MHSC : droits TV en chute, stade enterré, capital resté familial. Comment les choix des Nicollin ont coûté sa place en Ligue 1 au club montpelliérain.
En 2012, le Montpellier Hérault Sport Club soulevait le trophée de champion de France avec les moyens d’un club familial. Quatorze ans plus tard, il évolue en Ligue 2, a renoncé à son projet de stade et solde ses comptes par la vente de ses joueurs. La Direction nationale du contrôle de gestion n’a pourtant prononcé aucune sanction contre lui. Une décision vient de tomber, qui dit ce que les héritiers ont fait de cet héritage.
Le verrou familial reste fermé
Un communiqué publié dans la dernière semaine de juin 2026 met fin aux spéculations. La famille Nicollin annonce qu’elle gardera seule le contrôle du Montpellier Hérault Sport Club. Six mois plus tôt, pourtant, le club négociait l’entrée à son capital du fonds d’investissement GSS. Cette piste est désormais écartée.
Entre 2025 et 2026, la famille avait exploré plusieurs scénarios d’ouverture du capital, selon des informations reprises par la presse régionale. Le revirement de fin juin clôt ce cycle de négociations sans qu’aucun chiffre d’apport n’ait été communiqué. Le club continuera de dépendre des injections de son actionnaire familial et des recettes de transferts pour boucler ses exercices.
Un feu vert qui n’efface rien
Le mot « faillite » a circulé sur les antennes pour qualifier le club héraultais. Aucune procédure collective n’a pourtant été ouverte contre le MHSC, et aucune sanction administrative ne pèse sur lui. La Direction nationale du contrôle de gestion, l’organe chargé de surveiller les comptes des clubs professionnels, en a jugé ainsi à deux reprises depuis la relégation.
En juin 2025, Laurent Nicollin, président du club, a présenté le MHSC devant cet organe, quelques semaines après la confirmation de la descente en Ligue 2. Il en est ressorti avec une « absence de mesure » : ni encadrement de sa masse salariale, ni interdiction de recrutement. Aucune rétrogradation administrative n’a non plus été prononcée.
En mai 2026, une nouvelle audition a eu lieu, cette fois pour la saison 2026‑2027. Le résultat a été identique. Le MHSC a publié un communiqué se félicitant, là encore, de l’absence de mesure prise à son encontre. Le relevé de décisions publié fin juin 2026 par la Ligue de football professionnel confirme ce constat : Montpellier ne figure pas parmi les clubs concernés par des restrictions nouvelles, aux côtés de Monaco, Marseille, Lyon, Nice ou Strasbourg.
Un déficit de 41 millions, masqué par les ventes
Le bilan financier 2024‑2025 du MHSC a été arrêté et publié au printemps 2026. Le club affiche un résultat net de – 3,764 millions d’euros sur l’exercice, contenu uniquement grâce à un résultat exceptionnel de près de 21 millions issu des ventes de joueurs.
Les produits s’élèvent à 28,7 millions d’euros hors transferts, quand les charges atteignent 70,1 millions. L’écart dépasse 41 millions d’euros avant toute prise en compte des transferts. Les droits audiovisuels perçus sur cette même saison se situent autour de 11,6 millions, en repli par rapport aux exercices précédents. La masse salariale, elle, dépasse 42,6 millions d’euros. Ce montant est supérieur à l’ensemble des revenus du club hors marché des transferts.
Le pari perdu sur les droits télé
Fin 2024, alors que la relégation n’était pas encore actée, une première estimation circulait déjà dans la presse : un budget passant d’environ 52 à 32 millions d’euros pour la première saison en Ligue 2, et des droits TV chutant de 14,3 à 5,1 millions. Cette projection a ensuite été revue. En juin 2025, une fois la descente confirmée, la presse régionale évoque un club passant d’un budget proche de 35 millions à moins de 15 millions pour cette même saison.
Le nouveau contrat de droits TV Ligue 1‑Ligue 2, revu nettement à la baisse par rapport aux années 2010, a amplifié ce choc pour l’ensemble du football français. Daniel Riolo, consultant de l’émission L’After Foot sur RMC, a mis en cause la manière dont Laurent Nicollin a anticipé cette évolution. Selon lui, des clubs « trop proches du pouvoir » ont budgété des droits TV qu’ils ne percevraient jamais. Il vise directement la proximité du président montpelliérain avec la gouvernance de Vincent Labrune, patron de la Ligue de football professionnel, et son alignement sur des promesses de revenus qui ne se sont pas matérialisées.
Le stade qui ne sortira jamais de terre
Le projet de stade Louis‑Nicollin a été lancé en 2016. Une enceinte neuve d’environ 25 000 places devait remplacer la Mosson, le stade actuel du club, et accompagner un changement d’échelle. Dix ans plus tard, en novembre 2025, Laurent Nicollin a annoncé l’abandon officiel du projet. Il l’a qualifié de « crève‑cœur », après plusieurs années de reports successifs.
Les raisons avancées combinent des blocages côté collectivités locales et ministère des Sports, et des contraintes économiques devenues trop lourdes. Le club renonce à un levier de diversification de ses revenus, qu’il s’agisse du naming ou de recettes de billetterie supplémentaires. Il abandonne, dans le même mouvement, le projet le plus ambitieux porté par la direction Nicollin depuis une décennie.
La société du MHSC reste contrôlée par le groupe Nicollin, la holding familiale qui détient le club depuis l’époque de Louis Nicollin, père de Laurent. Louis puis Laurent Nicollin en ont longtemps tiré un atout : une gouvernance stable, à l’abri des actionnaires de passage. La famille n’a en revanche plus pu, ces dernières saisons, financer seule les besoins de recapitalisation du club.
Romain Molina, journaliste indépendant spécialisé dans les enquêtes sur le football, a établi un parallèle avec le FC Nantes. Dans les deux cas, selon lui, une holding familiale n’a pas vocation à combler chaque année des pertes importantes, et refuse de céder le contrôle « à n’importe qui ».
Sur la pelouse, la même spirale
Sur le plan sportif, le site Hérault Tribune décrit une équipe fragilisée par des finances précaires et handicapée par un mercato raté lors de la saison 2024‑2025, puis « plombée par la faillite de ses cadres » jusqu’à un match catastrophique contre Saint‑Étienne, qui scelle pratiquement la descente. Le média local Esprit Paillade propose de son côté une chronologie détaillée du déclin du club, saison après saison.