Que devient Laurent Jalabert ?

29/05/2026

De la Vuelta 1995 à un titre mondial Ironman à Nice, jusqu’à une maison d’hôtes en Périgord, Laurent Jalabert construit une seconde vie entre écran, endurance et campagne.

n 2026, Laurent Jalabert fait encore partie du dispositif du Tour de France et du Tour de France Femmes à la télévision publique. Cette longévité situe le début de sa reconversion médiatique en 2003, un an après sa retraite sportive.

Né le 30 novembre 1968 à Mazamet, dans le Tarn, Jalabert s’est installé au fil des années comme l’une des voix les plus familières du cyclisme français. Depuis plus de vingt ans, il accompagne les grandes courses du calendrier, de Paris‑Nice au Tour de France, avec cette diction calme et cette précision technique qui ont prolongé sa carrière d’une autre manière.

Son retour au micro n’avait pourtant rien d’évident. En 2013, après la publication de résultats de tests rétroactifs le concernant pour le Tour de France 1998, il s’était mis en retrait de l’antenne à quelques jours du départ du centième Tour. En mars 2014, au moment de reprendre place sur Paris‑Nice, il disait être « impatient de pouvoir revenir ».

En 2025, une proposition extérieure a encore pu faire croire à un départ. Elle n’a pas abouti. Jalabert a choisi de rester dans un rôle qui continue de l’exposer chaque été à des millions de téléspectateurs.

Sa relation à la radio doit être racontée avec plus de retenue que par le passé. Il a bien travaillé durant des années pour RTL, mais sa présence récente s’inscrit davantage dans des interventions et des collaborations ponctuelles que dans un format régulier clairement identifié. Son ancrage principal demeure la télévision.

Une reconversion en Dordogne

Depuis 2025, une autre facette de sa reconversion apparaît plus nettement : un projet d’hébergement touristique mené avec sa compagne, Marion Limouzy, dans le Périgord noir. Le couple y a ouvert une maison d’hôtes, La Maison de Jade, dans le secteur de Meyrals, en Dordogne.

Le projet a pris forme après des mois de travaux. Jalabert et Marion Limouzy ont retapé le lieu avant d’ouvrir le calendrier des réservations au printemps 2025. Les premières communications autour de l’adresse évoquaient une capacité de six personnes, une terrasse couverte, un parking privé, une climatisation et une petite piscine hors sol.

Le nom du gîte renvoie à la fois à leur chienne, Jade, et à un livre trouvé dans la maison au moment de l’achat. Ce détail dit quelque chose du ton choisi pour cette seconde vie : moins de caravane publicitaire, plus de silence, de pierre et de campagne.

La Dordogne n’est pas son seul ancrage. Jalabert reste très lié au Sud‑Ouest et conserve des attaches dans le Tarn‑et‑Garonne, notamment autour de Montauban. Mais le Périgord noir est devenu, depuis 2025, l’un des centres visibles de sa vie hors antenne.

Cette reconversion n’a rien d’un simple décor. Elle passe par les travaux, l’accueil, l’entretien, la gestion d’un lieu et le contact avec des vacanciers. Chez l’ancien coureur, l’après‑carrière prend ainsi la forme d’un travail concret, quotidien, éloigné des hôtels d’équipe et des parkings de départ.

Nice 2023, encore la course

L’autre donnée majeure de sa vie actuelle tient dans le triathlon longue distance. Le 10 septembre 2023, Laurent Jalabert a remporté à Nice le championnat du monde d’Ironman dans la catégorie 55‑59 ans, en 10 h 02 min 56 s. À 54 ans, l’ancien cycliste avait bouclé 3,8 kilomètres de natation, 180 kilomètres de vélo et 42,195 kilomètres de course à pied.

Cette performance permet de comprendre ce qu’il est devenu sans recourir aux formules faciles sur la « passion intacte ». Jalabert ne s’est pas contenté d’entretenir sa condition physique. Il a prolongé la compétition sur l’un des formats les plus exigeants du sport d’endurance.

Cette continuité s’apprécie d’autant plus à la lumière de l’accident survenu en 2012 en Espagne, lorsqu’il avait été renversé par une voiture à l’entraînement. La gravité de l’épisode avait posé la question de sa capacité à reprendre durablement une activité sportive intense. Onze ans plus tard, un titre mondial dans sa catégorie d’âge à Nice apportait une réponse nette.

Le passage du cyclisme professionnel à l’Ironman n’a rien d’une rupture complète. Dans les années 1990, Jalabert avait déjà transformé son corps et son registre de coureur, passant du sprint aux classiques, puis aux courses par étapes et à la montagne. Le triathlon longue distance prolonge ce même rapport aux efforts longs, aux réglages minutieux et à la gestion du temps.

