Le double vainqueur de Paris-Roubaix a quitté la direction de Groupama-FDJ fin 2025. À 66 ans, il devient président et laisse les rênes à Thierry Cornec.
Le départ de Marc Madiot du poste de manager général a été officialisé le 19 décembre 2025. Thierry Cornec, 53 ans, déjà installé dans l’organigramme depuis juin 2024, a repris la responsabilité sportive et opérationnelle de l’équipe. La mutation a ensuite été intégrée dans la saison 2026 de Groupama-FDJ United.
Marc Madiot n’a pas quitté l’équipe. Il a conservé la présidence de la structure et un rôle auprès des partenaires. « Mon ambition, c’est que l’équipe me survive », a-t-il déclaré au moment d’annoncer ce retrait de la première ligne. Thierry Cornec a précisé que son prédécesseur continuerait à travailler sur le développement avec les sponsors et sur la continuité des valeurs de l’équipe.
Thierry Cornec n’est pas un ancien coureur passé par la voiture suiveuse. Son parcours s’est construit dans l’industrie du cycle, avec plus de vingt ans chez Mavic avant un passage à la direction générale de Lapierre. Ce profil tranche avec celui de Marc Madiot, coureur professionnel de 1980 à 1994 puis patron d’équipe pendant près de trois décennies.
Changement d’époque
Le retrait de Marc Madiot s’inscrit dans un mouvement plus large du cyclisme professionnel européen. Patrick Lefevere, Vincent Lavenu et Jean-René Bernaudeau, trois autres dirigeants issus du peloton, ont eux aussi quitté ou commencé à quitter la scène au même moment. Cette chronologie donne un relief particulier à la décision du Mayennais.
Marc Madiot a lui-même décrit ce basculement dans des termes directs. « On était des petits artisans », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que le cyclisme était devenu « un sport mondial tourné vers la haute technologie ». La formule dit le déplacement du centre de gravité du métier, du terrain vers la gestion, la donnée, la recherche de partenaires et l’organisation industrielle.
L’équipe qu’il avait lancée avec un effectif réduit n’a plus l’échelle de 1997. Elle compte désormais environ 120 personnes. Le changement de direction ne tient donc pas à un simple passage de témoin générationnel, mais à l’agrandissement d’une entreprise sportive devenue beaucoup plus lourde à administrer.
Président, partenaire, visage public
En 2026, Marc Madiot reste visible dans le paysage cycliste français. Il apparaît encore sur les grandes courses et continue d’intervenir publiquement autour de l’équipe. Début mars 2026, il était présent sur Paris-Nice et répondait encore aux médias spécialisés dans son style direct.
Sa nouvelle fonction repose sur trois volets : les relations avec les partenaires, la présence institutionnelle et la continuité de l’identité maison. Ce rôle de président n’est donc pas honorifique. Il prolonge autrement un travail mené depuis la création de La Française des Jeux en 1997.
À côté du vélo, Marc Madiot poursuit aussi une activité de conférencier. Il intervient depuis plusieurs années sur le management, le leadership et la performance collective. Cette extension n’est pas nouvelle, mais elle prend plus de place à mesure qu’il s’éloigne du pilotage quotidien d’une équipe WorldTour.
Il a également occupé des fonctions de représentation dans les institutions du cyclisme. Élu président de la Ligue nationale de cyclisme en 2012, il n’exerce plus aujourd’hui de mandat de premier plan dans cette instance. Là encore, la séquence 2025-2026 confirme un recentrage sur le rôle d’ancien patron devenu figure de référence.
Une équipe sous pression
La passation intervient après une saison 2025 jugée décevante par son propre camp. Dans un entretien publié fin décembre 2025, Marc Madiot a déclaré que son équipe n’avait « pas eu le rayonnement espéré ». Le constat repose sur un total de 15 victoires dans l’année 2025.
Le rang exact de l’équipe dans la hiérarchie UCI 2025 varie selon les classements secondaires consultés. Dans un article d’actualité, il est donc plus rigoureux de retenir l’idée d’un recul net au classement mondial plutôt qu’un rang isolé insuffisamment stabilisé.
La saison 2026 s’ouvre en outre sous une identité renouvelée, avec le nom Groupama-FDJ United. Les objectifs affichés au moment de la présentation de l’effectif sont élevés : retrouver du poids sur les grandes classiques, viser plus haut sur le Tour de France et relancer une équipe restée au plus haut niveau sans retrouver l’éclat de ses meilleures années. « On n’a pas le droit à l’erreur », a déclaré Marc Madiot en janvier 2026.
Renazé, le point fixe
Marc Madiot est né le 16 avril 1959 à Renazé, en Mayenne. En mai 2026, il a 67 ans. Dans les entretiens qu’il accorde, cette origine revient comme un point fixe plus que comme un décor.
« La Mayenne, Renazé, c’est mon enfance, mon refuge, ma famille, mes débuts », a-t-il déclaré. Il y ajoute une précision concrète : il dort toujours dans la maison où il est né. Cette fidélité géographique accompagne toute sa trajectoire publique.
