Longtemps entre petits contrats et job à l’Aldi, Tijjani Reijnders touche désormais des millions à City, tandis que son avenir sportif s’assombrit.
Un milieu néerlandais regarde la fin d’un match depuis le banc d’un club anglais qui paie ses joueurs à des niveaux rarement atteints en Europe. Quelques années plus tôt, il rangeait des produits dans un supermarché de Zwolle avant de filer à l’entraînement. Entre les deux, son salaire a changé d’univers, de quelques dizaines de milliers d’euros par an à un contrat de base fixé à 12 millions de livres. Sa place, pourtant, semble redevenue une question ouverte.
Sur le bord de la pelouse, le quatrième arbitre lève son panneau. Un milieu de Manchester City se prépare à entrer, un autre sort en trottinant sous les projecteurs d’un printemps anglais. Tijjani Reijnders reste assis sur le banc, le survêtement remonté jusqu’au menton, les mains jointes entre les genoux. La caméra passe sur son visage une seconde, à peine, puis suit déjà l’action sur le terrain.
Un salaire de premier plan, une place en question
Depuis février, le milieu néerlandais de 27 ans vit ce type de soirée de plus en plus souvent à Manchester. Il n’a plus disputé de minute en Premier League depuis le 14 mars 2026, alors qu’il continue de figurer régulièrement sur la feuille de match. La Juventus suit sa situation de près en vue du mercato d’été. Le joueur est pourtant lié à Manchester City jusqu’en 2030 par un contrat de cinq ans officialisé le 10 juin 2025.
City a recruté Reijnders en provenance de l’AC Milan pour une indemnité fixe estimée entre 55 et 57 millions d’euros, à laquelle s’ajoutent des bonus pouvant porter le total autour de 70 millions d’euros. Son salaire de base est annoncé à 12 millions de livres par an, soit 230 000 livres par semaine. Converti en euros, ce niveau de rémunération le place parmi les très gros salaires du football européen, même sans atteindre les montants des principales têtes d’affiche du vestiaire de City.
Sur la saison 2025-2026, les bases statistiques spécialisées lui attribuent plus de 40 matches toutes compétitions confondues, avec 7 buts et 7 passes décisives au total. En Premier League, son bilan est plus réduit, avec 8 matches, 1 but et 2 passes décisives. Le paradoxe est là : un joueur acheté à prix fort, payé comme un cadre supérieur du vestiaire, mais dont la place dans la rotation s’est fragilisée au fil des semaines.
D’un supermarché de Zwolle aux centres d’entraînement professionnels
Plusieurs années avant de découvrir le vestiaire de Manchester City, Tijjani Reijnders travaillait dans un supermarché Aldi de Zwolle. Le joueur l’a raconté dans une interview accordée après son arrivée à l’AC Milan en 2023. Il y décrit des journées partagées entre la mise en rayon et les entraînements, avec l’objectif de garder un pied dans le football de haut niveau.
Né le 29 juillet 1998 à Zwolle, Reijnders grandit dans une famille déjà liée au football professionnel. Son père, Martin Reijnders, a joué notamment à PEC Zwolle, tandis que son frère cadet, Eliano, est lui aussi devenu professionnel. Par sa mère, le milieu possède aussi des origines indonésiennes, ce qui a nourri des débats autour d’une possible sélection avec l’Indonésie avant son choix définitif pour les Pays-Bas.
Après des passages dans les équipes de jeunes de PEC Zwolle et du FC Twente, il rejoint l’AZ Alkmaar en 2017. Ses premiers revenus connus restent modestes pour un joueur professionnel : environ 72 000 euros par an en 2017-2018, puis 101 000 euros en 2018-2019. Le futur international néerlandais est alors encore loin du monde des grands contrats, et cette période donne un point de départ très concret à sa trajectoire financière.
Dans cet apprentissage, l’argent n’apparaît pas encore comme un sujet de prestige mais comme une question de stabilité. Reijnders a expliqué que cette expérience à l’Aldi l’avait aidé à voir « l’autre côté » de la vie. La formule compte, parce qu’elle reste l’une des rares où il parle publiquement de son rapport à l’argent.
AZ Alkmaar, une progression étape par étape
À l’AZ Alkmaar, le milieu gagne d’abord des minutes, puis un statut. Il accumule les matches d’Eredivisie et d’Europe, au point de dépasser les 100 rencontres de première division néerlandaise au fil de sa progression. Ses contrats suivent cette montée en régime.
