Quarante ans après son but en finale de l’Euro 1984, Bruno Bellone travaille à la mairie du Cannet, forme des jeunes amateurs et n’a jamais dirigé un club pro.
Le 18 mars 2023, Bruno Bellone a assisté à l’inauguration d’un terrain de football à neuf baptisé en son honneur au complexe Maurice Jeanpierre de Cannet-Rocheville. À ses côtés ce jour-là : Luis Fernandez, William Ayache, Albert Emon, la génération 1984 réunie dans un stade municipal des Alpes-Maritimes. Bellone travaille à deux pas de là depuis 2007, comme conseiller technique aux sports à la mairie du Cannet.
Son poste est opérationnel : il coordonne les manifestations sportives de la commune, encadre des animations pour les jeunes et entraîne les agents municipaux. Aux élections municipales du 15 mars 2026, Christian Lopez, ancien défenseur international et partenaire de Bellone en équipe de France, a été élu conseiller municipal sur la liste de Michèle Tabarot, en 10e position. Tabarot, maire Les Républicains, a été réélue dès le premier tour avec 55,65% des voix et 34 sièges. Son entourage comprend également l’ancien pilote de Formule 1 Patrick Tambay. Bellone, lui, ne se revendique d’aucune étiquette : « Ce n’est pas mon monde. Moi, mon monde, c’est aider les autres », a-t-il déclaré.
Le 6 mai 2026, il était à la Principauté pour un autre rendez-vous : les 50 ans de l’Academy de l’AS Monaco, aux côtés de Jean-Luc Ettori. Quelques semaines plus tôt, le 17 avril, l’AS Cannes l’avait invité à donner le coup d’envoi fictif d’un match à la salle Coubertin. Deux apparitions en moins d’un mois, dans les deux clubs qui ont structuré sa carrière.
Une plateforme pour sept millions d’amateurs
En septembre 2014, Bellone a co-fondé Social Foot, rebaptisé Créons le Lien, une plateforme destinée aux quelque sept millions de licenciés du football amateur français. Le principe : permettre à un joueur amateur de publier son « CV footballistique » en ligne, d’identifier des clubs proches de son niveau et de son domicile, et d’accéder à des services connexes : logement, équipements, parapharmacie. « On vient tous du monde amateur, et c’est bien de pouvoir rendre à ce monde ce que nous lui devons », a-t-il déclaré.
Il intervient également dans les stages de la Foot Académie, structure de formation itinérante pour les U10-U17. En novembre 2021, il encadrait un stage au Mâcon FC aux côtés de Luc Sonor et Jean-Christophe Devaux. Ces présences sont régulières depuis plusieurs années, coordonnées avec sa page officielle sur les réseaux sociaux. Sur le poste d’entraîneur professionnel, sa position est sans ambiguïté. Il détient son diplôme de deuxième degré mais a indiqué qu’il « se prendrait la tête avec les joueurs ». Il n’a jamais dirigé de club professionnel.
Les matchs de ma vie, le livre soldé en 2018
En 2018, les éditions Michel Lafon ont publié son autobiographie, Les matchs de ma vie, préfacée par Lorànt Deutsch. L’ouvrage, disponible également en version audio lue par Marc Levy, retrace l’ensemble de sa carrière et de sa vie personnelle, de la formation monégasque à la ruine immobilière, en passant par les deux Coupes du monde et l’Euro 1984. Bellone y annonce la couleur dès les premières lignes : « les plus beaux matchs comme les plus ratés ». Le livre est encore commandé plusieurs années après sa parution.
90e minute, Parc des Princes
Le 27 juin 1984, à la 90e minute de la finale du Championnat d’Europe des Nations, Manuel Amoros récupère le ballon dans son camp, le transmet à Jean Tigana, qui lance Bellone dans la profondeur côté gauche. L’attaquant pique le ballon par-dessus Luis Arconada, déjà battu, et inscrit le 2-0. La France remporte pour la première fois de son histoire le titre de championne d’Europe. Bellone a 22 ans. C’est sa deuxième saison complète avec les Bleus.
