Pascal Simon, le silence après le maillot jaune

01/06/2026

A 69 ans, Pascal Simon vit loin des projecteurs. Depuis 1991, aucune trace de reconversion. Le héros du Tour 1983 a choisi le silence absolu.

Une retraite hors des radars

Pascal Simon, né le 27 septembre 1956 à Mesnil-Saint-Loup, dans l’Aube, a mis un terme à sa carrière professionnelle en 1991. Les archives sportives permettent de retracer avec précision son parcours de coureur, mais elles livrent très peu d’éléments sur une éventuelle reconversion dans les médias, l’encadrement, les affaires ou la vie politique.

Une apparition publique récente ressort néanmoins. En juillet 2022, il a participé à L’Étape du Tour entre Briançon et l’Alpe d’Huez, aux côtés de membres de sa fratrie, sur un parcours de 167 kilomètres comprenant cinq cols hors catégorie. Cette présence confirme un lien maintenu avec l’univers du vélo, sans permettre d’identifier une activité professionnelle régulière.

Ce retrait tranche avec la trajectoire d’anciens coureurs devenus consultants, directeurs sportifs ou figures récurrentes des cérémonies cyclistes. Dans le cas de Pascal Simon, le passé sportif est bien mieux documenté que le présent.

Juillet 1983

Le 11 juillet 1983, lors de l’étape Pau-Bagnères-de-Luchon, Pascal Simon prend le maillot jaune du Tour de France après une journée décisive dans les Pyrénées. Son beau-frère écossais Robert Millar remporte l’étape, tandis que le coureur de Peugeot s’installe en tête du classement général avec plus de quatre minutes d’avance.

Le lendemain, entre Bagnères-de-Luchon et Fleurance, la course bascule. Pris dans un incident du peloton après un accrochage impliquant Bernard Bourreau et Jonathan Boyer, Pascal Simon chute lourdement. Les examens établissent une fracture de l’omoplate, blessure qui compromet immédiatement la suite de son Tour.

L’image du podium de Fleurance, le 13 juillet 1983, a durablement marqué les mémoires du cyclisme français. Pascal Simon y apparaît diminué, incapable de passer normalement le maillot protocolaire sur son épaule blessée. À partir de là, le Tour de France 1983 cesse d’être pour lui une simple bataille sportive et devient un long combat contre la douleur.

Cinq jours en jaune

Pascal Simon repart pourtant malgré la fracture, avec l’épaule maintenue et une mobilité réduite. Pendant cinq jours, il continue en jaune alors que la blessure l’empêche d’exercer normalement son effort sur le guidon.

Au matin du contre-la-montre du Puy de Dôme, il conserve encore 4 minutes et 14 secondes d’avance sur Laurent Fignon. Handicapé, il y cède 3 minutes et 22 secondes. Son avantage tombe alors à 52 secondes, ce qui replace sa souffrance physique au centre de la lutte pour le classement général.

L’abandon survient ensuite dans l’étape menant à L’Alpe d’Huez, au niveau de la côte de La Chapelle-Blanche, au kilomètre 96. Le Tour 1983 garde ainsi la trace d’un maillot jaune perdu moins par défaillance ordinaire que par impossibilité médicale de défendre ses chances jusqu’au bout.

Un palmarès plus large

Réduire Pascal Simon à son seul abandon de 1983 conduirait pourtant à écraser une carrière dense. Professionnel de 1979 à 1991, il dispute onze Tours de France, une Vuelta et un Giro. Son meilleur classement sur la Grande Boucle reste une 7e place en 1984.

Avant le drame de 1983, il avait déjà signé l’un des grands succès de sa carrière en remportant, en 1981, le Tour de l’Avenir avec plus de sept minutes d’avance au classement général, en y ajoutant deux victoires d’étape. En 1982, il gagne à Orcières-Merlette sa seule étape sur le Tour de France, au terme d’une journée de 204 kilomètres.

Son palmarès comprend aussi deux succès au Tour de Haut-Var, en 1980 et 1986, la Route du Sud en 1984, avec une victoire d’étape, et le Tour de Vaucluse en 1987. En 1991, il obtient encore une dernière victoire professionnelle sur le Tour du Limousin avant de quitter le peloton la même année.

Ses résultats dans les grands tours confirment le profil d’un coureur complet et durable. Il termine 14e de la Vuelta 1985, 73e du Giro 1990, et signe plusieurs places d’honneur sur le Tour, dont deux 13es places en 1986 et 1989. Son année 1984, avec cette 7e place sur le Tour et sa victoire au général de la Route du Sud, apparaît comme son exercice le plus abouti.

La famille Simon

Pascal Simon appartient à une fratrie qui a compté dans le cyclisme français sur plus de deux décennies. Ses frères Régis, François et Jérôme ont eux aussi porté le maillot professionnel. Entre les quatre frères, le nom des Simon a figuré dans presque toutes les éditions du Tour de France entre 1980 et 2001, seule l’édition 1981 faisant exception.

Le parcours de Pascal Simon traverse plusieurs équipes majeures du peloton français : Peugeot-Esso-Michelin, Peugeot-Shell-Michelin, Z-Peugeot, Système U, Super U puis Castorama. En 1988, il fait partie de l’effectif de Système U dans une période où Laurent Fignon reste l’une des grandes figures du cyclisme français.

En 2026, une chose demeure nette : Pascal Simon reste une silhouette forte du Tour de France, mais non une personnalité médiatique installée dans l’espace public. Son actualité connue tient moins à une reconversion identifiée qu’à la persistance d’une scène : celle d’un maillot jaune blessé, resté cinq jours debout avant de quitter la route.

Image placeholder

Journaliste sportif depuis 2015, Thomas Moreau est spécialisé dans le cyclisme et le hand.

Laisser un commentaire