Du penalty provoqué pour Zidane en 2006 à l’uniforme du 3e REI à Kourou, Florent Malouda entame une seconde vie tournée vers la transmission et l’engagement.
Le 17 janvier 2025, le 3e Régiment Étranger d’Infanterie de la Légion étrangère publie sur le réseau X l’annonce d’un nouveau réserviste citoyen à Kourou, en Guyane : Florent Malouda, 80 sélections en Bleus et vainqueur de la Ligue des Champions 2012 avec Chelsea, engagé bénévolement au grade d’officier. Neuf ans après avoir raccroché les crampons au Luxembourg, l’ancien ailier de l’OL a choisi un régiment plutôt qu’un studio de télévision.
L’uniforme, bénévolement
La réserve citoyenne n’est pas une réserve opérationnelle. Malouda ne sera pas déployé en opération, ne percevra pas de solde, ne porte pas d’arme. Il s’engage à titre personnel, sans contrepartie financière, pour assurer une mission de transmission auprès de la jeunesse de son territoire natal. Le 3e REI, basé à Kourou, est le régiment chargé de la protection du Centre spatial guyanais, site des lanceurs Ariane. C’est là, à quelques kilomètres du pas de tir, qu’il prend ses nouvelles fonctions.
Le chef de corps du régiment a indiqué, dans le communiqué du 17 janvier, que Malouda était présent pour « partager et transmettre les valeurs d’engagement vers la jeunesse guyanaise au côté des légionnaires du 3e REI ». Quelques heures plus tard, l’ancien international publie sur Facebook un message de remerciement au régiment pour « ce moment de cohésion et pour ces valeurs d’esprit d’équipe face à l’adversité ». Le lexique est celui du vestiaire, transposé en caserne.
Parallèlement à ce rôle au 3e REI, Malouda est également parrain du Régiment du Service Militaire Adapté de Guyane, le RSMA, qui accompagne chaque année plusieurs centaines de jeunes Guyanais en difficulté vers l’insertion professionnelle. Deux engagements institutionnels distincts, le même territoire, la même cible : une jeunesse à qui offrir des repères. Un footballeur de son rang intégrant la Légion étrangère en Guyane, même dans un rôle civil, n’a aucun précédent connu dans le sport français.
De Cayenne au trophée UNFP
Florent Johan Malouda est né le 13 juin 1980 à Cayenne. Il n’est pas passé par un centre de formation parisien ni par l’académie d’un club européen : il signe son premier contrat professionnel au LB Châteauroux, en Ligue 2, à seize ans. Lors de son deuxième match, il est expulsé. Châteauroux remporte le titre de champion de Division 2 en 1997, monte en Division 1, et est immédiatement relégué à l’issue de la saison 1997-1998. Malouda rejoint alors l’En Avant Guingamp en 2000. Trois saisons dans le championnat breton lui permettent de croiser Didier Drogba, avec qui il noue une complicité offensive décisive lors de la saison 2002-2003. Les deux hommes ne se retrouveront que plusieurs années plus tard, à Chelsea, sous les ordres de Carlo Ancelotti, puis de Roberto Di Matteo.
En juillet 2003, l’Olympique Lyonnais recrute Malouda pour 4 millions d’euros. Le club de Jean-Michel Aulas est alors en train de construire l’une des dynasties les plus durables du football français. Malouda y passe quatre saisons. Quatre titres de champion de France suivent : 2004, 2005, 2006 et 2007. Trois Trophées des Champions complètent le bilan. Il dispute 193 matchs sous le maillot lyonnais toutes compétitions confondues, aux côtés de Juninho, Michael Essien et John Carew. En mai 2007, le vote de ses pairs lui décerne le trophée UNFP du meilleur joueur de Ligue 1, une distinction que les professionnels eux-mêmes attribuent, sans jury de journalistes. Chelsea ne tarde pas à s’en apercevoir.
Berlin, Munich, deux finales
Le 9 juillet 2006, à Berlin, la France dispute la finale de la Coupe du monde face à l’Italie. Malouda, titulaire sur le flanc gauche, est fauché dans la surface par Marco Materazzi à la 7e minute de jeu. L’arbitre siffle le penalty. Zinédine Zidane pose le ballon sur le point de réparation, prend son élan et envoie une panenka au fond des filets : 1-0. Ce soir-là, Malouda ne marque pas. Il sort en prolongation, sur une équipe qui s’épuise. La France perd aux tirs au but. Mais son nom reste associé à la dernière finale d’un Mondial pour Zidane, et au dernier but que celui-ci marquera jamais en compétition officielle.
