Que devient Stéphane Guivarc’h ?

06/09/2026

Meilleur buteur de Ligue 1 en 1998, champion du monde sans avoir marqué un but lors du tournoi, Stéphane Guivarc’h vend des piscines en Bretagne depuis dix-sept ans.

Champion du monde en 1998, Stéphane Guivarc’h vend des piscines en Finistère depuis dix-sept ans et son nom figure cette année encore sur un tournoi de football pour enfants à Trégunc, sa commune. À 55 ans, le meilleur buteur de D1 de la saison 1997-1998 a troqué les plateaux télévisés pour les routes bretonnes, sans nostalgie particulière.

Sur la route à sept heures

Chaque matin, Stéphane Guivarc’h prend son véhicule, quitte Trégunc, commune de 6 500 habitants du Finistère-Sud, et part en tournée commerciale. Il vend des piscines et des équipements de balnéothérapie pour le compte de Tanguy Piscines Bretagne, une entreprise basée à Concarneau. Il le fait depuis dix-sept ans.

La reconversion n’était pas calculée. Un ami d’enfance, patron d’une société de plomberie, venait de faire des travaux chez lui. Il montait une nouvelle structure dans le secteur de la piscine et a proposé à Guivarc’h de l’accompagner. « Je ne faisais rien, je lui ai dit que j’allais lui filer un coup de main… et ça fait dix-sept ans que je suis avec lui, ce n’est plus un coup de main », a-t-il déclaré.

Le soir, il rentre chez lui. Dans son salon, une réplique miniature du trophée Jules Rimet côtoie des photographies de famille. C’est, selon ses propres mots, le seul rappel visible de ce qu’il a accompli pendant dix-huit ans de carrière professionnelle.

Ce choix, Guivarc’h l’a défendu sans détour. « Je ne suis pas à la recherche constamment de la caméra ou du micro pour vivre », a-t-il déclaré. Il a précisé qu’il ne travaillait pas par contrainte financière, mais pour, selon ses termes, « avoir un but en se levant le matin ».

Une complication subsiste dans l’exercice du métier : les clients, dès qu’ils reconnaissent le nom sur la carte de visite, parlent de football. « Souvent, on parle un quart d’heure de piscine, puis une heure de foot », a-t-il indiqué.

Trégunc, ses montées et son tournoi

Le football n’a pas disparu de la vie de Stéphane Guivarc’h. Il a simplement changé d’échelle : il se joue désormais au sixième échelon national, à l’US Trégunc, le club de la commune où il est né et où il a appris à jouer.

En 2007, cinq ans après sa retraite sportive, il en prend les rênes comme entraîneur. Le club végète alors en Promotion d’Honneur. En deux saisons, de 2007 à 2009, il le fait monter de deux échelons consécutifs. L’effet de sa présence sur la vie du club est immédiat : le nombre de sponsors double, l’affluence atteint une moyenne de 200 spectateurs payants par match, phénomène rare à ce niveau de pratique.

Il cède ensuite le banc, avant de revenir à la tête du club comme président en octobre 2023, à la suite de la démission du président en exercice. En 2026, l’US Trégunc évolue en Régional 2, poule F (Bretagne), après une relégation en fin de saison 2024-2025.

Depuis plus de vingt ans, le club organise un tournoi qui porte son nom. La vingt-quatrième édition du Tournoi Stéphane Guivarc’h se tient les 23 et 24 mai 2026 au stade de la Pinède, avec des catégories allant des U6 aux U13. Toutes les inscriptions sont complètes. Des centaines d’équipes venues de toute la Bretagne participent chaque année. Son nom ne figure pas sur un stade de Ligue 1. Il figure sur un tournoi de jeunes en Finistère, et c’est lui qui a décidé qu’il en serait ainsi.

47 buts en une saison

Pour comprendre pourquoi Stéphane Guivarc’h a quitté le football professionnel en 2002 avec autant de titres et aussi peu de publicité, il faut revenir à la saison 1997-1998. À Auxerre, il marque 21 buts en championnat, titre de meilleur buteur de D1 pour la deuxième fois consécutive, 7 buts en Coupe de l’UEFA (meilleur buteur de la compétition), 7 buts en Coupe de la Ligue (meilleur buteur), 10 buts en Coupe Intertoto (meilleur buteur). Total toutes compétitions : 47 buts en une seule saison, sixième meilleur total de l’histoire du football français.

Avant cette saison d’exception, il avait déjà été meilleur buteur de D1 lors de son prêt au Stade Rennais en 1996-1997, avec 22 buts en 36 matchs. Il avait alors été désigné meilleur sportif breton de l’année. À Guingamp, entre 1992 et 1995, il avait inscrit 25 buts en 33 matchs lors de la saison de montée en D2 (1993-1994), puis 23 buts lors de la montée en D1 (1994-1995), avant d’être élu meilleur joueur de Division 2 par la presse spécialisée.

