Que devient Christophe Rinero ?

30/06/2026

Maillot à pois refusé en 1998, Tour de Guadeloupe quitté en 2010, vergers de Moissac et pelotons antillais : Rinero reste un coureur à part.

Il est 5 heures du matin en Guadeloupe quand Christophe Rinero prend sa décision. Vingt-sept ans après avoir refusé d’enfiler son maillot à pois sur le podium du Tour de France, l’ancien grimpeur de Moissac n’a rien perdu de sa faculté à faire exactement ce qu’il a décidé de faire. À plus de 50 ans, il court encore dans les pelotons amateurs antillais et il continue de poser des problèmes.

« C’est moi qui décide »

À la veille du départ de la 60e édition du Tour cycliste de la Guadeloupe, en août 2010, Christophe Rinero convoque un journaliste de France-Antilles. Il a quelque chose à dire.

« C’est moi qui décide : je ne fais pas le Tour. » La phrase tombe, sans préambule. Il précise l’heure à laquelle la décision a été actée : cinq heures du matin. Pas de blessure, pas d’empêchement technique. Une accumulation, dit-il. « Il y a eu des doutes dans ma tête, j’ai perdu la motivation. »

Le président de l’USL Lamentin, José Kandassamy, découvre la nouvelle par voie de presse. Il réplique publiquement : « Ce n’est pas Rinero qui déciderait pour l’USL. » Le club, privé de son leader à quelques heures du départ, se retrouve dans l’embarras.

Ce n’est pas la première friction entre Rinero et son environnement au sein du club. Des scènes antérieures ont déjà dit la difficulté de le faire entrer dans un collectif sans heurts : lors d’une course régionale, il avait pris le maillot de leader en course au détriment de son coéquipier Eddy Lembo, qui attendait une organisation différente des rôles. L’altercation avait été publique.

Quinze ans plus tard, en 2025, Rinero court toujours en Guadeloupe. Miguel Ubeto, adversaire direct dans le peloton local, est interrogé sur l’état de forme des coureurs. Sa réponse est directe : « C’est Christophe Rinero le plus costaud. » L’homme a 51 ans.

De Moissac à Capesterre-Belle-Eau

La reconversion de Christophe Rinero ne ressemble à aucune de celles que le cyclisme français produit habituellement. Pas de plateau de télévision, pas de direction sportive dans une équipe continentale, pas de poste de consultant dans un quotidien sportif.

Rinero est producteur de fruits. Son entreprise individuelle est domiciliée à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, au lieu-dit « Espis ». L’activité déclarée : culture de fruits à pépins et à noyaux. Le retour à Moissac n’est pas une métaphore, c’est une adresse postale.

La Guadeloupe, elle, est une promesse tenue. Rinero avait visité l’île pendant sa carrière professionnelle, avec son épouse. Ils s’étaient dit qu’ils reviendraient après. Quelques semaines après avoir rendu son dossard à l’équipe Agritubel, à l’automne 2008, il appelle le président du Rayon d’Argent de Capesterre-Belle-Eau.

Son projet est simple : « Former les jeunes et être le capitaine de route. » Pas gagner. Être utile. En mars 2009, il débarque à Capesterre-Belle-Eau. Il a 35 ans.

Seize ans plus tard, il a changé de club, le Rayon d’Argent d’abord, l’USL Lamentin ensuite, mais pas d’archipel. Au printemps 2025, il est présenté comme l’un des renforts majeurs du club. Le contexte est tendu : quelques semaines plus tôt, Nicolas Dumont, coureur de l’USL, a été mis en examen pour usage et détention de produits dopants.

Le Tour qu’il aurait dû gagner

En juillet 1998, Christophe Rinero termine le Tour de France à la 4e place du classement général, premier Français, à 9 minutes 16 secondes de Marco Pantani. Il reçoit le maillot à pois de meilleur grimpeur, non pas parce que ses concurrents ont été battus dans les cols, mais parce que le premier du classement de la montagne, l’Italien Rodolfo Massi, a été placé en garde à vue à Chambéry dès la veille de la 18e étape et interdit de départ.

C’est dans ce contexte que se produit la scène de Neuchâtel. Rinero refuse d’enfiler le maillot à pois sur le podium de la 18e étape. Le geste est resté. Il ne l’a jamais longuement développé en public. Il porte le maillot dans le peloton, mais pas sur le podium.

