En juin 2026, Franck Ribéry va passer son dernier examen pour décrocher la licence UEFA Pro à Coverciano, le même graal qu’un entraîneur de vingt-cinq ans sans palmarès. L’homme aux neuf championnats d’Allemagne repart de la case départ.
En janvier 2026, Franck Ribéry a confirmé au Journal du Dimanche qu’il n’était plus qu’à une étape de la licence UEFA Pro. « J’ai passé les deux premiers degrés du diplôme de coach de l’UEFA, il n’en manque plus qu’un que je passerai en juin », a-t-il déclaré. Cette dernière session se déroule au centre technique de Coverciano, près de Florence, l’équivalent italien de Clairefontaine, qui forme les entraîneurs de Serie A depuis 1958.
La licence UEFA Pro est le grade réglementaire obligatoire pour diriger un club professionnel en Serie A, en Bundesliga ou en Ligue 1. Sans elle, Ribéry ne peut légalement prendre en charge qu’une équipe de troisième division ou un club féminin. « Je veux construire ma deuxième carrière avec beaucoup de patience, sans brûler les étapes », a-t-il précisé dans la même interview. Pour la suite, il a désigné l’Italie comme destination prioritaire, « un pays que j’aime », sans fermer la porte à l’Allemagne.
De Salerne à la salle de cours
Le point de départ est daté : octobre 2022. Trois jours après avoir annoncé sa retraite dans une vidéo diffusée en quatre langues sur ses réseaux sociaux, Ribéry intègre le staff de la Salernitana en tant qu’assistant technique sous les ordres de Davide Nicola. Lorsque le club limoge Nicola en février 2023 et nomme Paulo Sousa, il reste au poste. Deux entraîneurs différents, deux styles de management distincts, en l’espace de quatre mois dans le même vestiaire.
Cette expérience débouche sur une trajectoire de formation structurée en trois étapes. La licence B est obtenue en 2023. La licence A suit en 2024. La Pro est attendue en juin 2026. « Coverciano est l’endroit idéal, on s’y sent comme chez soi. J’ai rencontré beaucoup de gens formidables avec qui partager mon parcours », a-t-il indiqué à la Gazzetta dello Sport. À Coverciano, Ribéry siège dans les mêmes salles que des entraîneurs qui n’ont jamais joué en Ligue des Champions. Il n’y est plus une exception.
Le projet : offensif et pressant
Ribéry a précisé le contenu de son projet dans plusieurs interviews depuis janvier 2026. Sa formation tactique de référence, c’est le Bayern de Jupp Heynckes et Pep Guardiola, avec lequel il a joué entre 2007 et 2019 : pressing haut, transitions rapides, jeu en profondeur par les côtés. Ce sont les systèmes qu’il a pratiqués pendant douze ans au plus haut niveau européen.
Des médias allemands ont évoqué, sans confirmation officielle du Bayern Munich, une possible intégration de Ribéry dans les structures de formation du club à partir de la saison prochaine. En Italie, son nom est connu des directions sportives de Florence et de Salerne, deux villes où il a laissé une empreinte suffisamment nette pour que son retour comme entraîneur ne soit pas perçu comme une anomalie.
La tension du projet tient en un paradoxe simple : Ribéry arrive avec un crédit symbolique immense et un bilan de matches dirigés égal à zéro. Aucun directeur sportif ne peut aujourd’hui évaluer ce qu’il vaut sur un banc. La licence Pro lui ouvre la porte, mais ne dit rien de ce qu’il fera derrière.
Ligue1+ a tenté sa chance
En juillet 2025, la LFP Média a approché Ribéry dans le cadre du lancement de Ligue1+, la nouvelle chaîne 100% dédiée au championnat de France. Le rôle envisagé était celui de consultant en bord de pelouse, présence terrain, accessibilité, charisme, sur le modèle de ce que proposent certaines chaînes sportives allemandes avec d’anciens internationaux.
Son nom a circulé en parallèle de celui de Samir Nasri, son ancien coéquipier à l’OM entre 2006 et 2008. Des discussions ont eu lieu lors de la Coupe du monde des clubs aux États-Unis, à l’été 2025. Ribéry n’a pas figuré dans le casting officiel au moment du lancement de la chaîne.
L’explication tient à un calendrier. En juillet 2025, Ribéry est en plein cycle de formation à Coverciano. Intégrer un plateau télévisé en France aurait supposé une disponibilité incompatible avec les obligations du cursus UEFA Pro. Le choix de ne pas rejoindre Ligue1+ n’est pas un désintérêt pour les médias, c’est la conséquence directe d’un agenda de formation déjà chargé.
Neuf titres, une finale de Coupe du monde
La légitimité que Ribéry apporte à sa reconversion repose sur un palmarès de douze saisons au Bayern Munich, de 2007 à 2019, sans interruption. Neuf titres de champion d’Allemagne. Six Coupes d’Allemagne. Une Ligue des Champions, une Supercoupe de l’UEFA et une Coupe du monde des clubs, les trois en 2013.
Cette saison 2012-2013 est la plus dense de sa carrière : 52 matchs toutes compétitions confondues, 22 buts, 21 passes décisives. Le Bayern réalise le triplé Bundesliga-DFB-Pokal-C1. L’UEFA lui remet le titre de meilleur joueur d’Europe. Il a alors 30 ans. Sur les 81 sélections en équipe de France et les 16 buts inscrits sous le maillot bleu, c’est cette saison-là que l’on cite systématiquement.
Ce parcours lui donne, comme futur entraîneur, une connaissance directe de deux des trois meilleures ligues européennes, la Bundesliga et la Serie A, ainsi que d’un vestiaire de Ligue des Champions géré par trois entraîneurs de très haut niveau : Heynckes, Guardiola, Van Gaal.
Zürich, janvier 2014
Le 13 janvier 2014, lors de la cérémonie du Ballon d’Or à Zürich, Ribéry a terminé troisième avec 23,36% des voix, derrière Messi à 24,72% et Ronaldo à 27,99%. Quatre points et demi séparaient le premier du troisième. Ribéry a quitté la salle sans déclarer quoi que ce soit aux journalistes présents. Paradoxe de la soirée : dans le seul vote des journalistes accrédités, il avait terminé premier.
En 2025, dans un entretien à L’Équipe, il a indiqué qu’il « n’avait toujours pas digéré » le résultat de cette soirée. Ce que l’on sait, c’est que depuis 2014, Ribéry n’a jamais demandé de reconnaissance individuelle publiquement. Il a continué à jouer jusqu’en 2022, accumulé cinq nouveaux titres de champion d’Allemagne après le Ballon d’Or de Zürich, et annoncé sa retraite dans un format multilingue, sans cérémonie organisée.
En avril 2025, il est revenu au Vélodrome pour les 125 ans de l’OM, aux côtés de Didier Drogba, Robert Pirès et Mamadou Niang. Le stade a réagi à l’annonce de son nom. Ribéry était passé à Marseille entre 2005 et 2007, dix-huit ans plus tôt. La réception n’était pas celle d’un homme qui a besoin d’être rassuré sur sa place dans l’histoire du club.
La patience qu’il invoque depuis deux ans dans chaque interview sur sa reconversion n’est pas une figure de style. C’est la méthode de quelqu’un qui a appris, à Zürich, que le mérite ne se transforme pas automatiquement en récompense, et qui a décidé, depuis, de construire sans attendre que les portes s’ouvrent d’elles-mêmes.