Cette pratique structure aussi son quotidien. Entre les périodes de commentaires, l’ancien champion s’astreint encore à des séances régulières de natation, de vélo et de course à pied. Il ne vit plus dans un bus d’équipe, mais il demeure un homme d’entraînement.

Vie privée : ce que l’on sait

Les éléments publics sur sa vie personnelle restent limités. Laurent Jalabert est père de deux enfants nés d’une précédente union. Il vit aujourd’hui avec Marion Limouzy, ancienne Miss Périgord, avec laquelle il porte le projet de maison d’hôtes en Dordogne.

Le couple apparaît dans un cadre très différent de celui des années de compétition. Les rares images diffusées montrent une maison en pierre, un jardin, une terrasse, une piscine et un environnement rural. La campagne a remplacé les hôtels d’étape ; les animaux de compagnie, les voitures suiveuses.

Rien, à ce jour, ne permet d’établir un engagement politique, une candidature ou une activité élective. Sa vie publique reste centrée sur trois axes bien identifiés : les médias, le sport d’endurance et l’hébergement touristique. Le reste demeure tenu à distance.

Cette discrétion n’est pas anodine. Dans les années 1990 et 2000, le nom de Jalabert circulait sans cesse dans les pages sportives. En 2026, il apparaît davantage par fragments : un commentaire d’étape, un résultat en Ironman, une photo de gîte, puis le silence.

Le palmarès qui continue de parler

Sur la carrière sportive, les repères sont connus et solides. Passé professionnel en 1989 chez Toshiba, Laurent Jalabert a ensuite bâti l’essentiel de son palmarès sous le maillot de l’équipe ONCE. Il a d’abord gagné au sprint avant de devenir l’un des coureurs les plus complets du peloton.

L’année 1995 reste la plus forte. Jalabert remporte alors la Vuelta, avec le classement général, le maillot par points et plusieurs étapes. À cette période, il fait partie des tout premiers noms du cyclisme mondial.

Son palmarès comprend aussi des victoires sur Milan–San Remo, la Flèche Wallonne et quatre éditions de Paris‑Nice. Il a également été champion de France sur route. Sur le Tour de France, il a remporté plusieurs maillots verts dans les années 1990 puis le maillot à pois en 2001.

Cette métamorphose sportive avait frappé son époque. Peu de coureurs sont passés avec autant d’aisance du sprint aux bosses, puis à la haute montagne et aux classements généraux. C’est aussi ce passé‑là qui fonde encore aujourd’hui sa crédibilité de consultant.

Après sa retraite sportive, fin 2002, il a prolongé sa présence dans le cyclisme en devenant sélectionneur de l’équipe de France sur route de 2009 à 2013. Il a ainsi occupé successivement les places de champion, d’encadrant et de commentateur.

Le passé de 1998 ne disparaît pas

L’autre versant de son histoire reste lié au dopage. En 2013, des résultats de tests rétroactifs effectués sur des échantillons du Tour de France 1998 ont été rendus publics, avec un contrôle positif à l’EPO attribué à Laurent Jalabert. L’épisode a provoqué son retrait temporaire de l’antenne au moment même où le Tour s’apprêtait à célébrer sa centième édition.

Cette séquence a laissé une marque durable. Elle n’a pas mis fin à sa présence médiatique, mais elle a déplacé le regard porté sur sa carrière. Les exploits des années 1990 ne se relisent plus avec l’innocence des images d’archives.

En 2014, son retour sur Paris‑Nice a rouvert la porte de la télévision. Les années suivantes ont confirmé sa réinstallation dans le paysage du cyclisme français. Mais son nom continue de porter cette double charge : celle d’un immense palmarès et celle d’une époque que le sport n’a jamais complètement purgée.

Chez Jalabert, cette contradiction ne disparaît jamais tout à fait. Elle accompagne l’ancien champion lorsqu’il commente une ascension du Tour, lorsqu’il franchit une ligne d’arrivée en triathlon ou lorsqu’il ouvre la porte de son gîte en Dordogne.

Ce que devient Jalabert en 2026

En 2026, les faits dessinent une seconde vie dense, mais lisible. Laurent Jalabert continue de commenter les grandes courses à la télévision, a remporté en 2023 à Nice un championnat du monde d’Ironman dans sa catégorie d’âge et développe avec Marion Limouzy une maison d’hôtes dans le Périgord noir.

Le reste tient dans une continuité plus que dans une rupture. L’ancien coureur n’a pas quitté la compétition ; il en a changé le format. Il n’a pas quitté le cyclisme ; il l’observe désormais depuis la cabine de commentaire. Et il n’a pas effacé son passé ; celui‑ci continue d’accompagner son nom, même lorsque l’actualité le montre ailleurs, dans le silence d’une route de Dordogne ou au bord d’un bassin avant un départ d’Ironman.

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Journaliste sportif depuis 2015, Thomas Moreau est spécialisé dans le cyclisme et le hand.

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