C’est ce que Florian Wirtz, déjà rémunéré par un club professionnel de premier plan, recevait chaque mois pour ses dépenses personnelles.
Il ajoutait, dans le même entretien : « Quand j’ai déménagé de Cologne à Leverkusen, je n’ai pas pensé une seule seconde à mon salaire. Je ne pense même pas à l’argent que j’ai sur mon compte ni à ce que je pourrais gagner plus tard. Pour moi, l’aspect sportif est bien plus important. »
Sa sœur aînée Juliane, née en 2001, est footballeuse professionnelle en première division féminine allemande avec le Werder Brême. Elle avait déclaré : « Que Flori joue aussi bien au football ne change pas notre famille. Nous n’en tirons aucune fierté mal placée. » Sa sœur Sophia gère la présence de Florian sur les réseaux sociaux depuis une agence de conseil sportif.
6 juin 2020 : un record vieux de quinze ans
Ce soir-là, au stade de l’Allianz Arena à Munich, le Bayer Leverkusen perd 4-2 contre le Bayern Munich. À la 89e minute, Florian Wirtz reprend un centre dans la surface et inscrit le quatrième but de son équipe. Il vient d’avoir 17 ans depuis trente-quatre jours. Il est, à cet instant, le plus jeune buteur de l’histoire de la Bundesliga, le championnat allemand de football, l’un des cinq grands championnats européens. Le précédent record était détenu par le milieu de terrain Nuri Sahin, qui avait inscrit son premier but pour le Borussia Dortmund en novembre 2005, à l’âge de 17 ans et 82 jours.
Ce record sera battu en décembre 2020 par Youssoufa Moukoko, attaquant de Dortmund, qui inscrira son premier but de Bundesliga à 16 ans et 28 jours. Wirtz conserve néanmoins d’autres records de précocité qui, eux, tiennent : il est le plus jeune joueur à avoir porté le maillot de Leverkusen en Bundesliga, à 17 ans et 15 jours, le 18 mai 2020, et le premier joueur de moins de 19 ans à franchir la barre des dix buts dans le championnat allemand.
En octobre 2020, à 17 ans et 159 jours, il devient le plus jeune joueur de l’histoire à évoluer sous les couleurs de la sélection allemande des Espoirs. Son salaire, à cette période, reste inférieur à un million d’euros annuels bruts.
La saison 2020-2021 confirme la cadence : sept buts et sept passes décisives en 34 matchs toutes compétitions confondues. La suivante, 2021-2022, monte d’un cran : dix buts et sept passes décisives en Bundesliga seule, treize buts et dix passes décisives au total. À dix-huit ans, Wirtz joue à un niveau qui anticipe un transfert à neuf chiffres.
313 jours d’absence
Le 13 mars 2022, lors d’un derby contre le FC Cologne, Wirtz chute après un contact et reste au sol. Le verdict tombe rapidement : rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche, l’une des blessures les plus redoutées en football professionnel, qui nécessite une opération chirurgicale et une rééducation d’environ un an. Il a dix-huit ans. Il sera absent 313 jours, du 14 mars au 16 septembre. Il manque la fin de la saison 2021-2022, toute la préparation estivale, et la Coupe du Monde organisée au Qatar en novembre 2022.
Xabi Alonso arrive au Bayer Leverkusen à l’automne 2022 pour prendre en main l’équipe première. L’Espagnol, ancien milieu de terrain du Real Madrid et de Liverpool reconverti entraîneur, trouve un Wirtz en fin de rééducation. Il déclare à la presse : « J’ai de la patience. Après une rupture du ligament croisé, cela prend du temps. Je peux sentir ses qualités. Mais Florian doit y aller pas à pas. »
Le retour a lieu lors de la trêve hivernale 2022-2023. Wirtz déclare alors : « Ma tête est prête à relever pleinement les défis. Il n’y a pas de blocage mental. Je reviendrai à cent pour cent, qui j’étais avant, avec les deux jambes. » La saison 2022-2023 reste incomplète, avec dix-sept matchs, six buts, une passe décisive en Bundesliga. Mais le joueur est revenu. Et Alonso est là.
51 matchs sans défaite, un hat-trick et 15 buts
Le Bayer Leverkusen termine la saison 2023-2024 invaincu en Bundesliga sur l’ensemble de l’exercice, avec trente-quatre journées et zéro défaite. C’est la première fois dans l’histoire du championnat allemand, qui existe depuis 1963, qu’un club réalise cette performance. La série d’invincibilité, toutes compétitions confondues, atteint cinquante et un matchs consécutifs. Leverkusen remporte le doublé Championnat-Coupe d’Allemagne et atteint la finale de la Ligue Europa, la deuxième compétition européenne de clubs.
Wirtz est au centre de cette épopée. En Bundesliga, il inscrit onze buts et délivre onze passes décisives en trente-deux matchs joués. Toutes compétitions confondues, ses chiffres s’établissent à quinze buts et quinze passes décisives en quarante-trois matchs. En avril 2024, il entre en jeu en cours de match contre le Werder Brême et inscrit un hat-trick en quarante-cinq minutes, offrant mathématiquement le titre à Leverkusen cinq journées avant la fin du championnat. La DFL, l’organisme qui gère la Bundesliga, le désigne joueur de la saison. Il a remporté trois fois le prix de joueur du mois au cours de cet exercice.