Son palmarès de club est cohérent avec ces chiffres : doublé Championnat-Coupe de France avec Auxerre en 1996, Coupe Intertoto 1997, triplé, championnat, coupe nationale et coupe de ligue, avec les Glasgow Rangers en 1999. Neuf titres collectifs en dix-huit ans de carrière, auxquels s’ajoute la Coupe du monde.

Son jeu reposait sur un profil précis : pivot solitaire, pressing haut, capacité à libérer les espaces pour les joueurs qui s’appuyaient sur lui. C’est exactement ce profil qu’Aimé Jacquet avait décidé d’utiliser lors du Mondial 1998, avec les conséquences que l’on sait.

Zéro but en finale

Le 12 juillet 1998, au Stade de France, Stéphane Guivarc’h est titulaire dans l’équipe de France qui affronte le Brésil en finale de la Coupe du monde. Il a 27 ans, il sort de la meilleure saison de sa carrière. Il rate au moins trois occasions nettes. À la 66e minute, Aimé Jacquet le remplace par Christophe Dugarry. La France gagne 3-0. Guivarc’h est champion du monde. Il n’a marqué aucun but de toute la compétition.

Les explications sont documentées. Dès le match inaugural contre l’Afrique du Sud, il quitte le terrain blessé à la 26e minute. Une contracture musculaire contractée en stage à Tignes l’avait déjà fragilisé. Surtout, la charge du travail accumulé pesait : il avait disputé environ 72 matchs cette saison-là. « J’étais cramé », a-t-il déclaré.

Son rôle dans le dispositif de Jacquet n’était pas celui d’un finisseur. Il était chargé de harceler les défenseurs adverses et de créer des espaces pour Zidane et Djorkaeff, travail invisible, collectivement décisif, statistiquement nul.

Vingt-cinq ans après les faits, il a été direct : « Ça me hante encore aujourd’hui. » Il a précisé : « J’aurais préféré en mettre vingt de moins avec Auxerre et marquer en finale de Coupe du monde. »

L’épisode de Newcastle, dans les semaines suivantes, prolonge le malentendu. Le club achète Guivarc’h pour 35 millions de francs à l’été 1998. Kenny Dalglish, le manager qui l’a recruté, est limogé deux matchs après son arrivée. Son successeur, Ruud Gullit, ne compte pas sur lui. Bilan : 4 matchs, 1 seul but, inscrit le 30 août 1998 contre Liverpool, lors d’une défaite 4-1 à domicile. En novembre 1998, il rejoint les Glasgow Rangers pour 3,5 millions de livres sterling, où il marque deux buts lors de son premier match (victoire 7-0 contre St Johnstone) et inscrit le premier but de la finale de la Coupe de la Ligue. Le triplé historique de 1999 suivra.

Huit ans sur Canal+, puis le retrait

À sa retraite sportive, en avril 2002 à 31 ans, Stéphane Guivarc’h entame une carrière de consultant. Il travaille pour Canal+ pendant huit à neuf ans, puis contribue à beIN Sports et France Télévisions. Cette présence à l’antenne prend fin progressivement, sans incident ni rupture annoncée.

« Certains ont besoin d’être devant la caméra pour être heureux, pas moi », a-t-il déclaré. En 2018, il indiquait encore envisager de reprendre un rôle de consultant, précisant que « le foot reste ma passion », cette reprise n’a pas eu lieu de façon régulière.

Depuis, les apparitions sont ponctuelles. En septembre 2023, il évoque 1998 et sa vie actuelle dans une émission de radio. En mars 2026, une série consacrée aux joueurs de l’équipe de France 1998 le met à l’honneur dans un épisode retraçant ses débuts de carrière. Il reste membre du Club des Internationaux de Football, qui organise des rencontres entre anciens joueurs.

Ses anciens coéquipiers de 1998 ont pris des chemins différents : Deschamps dirige l’équipe de France depuis 2012, Lizarazu et Desailly occupent régulièrement les plateaux sportifs. Guivarc’h ne commente pas ces trajectoires.

« Je ne voulais pas laisser mon père seul »

Le retour définitif en Finistère n’est pas une décision purement sportive. À la fin de sa carrière, Stéphane Guivarc’h quitte Auxerre pour rejoindre sa mère gravement malade en Bretagne. À son décès, il reste auprès de son père. « Je ne voulais pas laisser mon père seul dans cette période », a-t-il déclaré.

Il est père de trois filles. La vie familiale revient de manière constante dans ses déclarations publiques comme élément central de ses choix, davantage que le football ou les médias.

Trégunc est le point fixe de toute sa trajectoire : enfance, premiers matchs, retraite sportive, vie quotidienne en 2026. C’est dans cette commune qu’il est né, qu’il a joué enfant avant d’être repéré par le Brest Armorique à quatorze ans, et qu’il organise, chaque printemps, un tournoi de football pour des enfants qui n’ont, pour la plupart, aucune idée de ce que représentait Stéphane Guivarc’h lors de la saison 1997-1998.

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Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.

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