Les estimations disponibles font état d’un salaire annuel brut d’environ 100 000 euros en 2019-2020, puis de 110 000 euros en 2020-2021 et 2021-2022. En 2022-2023, sa dernière saison complète avant le départ vers Milan, son revenu est évalué à environ 520 000 euros par an, soit 10 000 euros par semaine. En cinq ans, sa rémunération a donc été multipliée par environ cinq, sans encore atteindre les standards des cinq grands championnats.
Sportivement, Reijnders se fait remarquer par sa capacité à jouer entre les lignes, à se projeter, et à apporter davantage dans le dernier tiers du terrain. Cette montée en puissance attire l’attention d’observateurs italiens et ouvre la porte à un premier grand saut de carrière. À ce stade, son histoire est déjà celle d’un joueur qui progresse par paliers contractuels très nets, et non par explosion immédiate.
San Siro, premier gros contrat
L’AC Milan boucle l’arrivée de Tijjani Reijnders à l’été 2023 pour un montant proche de 20 millions d’euros versé à l’AZ Alkmaar. Le club lombard lui fait signer un contrat de cinq ans, jusqu’en 2028. Son premier salaire à Milan est alors évalué autour de 1,7 à 1,8 million d’euros nets par an, soit environ 2,1 millions d’euros bruts.
Le changement d’échelle est immédiat. En quittant l’Eredivisie pour la Serie A, Reijnders passe d’un revenu d’environ 520 000 euros bruts par an à un salaire supérieur à 1,5 million d’euros nets. Il devient rapidement un joueur important de l’effectif milanais, avec de nombreuses titularisations en Serie A et en Ligue des champions dès la saison 2023-2024.
La saison 2024-2025 le fait changer de catégorie. Reijnders dispute 54 matches toutes compétitions confondues avec Milan et inscrit 15 buts, soit la meilleure production de sa carrière à ce stade. Il est alors présenté comme l’un des meilleurs milieux du championnat italien. Cette progression sportive débouche sur une renégociation de contrat.
Un accord est trouvé fin 2024 pour prolonger son contrat jusqu’en 2030, avec une forte revalorisation salariale. Les estimations les plus fréquentes situent alors son fixe autour de 3,5 millions d’euros nets par an, avec des bonus pouvant faire monter le total autour de 4,5 millions d’euros. En deux saisons, Reijnders passe donc d’un bon salaire de Serie A à un statut de joueur majeur de l’effectif milanais, y compris sur le plan financier.
L’offre de City et le changement d’échelle
Le 10 juin 2025, Manchester City officialise la signature du milieu néerlandais pour un contrat de cinq ans. Les informations disponibles font état d’un accord avec l’AC Milan autour de 55 millions d’euros, auxquels s’ajoutent des bonus pouvant porter le total possible à environ 70 millions. Cette distinction entre montant fixe et montant total est importante, car elle corrige l’idée d’un transfert automatiquement réglé à 70 ou 75 millions d’euros.
Sur le plan salarial, le saut est tout aussi net. Après sa signature à City, Reijnders perçoit un salaire de base de 12 millions de livres par an, soit 230 000 livres par semaine. Selon les modes de conversion et les éléments intégrés, son revenu annuel global est souvent situé autour de 12 millions d’euros, parfois davantage. La variation vient du fait que certains chiffres portent sur le seul salaire fixe, tandis que d’autres additionnent déjà certaines primes récurrentes.
Quoi qu’il en soit, la hiérarchie est claire : à Manchester City, Tijjani Reijnders entre dans la catégorie des joueurs payés à l’échelle de la Premier League la plus riche du monde. Deux ans plus tôt, il arrivait à Milan comme un bon joueur d’Eredivisie valorisé 20 millions d’euros ; à l’été 2025, il devient un actif majeur d’un top club anglais, avec un contrat chiffré en dizaines de millions sur la durée.
Une première saison chargée, puis le recul
Sur le terrain, la première saison anglaise de Reijnders n’est pas vide, loin de là. Les agrégateurs statistiques lui attribuent 47 matches toutes compétitions confondues, avec 7 buts et 7 passes décisives. Cela confirme que Manchester City n’a pas recruté un joueur de complément, mais un milieu utilisé sur de nombreux rendez-vous.
La baisse de régime apparaît ensuite. Au printemps 2026, il est resté sur le banc à six reprises lors des neuf derniers matches de Premier League, sans entrer en jeu. Il n’a plus joué en championnat depuis le 14 mars. Ce sont ces éléments, davantage que ses statistiques globales, qui alimentent aujourd’hui les spéculations sur son avenir immédiat.
La Juventus est citée parmi les clubs attentifs à sa situation. En Italie, son excellente saison 2024-2025 avec Milan lui a laissé une image solide, ce qui nourrit l’hypothèse d’un retour en Serie A dans un cadre plus favorable à son temps de jeu. Reste une question simple et très concrète : quel club peut reprendre un joueur sous contrat jusqu’en 2030, payé sur une base de 12 millions de livres par an ?