Dans les récits consacrés aux frères Madiot, le cadre familial compte autant que le palmarès. Le père travaille tôt, les fils roulent, le club local de Renazé sert de point de départ. Quand le Tour de France passe par Renazé en 2016, la commune met en scène ce lien ancien entre un champion et son village.
Le nom d’Yvon Madiot revient aussitôt quand il est question de Marc Madiot. Né en 1962, Yvon a lui aussi été professionnel et champion de France sur route en 1986. Il a accompagné son frère dans la construction de l’équipe fondée en 1997, au point que Marc Madiot a résumé leur relation en une phrase : « Il n’y aurait jamais eu de Marc sans Yvon. »
Les pavés, deux fois
Le 14 avril 1985, Marc Madiot a remporté Paris-Roubaix en solitaire sous le maillot Renault-Elf. Bruno Wojtinek a pris la deuxième place, devant Sean Kelly et Greg LeMond. Cette victoire reste la plus forte image de sa carrière de coureur.
Le lien entre Madiot et Paris-Roubaix ne commence pourtant pas chez les professionnels. Il avait gagné l’épreuve amateurs en 1979, à 20 ans. Dans un entretien publié en avril 2025, il a rappelé qu’il avait tout de suite senti, sur les pavés, un rapport de force particulier avec la course elle-même.
Il a récidivé en 1991, cette fois avec l’équipe RMO. Gagner deux fois Paris-Roubaix place un coureur dans un groupe restreint de spécialistes des classiques du Nord. Le palmarès de Marc Madiot ne s’arrête pas là : il a aussi été champion de France sur route en 1987.
Sa meilleure performance sur le Tour de France remonte à 1983, avec une 8e place au classement général. Il a couru neuf éditions de la Grande Boucle au total. Il a également terminé 4e du championnat du monde 1985.
Le bâtisseur de 1997
Marc Madiot a arrêté sa carrière professionnelle en 1994. Trois ans plus tard, en 1997, il a créé avec Yvon Madiot l’équipe La Française des Jeux. Cette date reste le point de départ de tout ce qui lui est aujourd’hui associé dans le cyclisme français.
L’équipe a grandi sans perdre son ancrage national. Elle revendique plus de 600 victoires, 14 maillots de champion de France, 3 Monuments et 39 étapes sur les Grands Tours. Le passage au WorldTour en 2012 puis l’arrivée de Groupama comme co-partenaire titre en 2018 ont installé durablement la formation parmi les équipes majeures du peloton.
Au moment de quitter la direction opérationnelle, Marc Madiot a donné à cette aventure une définition personnelle. « L’équipe est mon deuxième bébé », a-t-il déclaré. La phrase éclaire la durée de son lien avec une structure qu’il ne quitte pas complètement, mais qu’il regarde désormais depuis le bord de la route.
Le cas Pinot
Parmi les coureurs passés sous ses ordres, Thibaut Pinot occupe une place particulière. Le Franc-Comtois a couru dans l’équipe de Marc Madiot jusqu’à sa retraite sportive en 2023. Marc Madiot l’a qualifié en janvier 2023 de « coureur romantique qui s’est égaré au XXIe siècle ».
L’image la plus connue de cette relation date du 20 juillet 2019, au Tourmalet. Ce jour-là, Pinot gagne l’étape du Tour de France et Marc Madiot laisse éclater sa joie dans la voiture de l’équipe. La scène a circulé bien au-delà des médias spécialisés.
Après la retraite de Thibaut Pinot, le lien n’a pas gardé la même régularité. Marc Madiot a expliqué en 2024 que l’ancien coureur était devenu « hyper difficile à joindre » et qu’il ne l’avait pas revu depuis la fin de l’année 2023. Ce détail dit aussi ce qu’un patron d’équipe perd quand un coureur quitte le peloton : un rapport quotidien, puis une présence.
Une voix à part
Le grand public connaît autant le dirigeant que le personnage. Le gilet jaune, les encouragements criés depuis la voiture et les formules sèches ont accompagné sa notoriété télévisuelle. Cette exposition ne tient pas à une stratégie de communication, mais à une manière de vivre la course très visible à l’écran.
En juillet 2022, pendant les fortes chaleurs du Tour de France, Marc Madiot a pris position en faveur de l’arrosage des routes pour protéger les coureurs. Son intervention reposait sur un sujet concret de sécurité et de santé en course. Elle rappelle que sa parole publique porte souvent sur les conditions de travail des coureurs avant de porter sur le commentaire général du cyclisme.
Sur le fond, Marc Madiot défend depuis longtemps une ligne de fermeté sur l’éthique sportive et le suivi médical au sein de son équipe. Son discours actuel sur l’évolution du métier reste fidèle à cette ligne : le cyclisme change d’échelle, change d’outils, change de dirigeants, mais ne l’a pas encore fait disparaître de son paysage.