Rafa Jódar rejoint les quarts de Roland-Garros dès sa première participation en renversant Carreño. Un exploit qui rappelle les débuts légendaires de Rafael Nadal en 2003.
À 19 ans et lors de sa toute première participation à Roland-Garros, Rafa Jódar a décroché dimanche sa place en quarts de finale en renversant son compatriote Pablo Carreño : 4-6, 4-6, 6-1, 6-2, 6-2, en trois heures et 41 minutes. Une victoire qui convoque, inévitablement, le souvenir d’un autre Rafa.
Dominateur puis submergé : un début de match à deux visages
Jódar a entamé la rencontre en patron. Dès le premier jeu, il a effacé une balle de break adverse d’un service à 210 km/h, puis a filé à 3-0 sans trembler. Carreño, quinze ans son aîné et rompu à toutes les batailles du circuit, n’a pas paniqué. Il s’est créé trois nouvelles occasions de break pour revenir à 3-2. Jódar les a toutes effacées. Sa formule, appliquée point après point : service et coup droit, encore et encore.
La septième balle de break fut la bonne pour l’Asturien. Du 4-1 initial au 4-6 final, Carreño a enchaîné cinq jeux consécutifs. Dans la deuxième manche, armé d’une mobilité travaillée aux côtés de Vicente Calvo et d’un coup droit dévastateur, le vétéran a poussé la série à neuf jeux de suite. Les revers de Jódar s’égaraient l’un après l’autre. Lorsqu’il a stoppé l’hémorragie, il était déjà mené 4-0 dans le deuxième set, deux manches à zéro au total.
Le tournant des vestiaires
Mené deux sets à zéro et revenu à 4-2 en galvanisant le public de la Suzanne-Lenglen, Carreño est parti aux vestiaires à la fin du deuxième set. Jódar, lui, a opéré la transformation inverse. Sorti des vestiaires avec un autre visage, il a remporté les trois manches suivantes à 6-1, 6-2 et 6-2, signant pour la première fois de sa carrière une remontée après avoir perdu les deux premiers sets. Quatre balles de match ont pourtant été gaspillées, dont trois à 40-0 au service. La cinquième, offerte par une faute de Carreño en coup droit dans le filet, a été la bonne.
L’épaule de Carreño, l’arrêt et le sang-froid de Jódar
Après près de trois heures de jeu, Carreño a dû appeler le kinésithérapeute pour son épaule droite, la même qui l’avait contraint à l’abandon le 15 mai en quarts de finale de la Copa Faulconbridge de Valence. Quelques gouttes tombaient sur Paris. Jódar, lui, ne voulait pas voir son élan brisé ni le toit rétractable se fermer. Pendant les six minutes d’interruption, il est resté au milieu du court, dialoguant ouvertement avec le superviseur du tournoi. Sa faim de victoire l’a tenu debout jusqu’au bout.
Les chiffres d’une ascension fulgurante
Les statistiques dessinent un portrait saisissant. Ses 19 victoires sur terre battue cette saison le placent devant Jannik Sinner dans cette statistique. Il est invaincu en trois matches de professionnels face à des compatriotes, après ses victoires contre Martín Landaluce aux Next Gen Finals de Djeddah et au premier tour du Barcelona Open. La remontade de dimanche constitue une première dans sa jeune carrière.
Les fantômes de Nadal au Bois de Boulogne
Les parallèles avec Rafael Nadal s’accumulent. En 2003, le Majorquin avait lui aussi atteint les quarts de finale lors de sa première participation à Roland-Garros, avant d’écrire l’une des plus grandes histoires du tennis en soulevant quatorze fois la Coupe des Mousquetaires. Jódar rejoint ainsi un cercle très fermé : avec Albert Costa et Carlos Alcaraz, ils ne sont que quatre membres de l’Armada à avoir atteint ce stade du tableau à Paris avant leurs vingt ans à l’ère Open.
Prochain obstacle : Zverev
Le quart de finale qui attend Jódar ne laisse aucune place à l’illusion. Il affrontera Alexander Zverev, troisième joueur mondial, qui a écarté le Néerlandais Jesper de Jong en trois sets : 7-6(3), 6-4, 6-1. Le vrai test commence maintenant.