Michel Platini, auteur de neuf buts dans la compétition, a dit plus tard à son sujet : « Le plus beau but, celui que j’aurais aimé marquer, c’était le sien, parce qu’il concluait le match et nous donnait le titre. » Bellone cite cette phrase depuis quarante ans. Elle est la seule qu’il garde.
Monaco, 228 matchs, et Grace Kelly dans le jardin
À 13 ans et demi, Bruno Bellone est recruté par le centre de formation de l’AS Monaco. Gérard Banide, l’entraîneur, le repositionne ailier gauche avec un argument simple : « Si tu réussis côté gauche, il n’y a personne pour te barrer la route. » Le 5 août 1980, à 18 ans, il dispute son premier match professionnel lors de Lyon-Monaco (3-2).
De 1980 à 1987, il joue 228 matchs et marque 56 buts sous le maillot rouge et blanc. Son palmarès en club comprend le titre de champion de France en 1982, la Coupe de France en 1985 face au PSG, le Trophée des Champions la même année et la Coupe des Alpes en 1983. En 1981, France Football le désigne révélation de l’année.
Le 13 septembre 1982, Bellone est à l’entraînement quand la princesse Grace Kelly est victime de son accident de voiture. L’impact se produit dans le jardin de l’appartement monégasque qu’il partage avec le défenseur Dominique Bijotat. Il rentre le soir, découvre des traces, un trou dans le jardin. Son voisin lui annonce la nouvelle. Pendant six mois, des journalistes stationnent devant sa porte. Il finit par déménager.
À Cannes, en fin de carrière, il croise un jeune milieu de terrain timide nommé Zinedine Zidane. « Techniquement, il l’avait déjà », a-t-il indiqué.
La cheville, la ruine, la radio
En 1988-1989, lors d’un match à Montpellier qu’il dit ne pas avoir voulu jouer, un tacle lui fracture sévèrement la cheville. Il passe six mois sans jouer. Louis Nicollin refuse de le laisser sans salaire pendant sa convalescence avant de le libérer. Il signe à Cannes pour quatre ans. La même cheville cède à nouveau. En 1990, à 28 ans, il met fin à sa carrière.
À la retraite, son capital est estimé à environ quinze millions de francs. Un ami promoteur lui propose d’investir dans l’immobilier. Le krach du début des années 1990 efface tout. Les dettes montent à cinq millions de francs. Un divorce ajoute une pension alimentaire. Bellone dort parfois dans sa voiture.
En avril 1998, Radio France annonce en direct sa mort par suicide. Son père fait un malaise cardiaque en apprenant la nouvelle. Bellone est en Italie ce jour-là, injoignable : les téléphones portables ne captent pas encore partout à l’étranger. Il attaque la radio en justice. Il perd le procès.
Jean Tigana, devenu entraîneur de Monaco, intervient alors. Avec Jean-Luc Ettori, il obtient d’une banque de ramener la dette de Bellone à 500 000 euros. Il organise ensuite un jubilé à Cannes auquel participent Zinedine Zidane, Thierry Henry, Fabien Barthez, Éric Cantona et Jean-Pierre Papin. Les recettes permettent de solder le solde. « Tigana est mon frère », a déclaré Bellone. Pendant six ans, il anime des soirées loto. En 2007, la mairie du Cannet lui propose un poste.
1982, 1986 : deux Coupes du monde
Bellone participe à la Coupe du monde 1982 en Espagne, où la France termine quatrième après la défaite contre l’Allemagne à Séville. Il est alors remplaçant, rarement titulaire. En 1986 au Mexique, il figure dans le groupe qui atteint la troisième place.
Au quart de finale contre le Brésil à Guadalajara, la séance de tirs au but est engagée. Bellone est le troisième tireur français. Sa frappe heurte le poteau gauche d’Edinho, rebondit sur le gardien Carlos et entre dans le but. La France s’impose 4-3 et se qualifie. « Mes jambes faisaient la samba », a-t-il déclaré. En demi-finale, la France s’incline face à la RFA, avant de battre la Belgique pour la médaille de bronze. En 1985, il avait également remporté la Coupe intercontinentale des Nations avec les Bleus, et le Tournoi de France en 1988. Son bilan international : 34 sélections, 2 buts, entre 1981 et 1988.