Clauses, primes et part variable des revenus
Comme pour la plupart des joueurs recrutés à ce niveau, le contrat de Reijnders comprend très probablement une part variable liée aux performances, même si les montants détaillés ne sont pas publics. Ces primes peuvent dépendre du nombre de matches, des buts, des compétitions disputées ou des résultats collectifs. Pour un lecteur non spécialiste, il faut distinguer deux choses : le salaire garanti, versé quoi qu’il arrive, et les compléments, qui dépendent de critères sportifs.
Sa saison 2024-2025 avec Milan, ponctuée par 15 buts en 54 matches et par une reconnaissance comme meilleur milieu du championnat dans plusieurs publications, a très probablement amélioré son revenu total sur l’exercice. Certaines plateformes spécialisées estiment ainsi ses revenus globaux autour de 12 millions d’euros en 2025, en mélangeant fixe, primes et autres compléments. Ces montants doivent être lus comme des estimations de revenus annuels, et non comme des chiffres contractuels officiels.
À Manchester City, la baisse de temps de jeu observée depuis février 2026 peut réduire une partie de ces bonus si certaines clauses sont liées aux minutes ou aux titularisations. En revanche, le salaire de base de 12 millions de livres par an ne dépend pas, à court terme, de sa place sur le banc ou dans le onze de départ. C’est une des raisons pour lesquelles l’écart entre statut financier et statut sportif saute aujourd’hui autant aux yeux.
Marques et campagnes : une biographie mise en avant
En parallèle de ses contrats de club, Reijnders commence aussi à monétiser davantage son image. Aux Pays-Bas, il devient l’un des visages de Rexona dans le cadre d’une campagne Benelux annoncée en 2025, avec un partenariat présenté comme courant sur cinq ans. Un lancement commercial en grande distribution a suivi début 2026, avec un produit en édition limitée.
Le récit du joueur passé par l’Aldi avant Milan puis City est réutilisé dans cette communication. Le message est simple : discipline, effort, progression, contrôle de soi. Ce type de contrat ne vaut pas les très grands accords publicitaires des stars mondiales, mais il peut ajouter plusieurs centaines de milliers d’euros par an aux revenus d’un international qui joue dans un club majeur.
Des portraits publiés dans la presse lifestyle néerlandaise insistent aussi sur son profil public : un joueur moderne, discret, performant sur le terrain et exploitable commercialement sans être surexposé. Là encore, on touche à une évolution classique chez les footballeurs de haut niveau : quand le salaire de club grimpe, la valeur d’image suit, même si elle reste ici secondaire par rapport au contrat sportif.
Une fortune estimée, des contours flous
Les estimations de fortune publiées sur Internet doivent être maniées avec prudence. Dès 2023, certaines plateformes avançaient déjà un patrimoine net d’environ 5 millions de dollars à son arrivée à Milan, sans détailler précisément leur méthode. D’autres sites ont ensuite proposé pour 2025 et 2026 des revenus annuels très élevés, supérieurs à 11,9 millions d’euros ou à leurs équivalents convertis.
Ces chiffres donnent un ordre de grandeur de ses gains possibles, mais ils ne disent presque rien de son patrimoine réel. Aucune donnée publique fiable ne documente à ce stade des achats immobiliers, des sociétés personnelles ou des investissements identifiés à son nom. Pour être exact, il faut donc parler de revenus connus ou estimés, et non de fortune établie.
Ce point est important pour un article grand public. Un joueur peut gagner plusieurs millions d’euros par an sans que son patrimoine réel soit connu, parce qu’il faut tenir compte des impôts, des commissions, des dépenses courantes, des placements, et du fait qu’une partie des chiffres publiés repose sur des estimations privées.
Une vie publique discrète, un avenir à clarifier
En dehors du terrain, Reijnders reste un joueur relativement sobre dans l’espace médiatique. Les portraits qui lui sont consacrés montrent un footballeur présent sur les réseaux sociaux, mais peu porté sur l’exposition ostentatoire de voitures, de montres ou de propriétés. Les contenus produits par ses clubs mettent surtout en avant son travail, sa vie familiale et ses ambitions sportives.
Ses rares propos publics sur l’argent renvoient presque toujours à la période de l’Aldi et à la conscience qu’une carrière peut changer très vite. C’est aussi ce qui rend sa situation actuelle intéressante : la courbe des revenus a continué de monter presque sans interruption, alors que la courbe sportive, elle, connaît à Manchester City son premier vrai flottement au plus haut niveau. Cette tension donne toute sa force au moment présent.