Auteur de deux buts décisifs contre Valladolid, le Camerounais Bil Nsongo a offert la Liga au Deportivo. Il devait rejoindre Amiens en 2023. Un visa refusé a tout changé.
Deux buts, une promotion, et une ville en liesse. Le 24 mai 2026, Bil Nsongo a offert au Deportivo de La Corogne son retour en Liga après huit ans d’absence. Ce que l’on sait moins, c’est que ce gamin de Yaoundé devait initialement signer en France. Un visa refusé en a décidé autrement.
«Kill Bil» fait basculer Valladolid
La presse espagnole ne s’y est pas trompée. En le surnommant «Kill Bil», elle a capturé quelque chose d’essentiel dans le profil de cet avant-centre de 21 ans, habile et puissant, dont le style évoque celui de Kylian Mbappé. Dimanche sur la pelouse de Valladolid, Bil Nsongo a assumé seul le poids d’un match à tout ou rien. Le Deportivo avait besoin d’une victoire pour décrocher son billet vers la Liga. Dès la 11e minute, un coup de tête précis. A la 34e, un tir puissant. Match plié, promotion acquise. Huit ans d’errance entre deuxième et troisième division prenaient fin. Le journal La Voz de Galicia lui a consacré sa une du lundi, saluant «le héros d’une ville où il est arrivé par hasard».
De la réserve à l’équipe première: le pari Hidalgo
Rien, pourtant, ne laissait présager un tel destin à La Corogne. Bil Nsongo avait débuté la saison dans l’équipe réserve du Depor. A l’approche des fêtes de fin d’année, alors que le club peinait à marquer, l’entraîneur Antonio Hidalgo a remarqué ses performances et décidé de lui faire confiance plutôt que de miser sur le mercato hivernal. Le pari était risqué. Il s’est révélé décisif. Titularisé, le Camerounais a inscrit six buts, ouvrant au Deportivo la route de son retour dans l’élite.
Amiens, octobre 2023: le visa qui ne vient pas
L’histoire de Bil Nsongo aurait pourtant dû s’écrire en France. Repéré pour ses 9 buts en 12 matchs avec l’AS Lausanne de Yaoundé, il était attendu le 15 octobre 2023 à Amiens, pour intégrer le centre de formation de ce club de Ligue 2. Un parcours classique: les clubs de deuxième division française recrutent régulièrement leurs futures recrues dans les académies africaines. Mais le joueur ne s’est jamais présenté. Selon La Voz de Galicia et le site spécialisé Africafoot, l’ambassade de France à Yaoundé lui aurait refusé un visa, estimant «peu fiables les informations communiquées par le club pour justifier l’objet et les conditions du séjour». La question se pose: le contexte politique a-t-il pesé? Au même moment, le Parlement français s’apprêtait à adopter une loi durcissant la politique migratoire, que le Conseil constitutionnel censurerait partiellement quelques mois plus tard.
L’Espagne, une porte autrement ouverte
Contraint de rester au Cameroun, Bil Nsongo a rejoint le Canon Yaoundé avant de tenter sa chance en Europe à la fin de la saison. Cette fois, c’est La Corogne qui l’accueille. L’Espagne, dont la politique migratoire est jugée moins restrictive que celle de la France ou de la Suisse, lui ouvre les portes que Paris avait fermées. Le gouvernement de Pedro Sanchez a annoncé ce printemps la régularisation de cinq cent mille immigrés, une décision qui a suscité les critiques de la droite française: Bruno Retailleau a appelé à mettre l’Espagne «au ban de l’Europe».
Griezmann, Amiens: les regrets s’accumulent
Bil Nsongo rejoint une liste qui a de quoi faire réfléchir. Antoine Griezmann avait lui aussi été recalé par les centres de formation français, jugé trop frêle, avant de s’imposer en Espagne et de devenir international. Le visa, non le gabarit, a cette fois servi de couperet. Quant aux supporters d’Amiens, ils ont suivi depuis leur propre actualité le sacre de «Kill Bil»: le même week-end où le Deportivo retrouvait la Liga, leur club était relégué en National. Avec à peine plus d’un but marqué par match en moyenne, les buts de l’attaquant camerounais leur ont manifestement fait défaut.