À l’été 2007, Chelsea le recrute pour 20 millions d’euros. Six saisons à Stamford Bridge, durant lesquelles il accumule un titre de champion d’Angleterre en 2010, trois FA Cups en 2009, 2010 et 2012, et le Community Shield 2009. La saison 2011-2012 est la plus improbable. Carlo Ancelotti, limogé en fin de saison précédente, a cédé sa place à André Villas-Boas, lui-même débarqué en cours d’exercice. Di Matteo prend les rênes à la mi-saison et conduit Chelsea jusqu’à la finale de la Ligue des Champions.
Le 19 mai 2012, à l’Allianz Arena de Munich, Chelsea joue dans le stade du Bayern, devant les supporters du Bayern. Malouda entre en jeu à la 73e minute, à la place de Ryan Bertrand. Il est sur le terrain lorsque Drogba égalise d’une tête à la 88e minute, après l’ouverture du score de Thomas Müller à la 83e. En prolongation, Petr Cech arrête le penalty d’Arjen Robben. Chelsea remporte la séance aux tirs au but 4-3. « Ce n’était pas juste historique, c’était magique », a déclaré Malouda, des années après la nuit de Munich. En 2008, il avait déjà vécu une finale de C1, à Moscou, contre Manchester United, perdue aux tirs au but. Il avait fallu attendre quatre ans pour que la même séquence se termine autrement.
De Knysna à Differdange
Entre ces deux finales européennes, la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud laisse une trace d’une nature différente. Après l’exclusion de Nicolas Anelka du groupe, consécutive à ses insultes envers le sélectionneur Raymond Domenech, les vingt-trois joueurs, Malouda compris, boycottent un entraînement collectif dans leur hôtel de Knysna. La France finit dernière de son groupe avec un point en trois matchs. Malouda est cité dans le rapport remis à la Fédération française de football. L’épisode marque la fin d’une génération entière et entache durablement les mémoires.
Après son départ de Chelsea en 2013, sa carrière change d’échelle. Trabzonspor en Süper Lig turque d’abord, puis un retour en France au FC Metz en Ligue 1 la saison suivante. Direction ensuite l’Indian Super League avec l’Odisha FC, puis l’Égypte et le Wadi Degla SC. En 2017, il joue sous le maillot de la sélection de Guyane lors de la Gold Cup, première participation historique du territoire à la compétition de la CONCACAF. La FIFA lui interdit de fouler le terrain : ses 80 sélections avec l’équipe de France l’empêchent de représenter une autre nation. La Guyane perd son point sur tapis vert. En 2018, à 37 ans, Malouda s’arrête au FC Differdange 03, dans le championnat luxembourgeois. Au compteur : plus de 500 matchs en club dans les championnats professionnels, auxquels s’ajoutent 80 sélections nationales avec les Bleus.
Kourou et Dubaï
Depuis janvier 2025, l’agenda de Malouda se partage entre la Guyane et le Golfe. À Kourou, les missions auprès du 3e REI s’inscrivent dans le cadre de la réserve citoyenne, avec des interventions ponctuelles en direction de jeunes Guyanais, en présence des légionnaires du régiment. À Dubaï, il agit comme ambassadeur de la PTSA Football Academy.
En février 2025, il préside la cérémonie de remise des trophées de la Sustainable City Cup, un tournoi réunissant 330 jeunes athlètes répartis en 38 équipes. C’est la première édition à inclure des équipes féminines. « Voir le tournoi grandir, surtout avec l’introduction d’équipes féminines cette année, est vraiment inspirant », a-t-il indiqué lors de la cérémonie. En septembre 2025, il se rend à The Sustainable City – Yiti, en Oman, dans le cadre du même partenariat avec la PTSA. En décembre 2025, il prend la parole au World Sports Summit de Dubaï sur le développement du sport dans la ville.
Aucune information publique récente ne confirme un poste de consultant régulier sur une chaîne de télévision française ou internationale. Aucune licence UEFA d’entraîneur ne lui a été attribuée publiquement à ce jour, alors qu’il avait évoqué en 2017 son intention de passer ses diplômes de coach.
Aaron au Sabah FK
Aaron Malouda a vingt ans en 2026. Formé à l’académie de l’Olympique Lyonnais, le club où son père a remporté quatre titres, il signe son premier contrat professionnel au LOSC à l’été 2023. Le 27 octobre 2023, il entre en jeu en Ligue 1 contre Le Havre. Il dispute quatre matchs avec les professionnels lillois. International espoirs français en catégorie U19, il ne parvient pas à s’installer dans la rotation de l’effectif principal de Lille.
En septembre 2025, le LOSC l’envoie en prêt au Sabah FK, en Azerbaïdjan. En janvier 2026, le transfert est officialisé définitivement : Aaron Malouda signe au Sabah FK jusqu’en 2029. Le club occupait alors la première place du championnat azéri. Son père avait lui aussi quitté l’Europe pour des ligues périphériques, mais à 37 ans, en fin de carrière. Aaron en a vingt.