Son salaire à cette période est estimé à environ 72 000 livres sterling par semaine à Leverkusen, soit environ 86 000 euros hebdomadaires. Sa valeur marchande grimpe à 130 millions d’euros.
À l’Euro 2024, organisé en Allemagne devant un public à domicile, Wirtz ouvre le score dès la dixième minute lors du match inaugural de la Mannschaft contre l’Écosse, devant un Allianz Arena comble. L’Allemagne s’incline en quart de finale contre l’Espagne, future championne d’Europe, mais Wirtz termine le tournoi avec deux buts en cinq matchs.
L’été 2025 : 150 millions et un contrat jusqu’en 2030
Pendant tout l’automne 2024 et le printemps 2025, la presse sportive européenne tourne autour d’un seul nom pour le prochain grand transfert. Bayern Munich, Real Madrid, Arsenal, PSG, Manchester City : tous avancent des pions. Le Bayer Leverkusen fixe un prix de départ. Adidas, la marque allemande qui équipe Wirtz depuis plusieurs années et qui fabrique également les maillots de plusieurs clubs courtisans, tente en coulisses de faciliter un transfert au Real Madrid puis au Bayern pour maximiser la visibilité de son ambassadeur. Liverpool devance tout le monde.
Le 20 juin 2025, le club anglais confirme officiellement le recrutement. Les chiffres publiés convergent vers un même montant de base : entre 117 millions d’euros et 117,6 millions d’euros de part fixe, auxquels s’ajoutent jusqu’à 18,8 millions d’euros à 20 millions d’euros de bonus activables selon les performances et les trophées. Le total maximum se situe entre 136 millions d’euros et 150 millions d’euros. Liverpool se contente officiellement de mentionner « un contrat à long terme », sans préciser le montant. Wirtz devient la troisième recrue la plus chère de l’histoire du football mondial, derrière Neymar, 222 millions d’euros, recruté par le PSG depuis le FC Barcelone le 3 août 2017, et Kylian Mbappé, 180 millions d’euros, recruté par le PSG depuis l’AS Monaco en 2017. Il est aussi le joueur le plus cher jamais recruté par Liverpool, devant l’attaquant uruguayen Darwin Núñez, acheté 85 millions d’euros en 2022.
Son contrat court jusqu’au 30 juin 2030. Sur son salaire, les estimations divergent selon les sources et les périmètres retenus. Certaines évaluations l’établissent à 12 millions d’euros annuels. D’autres l’évaluent à 10,2 millions de livres sterling en base, soit environ 195 000 livres sterling par semaine, pouvant atteindre 245 000 livres sterling avec les primes de performance. Ces écarts s’expliquent par la différence entre salaire de base et salaire total avec bonus, aucun chiffre officiel n’ayant été rendu public par Liverpool. En tout état de cause, avant le transfert, son salaire à Leverkusen était estimé à un peu plus de 72 000 livres sterling par semaine. L’augmentation est substantielle, quelle que soit la source retenue.
Deux faits périphériques méritent d’être signalés. Premier : Liverpool choisit précisément cet été 2025 pour passer de Nike à Adidas comme équipementier officiel du club. Wirtz, visage de la marque allemande depuis plusieurs années, arrive à Anfield au moment exact où son équipementier installe sa présence dans le club. Adidas le positionne désormais aux côtés de Jude Bellingham, milieu de l’équipe d’Angleterre, et de Lamine Yamal, ailier du FC Barcelone et de l’Espagne, comme l’un de ses ambassadeurs mondiaux prioritaires. Second : en décembre 2024, Wirtz avait signé un contrat publicitaire avec PepsiCo, pour les marques Pepsi et Gatorade, dont la valeur a été estimée à plus de un million d’euros, courant jusqu’après la Coupe du Monde 2026.
Face aux journalistes lors de sa présentation officielle à Liverpool en août 2025, Wirtz a déclaré : « Peu importe combien d’argent les clubs se versent entre eux. Je veux juste jouer au football. »
Liverpool, le numéro 7, et l’amélioration continue
La saison 2025-2026 s’est terminée avec quarante-huit matchs disputés sous le maillot de Liverpool, sept buts et sept passes décisives, auxquels s’ajoutent un but et deux passes décisives en sélection allemande. En Premier League seule : trente-trois matchs, cinq buts, trois passes décisives. Il porte le numéro 7 dans le dos, le numéro historique du club, celui de Kenny Dalglish et de Luis Suárez. En Ligue des Champions, son bilan s’établit à neuf matchs, un but, trois passes décisives. Il a manqué plusieurs semaines sur blessure à l’automne puis en hiver, et terminé l’exercice avec un bilan jugé décevant par une partie de la presse britannique.
En septembre 2025, le Ballon d’Or, la récompense individuelle la plus prestigieuse du football mondial, décernée chaque année à Paris, avait placé Wirtz au vingt-neuvième rang sur trente nominés. Il était le seul joueur allemand de la liste. Une position cohérente avec une première saison anglaise encore en rodage.
Sa valeur marchande est estimée à 130,5 millions d’euros en juin 2026, en légère hausse par rapport aux estimations intermédiaires de l’automne, et quasi équivalente au montant fixe déboursé par Liverpool lors de son recrutement.
En juin 2026, Wirtz a déclaré : « Je sais qu’ils ont dépensé beaucoup d’argent pour moi. Je continue de penser que je m’améliore. »