Jodar, vrai favori de Roland-Garros 2026

30/05/2026

Sinner et Djokovic éliminés en 48h, Alcaraz absent : à Roland-Garros 2026, Rafael Jodar, 19 ans et 18 victoires sur ocre, est devenu le favori d’un tournoi grand ouvert.

Le tableau le plus ouvert depuis des années vient de perdre ses deux hommes forts en moins de quarante-huit heures. Dans ce vide soudain, un joueur de 19 ans, à son deuxième Grand Chelem seulement, s’est avancé avec une sérénité qui a pris le circuit de court. Ce n’est pas le hasard du tableau qui l’a placé là. C’est une saison entière sur terre battue qui l’y a conduit.

Jeudi, vendredi : le séisme en deux actes

Le jeudi 28 mai, Jannik Sinner menait 6-3, 6-2, 5-1 contre l’Argentin Juan Manuel Cerundolo, 56e mondial, sur le court Philippe-Chatrier. Il n’a plus remporté le moindre jeu pendant quarante minutes. Des crampes, des vomissements, un coup de chaleur dans la fournaise parisienne ont eu raison du numéro un mondial, battu 3-6, 2-6, 7-5, 6-1, 6-1. Éliminé au deuxième tour. C’est la première fois depuis l’an 2000 qu’une tête de série numéro un chute aussi tôt à Roland-Garros. En conférence de presse, Sinner a déclaré : « Je n’avais aucune énergie. »

Vingt-quatre heures plus tard, Novak Djokovic menait deux sets à zéro face au Brésilien Joao Fonseca, 19 ans, 28e tête de série. Le Serbe, 39 ans, 24 titres du Grand Chelem, a perdu les trois sets suivants 6-3, 7-5, 7-5, en près de cinq heures. Fonseca est devenu le premier teenager de l’histoire à battre Djokovic dans un tournoi du Grand Chelem. « Fonseca a mieux joué que moi dans les moments les plus importants », a déclaré le Serbe après le match.

Carlos Alcaraz, double tenant du titre, n’était déjà plus là, forfait avant le premier tour pour une blessure au poignet droit. En quarante-huit heures, les trois joueurs qui auraient dû se partager le tableau avaient disparu. Il restait Alexander Zverev, tête de série numéro deux, et une constellation de joueurs que personne n’avait vraiment envisagés comme vainqueurs potentiels. Parmi eux, Rafael Jodar.

Dix-huit victoires, trois défaites

Le vendredi 29 mai, pendant que Djokovic perdait sur le Chatrier, Jodar battait l’Américain Alex Michelsen, 42e mondial, 7-6(2), 6-7(5), 4-6, 6-3, 6-3 en 4h17 sur le court Simonne-Mathieu. Il était mené deux sets à un. Il a gagné les deux derniers sets 6-3, 6-3. C’est son troisième match gagné en cinq sets ou après avoir été mené au score depuis le début de sa carrière professionnelle, les deux autres datant de ce même Roland-Garros 2026.

Avant ce tournoi, Jodar avait compilé 18 victoires pour 3 défaites sur terre battue en 2026. Ce bilan le plaçait à égalité avec Sinner pour le plus grand nombre de victoires sur ocre cette saison. Sinner est rentré à Rome. Jodar, lui, dispute un huitième de finale à Roland-Garros pour la première fois de sa carrière, et de sa vie, puisque c’est sa première participation au tableau principal du tournoi.

Ses trois défaites de printemps situent les limites : battu par Arthur Fils en demi-finale à Barcelone, par Sinner en quart à Madrid, par l’Italien Luciano Darderi en quart à Rome. Trois défaites contre des adversaires classés entre le 8e et le 30e rang mondial, dans des matchs où il menait ou était à égalité au moment de craquer. La faiblesse, si elle existe, est physiologique et non technique.

D’Hersonissos à la Porte d’Auteuil

Rafael Jodar est né le 17 septembre 2006 à Madrid. Son prénom est une tradition familiale, son père, son grand-père et son arrière-grand-père s’appellent tous Rafael. Nadal avait déjà remporté deux Roland-Garros lorsqu’il est venu au monde.

Il a tenu sa première raquette à quatre ans au Club de Chamartín, dans le nord de la capitale espagnole. Sa trajectoire, ensuite, n’a suivi aucun chemin balisé. Après avoir remporté l’US Open Junior en 2024, il a fait le choix singulier d’intégrer l’Université de Virginie, aux États-Unis. Il y a décroché le titre d’ITA National Freshman of the Year, meilleure recrue nationale toutes universités confondues, et a été élu meilleure recrue masculine toutes disciplines à l’UVA, une distinction rarissime. Tout en restant inscrit, il a remporté trois titres ATP Challenger en 2025, dont le premier à Hersonissos, en Grèce, en août. En décembre, il participait aux ATP Next Gen Finals à Djeddah.

Le 30 décembre 2025, il a annoncé via ses réseaux sociaux son passage professionnel à temps plein : « Après une période de réflexion approfondie et de nombreuses discussions avec ma famille et mes entraîneurs, j’ai décidé de renoncer à mes années d’éligibilité universitaire restantes à l’UVA. » Il débutait 2026 au 168e rang mondial. Il l’a terminé au 29e, après cinq mois sur terre battue.

