Double champion olympique, Brice Guyart a quitté la piste pour les coulisses de Paris 2024 et les salles de séminaire où il parle cohésion et performance.
Les stores sont tirés dans une salle de réunion d’un immeuble de bureaux, un matin de semaine, à Paris. Sur l’écran, un schéma présente trois colonnes : « préparation », « pression », « collectif ». Debout devant une vingtaine de cadres, veste sombre et micro-cravate, Brice Guyart raconte un assaut disputé à Athènes, en août 2004, lors du tournoi olympique de fleuret.
Il décrit la dernière minute d’un match à élimination directe, la fatigue accumulée après plusieurs tours et le bruit du public dans la salle olympique. Il rappelle qu’un assaut se joue sur quinze touches et qu’une finale peut basculer sur un point validé par l’arbitre et l’appareil électrique. « On ne peut pas contrôler la décision finale, mais on peut tout faire pour arriver prêt ».
Les participants prennent des notes. L’homme qui parle se présente comme double champion olympique et comme intervenant sur la performance collective. Il explique comment l’équipe de France de fleuret a construit son titre à Sydney, le 24 septembre 2000, en répétant des routines et des échanges constants entre tireurs et encadrement.
Le même Brice Guyart apparaît aussi dans des clubs, lors d’initiations, de rencontres ou d’échanges avec licenciés et maîtres d’armes. Entre les salles d’entreprise et les gymnases, son activité reste liée au sport, mais sans compétition.
Des bureaux à Paris 2024
Après sa carrière sportive, Brice Guyart a travaillé dans des fonctions liées au marketing, à l’événementiel sportif, aux partenariats et à la communication. Depuis plusieurs années, il intervient aussi dans des formats de conférence et de formation autour du leadership, de la cohésion d’équipe et de la gestion de la pression.
En 2018, il occupe chez SNCF des fonctions de direction de projet liées à Paris 2024 et aux grands événements sportifs. Il y travaille sur la mobilisation du groupe autour des Jeux et sur les enjeux de transport et d’organisation liés à ces rendez-vous.
Il rejoint ensuite le comité d’organisation de Paris 2024 dans un poste centré sur la mobilisation des athlètes et leur expérience pendant les Jeux. Ses missions couvrent des programmes comme Terre de Jeux 2024, Club Paris 2024, Marathon pour Tous, Impact 2024 ou le Relais de la flamme. Elles portent aussi sur les conditions concrètes de séjour et de compétition : vie au village, restauration, transport, qualité des sites d’entraînement et de compétition, dispositifs de célébration au Trocadéro.
Le passage de la piste aux coulisses des Jeux dit beaucoup de sa reconversion. L’ancien champion ne travaille plus sur la touche juste, mais sur l’environnement qui permet à d’autres de concourir dans de bonnes conditions.
La cassure de Londres
La deuxième vie professionnelle de Brice Guyart prend forme après une rupture sportive nette. Aux Jeux de Londres, en 2012, l’escrime française traverse une séquence difficile, marquée par des résultats en deçà des attentes et par des débats internes sur le fonctionnement du collectif.
Quand il annonce sa retraite définitive en 2016, il revient sur cette période en parlant de « gâchis ». Il explique que cela ne « respirait pas la force » ni « la créativité » et que « le moindre grain de sable a tout fait exploser ».
La phrase la plus forte arrive ensuite : « J’aurais aimé finir mon livre sur une belle page, mais je n’ai pas envie d’écrire un pavé sans fin. Je préfère arrêter, j’ai autre chose à faire. »
Ce choix éclaire la suite. Il n’arrête pas pour disparaître. Il arrête pour déplacer sa place dans le sport.
Sydney, puis Athènes
Le premier repère reste Sydney. Le 24 septembre 2000, à 19 ans, Brice Guyart remporte le titre olympique par équipes avec la France. Il devient alors le plus jeune champion olympique français de l’histoire de l’escrime.
La scène est celle d’un très jeune tireur au milieu d’un collectif champion olympique, médaille autour du cou, dans le parc olympique australien. Cette victoire par équipes fonde sa notoriété et installe son nom dans le fleuret français dès le début des années 2000.