L’édition 1998 est celle de l’Affaire Festina : perquisitions des voitures d’équipe, arrestation du soigneur Willy Voet, exclusion de toute l’équipe Festina, grèves collectives de coureurs dans les étapes de montagne, abandons en masse. Rinero traverse tout cela. Il ne lâche pas, ne grève pas, finit à Paris.

Des lectures rétrospectives du Tour 1998 ont depuis écarté du haut du classement plusieurs coureurs ensuite établis ou reconnus dopés, de Marco Pantani à Jan Ullrich en passant par Bobby Julich. Dans ces reconstitutions non officielles, Rinero apparaît en tête ou tout près. Aucun palmarès n’a été modifié. Mais la question reste suspendue.

Sa propre formulation sur le sujet est restée la plus juste. « Les mauvaises langues disent que je ne me suis pas fait choper », dit-il. « Ceux qui sont de mon côté disent que j’ai mérité mon maillot. »

Philippe Gaumont, son ancien coéquipier à Cofidis, a accusé l’encadrement médical de l’époque d’avoir approvisionné les coureurs en EPO et en hormones de croissance pendant le Tour 1998. Rinero, lui, n’a jamais été cité ni mis en cause dans ce récit, ni dans l’affaire Cofidis qui éclatera quelques années plus tard.

Trois opérations, une carrière fracturée

Au Tour Méditerranéen, en février 2000, Rinero se sectionne un tendon rotulien. Première opération dans la foulée. Reprise en mai, trop tôt. « Mon tendon a repété », explique-t-il un an plus tard. Deuxième opération. Puis une troisième, en juillet. Toute l’année 2000 se passe hors compétition.

En juin 2001, il réapparaît au Critérium du Dauphiné Libéré. Son directeur sportif chez Cofidis parle alors de « retour de l’enfer ». Rinero, lui, dit : « J’ai repris vraiment en décembre. Pendant ma convalescence, j’ai parfois pété les plombs. »

Cofidis ne lui propose pas de renouvellement à la fin de la saison 2001. Il a 28 ans. Il doit reconstruire ailleurs.

La suite dure sept ans, dans des équipes de second rang. Oktos-Saint-Quentin, RAGT Semences, Saunier Duval-Prodir, Agritubel. En 2005, dans un entretien accordé à un média spécialisé, il fait un bilan sans enjolivure : « Mes résultats sont modestes. Sans en avoir honte, j’irais jusqu’à dire que j’en ai eu aucun à parler. En tout cas, j’étais souvent dans les coups. » Il ajoute que RAGT Semences l’a « remis sur pied, mentalement et physiquement ».

Au Tour de France 2007, sous les couleurs de Saunier Duval, il est au départ. Il termine 77e. En 2008, faute d’avoir trouvé une équipe pour la saison suivante, il arrête. Il n’y a pas de cérémonie.

Un jardinier de Moissac détecté à la Route du Sud

Christophe Rinero naît le 29 décembre 1973 à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne. Moissac, c’est la ville du chasselas, le raisin de table qui a fait la réputation agricole du secteur. Rinero est jardinier de formation. Il débute le cyclisme au CA Castelsarrasin, club du département voisin.

Son palmarès avant 1996 tient en peu de lignes : quelques victoires régionales, une médaille d’argent aux Championnats du monde militaires sur route en 1994. Pas de centre de formation national, pas d’équipe de développement labellisée. Ses coéquipiers l’appellent « Tito ».

En 1996, à la Route du Sud, il termine 13e. Cyrille Guimard, directeur sportif de Cofidis, prend note. À la fin de la saison, Rinero signe chez Cofidis.

Deux ans plus tard, au printemps 1998, il remporte une étape à Rodez et termine 2e du classement général du Grand Prix du Midi Libre. Il partage le podium avec Laurent Dufaux et Laurent Brochard. Quelques semaines plus tard, l’été le propulse au premier plan : le Tour de France d’abord, puis le Tour de l’Avenir, qu’il remporte au classement général avec deux victoires d’étape. Il a 24 ans. C’est la meilleure saison de sa carrière.

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Journaliste sportif depuis 2015, Thomas Moreau est spécialisé dans le cyclisme et le hand.

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