Son jeu tranche dans le paysage espagnol. Il mesure 1,91 m, frappe à deux mains au revers, construit ses points sur la puissance et l’agressivité plutôt que sur la patience défensive qui caractérise l’école de Barcelone ou de Murcie. Toni Nadal, oncle et ancien entraîneur de Rafael Nadal, a déclaré à son sujet : « Chaque fois que je vois Jodar, je le trouve meilleur. Je pense même qu’il frappe plus fort que Carlos Alcaraz. » Stefanos Tsitsipas l’a décrit comme « un mélange entre Zverev et Carlos Alcaraz ». Son unique entraîneur est son père, Rafael, que l’on voit seul dans son box à chaque match.

Le printemps qui a tout changé

Le 5 avril 2026, à Marrakech, Jodar a battu l’Argentin Marco Trungelliti 6-3, 6-2 en 1h08 et soulevé son premier trophée sur le circuit principal ATP. Il est devenu le premier teenager à remporter le Grand Prix Hassan II depuis la création du tournoi. À l’entrée de la semaine, il pointait au 89e rang mondial. Sa victoire l’a propulsé au 57e.

Barcelone, quinze jours plus tard : demi-finale au Conde de Godó, battu par Arthur Fils, futur vainqueur du tournoi. C’était son premier carré dans un ATP 500. Puis Madrid. Au Masters 1000 de sa ville natale, il a battu Joao Fonseca, puis dominé Alex De Minaur, sa première victoire contre un joueur du Top 10. Il a atteint les quarts de finale, un résultat que Rafael Nadal et Carlos Alcaraz avaient, avant lui, réalisé à Madrid avant leurs vingt ans.

À Rome, au Foro Italico, nouvelle journée d’histoire : quart de finale, arrêté par Darderi. Il est ainsi devenu le premier adolescent à atteindre ce stade à la fois à Madrid et à Rome lors de la même saison depuis Novak Djokovic en 2007. Jo-Wilfried Tsonga, ancien numéro cinq mondial, avait déclaré en avril : « S’il gagne ses premiers matchs rapidement, il peut devenir très, très dangereux sur un tournoi comme Roland-Garros. » Les premiers matchs ont été gagnés.

À Paris : un message, puis une remontada

Pour son entrée dans le tableau principal de Roland-Garros, sa première dans un Grand Chelem, Jodar a battu l’Américain Aleksandar Kovacevic, 67e mondial, 6-1, 6-0, 6-4 en 1h34. Le site officiel du tournoi a titré : « Jodar envoie un message. » En deuxième tour, face à l’Australien James Duckworth dans des conditions de chaleur extrême, il a gagné 6-1, 6-7(5), 6-4, 7-5, atteignant pour la première fois le troisième tour d’un Grand Chelem.

C’est le match contre Michelsen qui a posé la question centrale. Mené deux sets à un, Jodar n’a pas cherché à changer son tennis. Il a continué d’avancer, de frapper, d’attaquer les deuxièmes balles. Il a remporté les deux derniers sets 6-3, 6-3 avec une netteté que le score en cinq sets ne laisse pas deviner. « Je suis super content d’être en huitièmes ici à Roland-Garros, c’est un rêve devenu réalité », a-t-il déclaré au micro sur le court après la victoire.

Avec cette 18e victoire sur ocre, il est entré dans un cercle très restreint : seuls Tommy Robredo, Rafael Nadal et Carlos Alcaraz, tous Espagnols, avaient atteint les huitièmes de finale de Roland-Garros avant leurs vingt ans.

Ce que le tableau lui offre et ce qu’il lui coûtera

En huitièmes de finale, Jodar affronte Pablo Carreño Busta, 89e mondial, ancien membre du Top 10 aujourd’hui loin de son meilleur niveau. En quart de finale potentiel : Alexander Zverev. L’Allemand a battu le Français Quentin Halys 6-4, 6-3, 5-7, 6-2 au troisième tour. Il reste l’obstacle principal, et le seul joueur encore en lice capable d’imposer à Jodar une pression durable sur cinq sets. Zverev a disputé trois finales de Grand Chelem, US Open 2020, Roland-Garros 2024, Open d’Australie 2025, sans en remporter une seule. À 27 ans, cette statistique pèse autrement qu’une simple donnée de palmarès.

Les autres prétendants crédibles : Fonseca, dont les ressources physiques sur une quinzaine entière en cinq sets restent une inconnue réelle après son marathon contre Djokovic ; Casper Ruud, finaliste en 2022 et 2023, spécialiste de la surface mais dont le niveau en 2026 n’a pas retrouvé sa constance d’antan ; Andrey Rublev, régulier mais historiquement fragile dans les moments décisifs des Grands Chelems.

Jodar, de son côté, dispute seulement son deuxième Grand Chelem en carrière. Le match contre Michelsen a duré 4h17. Deux victoires supplémentaires en cinq sets, si elles se présentent, exigeraient un niveau d’endurance qu’il n’a pas encore eu à déployer sur deux semaines consécutives. Ses trois défaites de la saison sur ocre sont intervenues lors de matchs où la fatigue accumulée semblait peser sur sa constance en fin de partie. Carlos Alcaraz a déclaré à son sujet : « J’ai eu l’occasion de m’entraîner avec lui et de constater son niveau. Son parcours depuis ses débuts est tout simplement incroyable. » La question que ce Roland-Garros posera dans les prochains jours est précisément celle que cette phrase laisse ouverte : jusqu’où ? Pour l’analyste du tennis Elio Morales, il n’est guère risqué de parier sur Jodar : « Son parcours depuis ses débuts est tout simplement incroyable. Je le vois gagner dès cette année et devenir le principal concurrent d’Alcaraz sur terre battue. »

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Fan de basket depuis son plus jeune âge, Romain Dujardin a vécu dix ans aux États-Unis, où il a couvert la NBA en tant que pigiste pour des médias américains.

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