Quatre ans plus tard, le 17 août 2004, il remporte l’or individuel au fleuret à Athènes. Le doublé Sydney-Athènes, équipe puis individuel, reste le socle de son palmarès olympique et de sa place dans l’histoire récente de l’escrime française.
Le souvenir ne circule pas seulement dans les archives. Des tireurs de la génération suivante ont expliqué avoir grandi avec ses finales en tête, en regardant à la télévision les Jeux de Sydney et d’Athènes.
Les défaites aussi
Le parcours de Brice Guyart ne se réduit pas à deux titres olympiques. En octobre 2009, lors des championnats du monde, il est éliminé dès les seizièmes de finale par le Chinois Shi Jialuo sur le score de 13-12.
Le score dit la dureté du haut niveau en escrime. Une touche d’écart suffit à faire tomber un ancien champion olympique dès le début du tableau final. Ce type de soirée pèse autant, dans un récit de carrière, que les victoires restées dans les livres.
Dans ses prises de parole actuelles, Guyart revient souvent sur cette logique du détail. Il parle moins d’héroïsme que de préparation, moins de destin que d’exécution. Son discours sur la performance se nourrit aussi de ces moments où rien ne tient plus qu’à un point.
Une histoire de famille
Chez les Guyart, l’escrime n’est pas l’affaire d’un seul nom. Astrid Guyart, sa sœur, a elle aussi mené une carrière internationale au fleuret et remporté une médaille d’argent olympique par équipes à Tokyo.
Cette donnée compte pour comprendre la durée de son lien avec les salles d’armes. Le haut niveau, chez lui, ne surgit pas comme un accident. Il s’inscrit dans un environnement de compétitions, de clubs, d’INSEP et de vie fédérale fréquenté pendant des années.
Cela aide à comprendre pourquoi il continue d’apparaître dans des clubs, des initiations ou des rencontres avec des licenciés. Ces visites ne relèvent pas seulement de la représentation. Elles prolongent un ancrage ancien dans le tissu de l’escrime française.
Le double projet
Brice Guyart a aussi été l’un des visages du dispositif Athlètes SNCF. Il a lui-même connu ce statut avant d’y occuper des fonctions de direction de projet. Il en défend l’idée simple : mener une carrière sportive de haut niveau tout en préparant l’après, grâce à un emploi aménagé.
Sur ce point, il parle de temps partagé entre l’entreprise et l’entraînement, plutôt que d’une séparation rigide. Le principe consiste à éviter qu’un sportif attende la fin de sa carrière pour commencer à construire la suivante.
Cet aspect compte dans son parcours. Il relie le champion olympique à l’homme d’entreprise. Il explique aussi une partie de ses interventions actuelles, centrées sur les trajectoires, la gestion du temps et la manière de préparer une deuxième carrière avant même la fin de la première.
La télévision, puis les interventions
La reconversion de Brice Guyart ne passe pas seulement par les institutions et l’entreprise. Il a aussi commenté des épreuves d’escrime pour France Télévisions, notamment lors des Jeux de Londres, de Rio et de Tokyo, aux côtés du journaliste Nathanaël de Rincquesen.
Cette expérience aide à comprendre son aisance actuelle à l’oral. Dans ses prises de parole publiques, il privilégie un registre clair, pédagogique et très centré sur les mécanismes concrets du haut niveau. Le consultant télé et le conférencier procèdent ici du même apprentissage : expliquer vite, précisément, sans jargon inutile.
Une place dans les coulisses
Depuis 2024, les traces publiques disponibles montrent un Brice Guyart toujours actif dans l’écosystème sportif, sur des terrains variés : interviews, événements, contenus liés au golf, interventions d’ambassadeur, formations et prises de parole professionnelles.
Le grand public l’a connu un fleuret à la main, à Sydney puis à Athènes. Son quotidien, lui, se déroule désormais dans les dispositifs qui entourent les athlètes, les organisations qui préparent les événements et les entreprises qui achètent son retour d’expérience. Vingt ans après son titre individuel olympique, Brice Guyart appartient moins à l’affiche qu’aux coulisses.