Meilleur buteur de l’histoire du Mans FC, Vincent Créhin a raccroché en National 2, faute de plaisir. Le club sarthois, lui, jouera la Ligue 1 en août.
Le scénario était écrit pour lui, il s’est écrit sans lui. Le samedi 16 mai, pour la 30e et dernière journée de National 2, Vincent Créhin dispute le dernier match de sa carrière au stade René Fenouillère. Bordeaux mène 2-0 après un quart d’heure, sur un but contre son camp d’Élouan Dudouit puis une réalisation de Royce Openda. L’attaquant breton, titulaire, tente sa chance dès la 7e minute : le gardien néerlandais des Girondins détourne. Ce sera à peu près tout.
Avranches revient dans le dernier quart d’heure, sur un penalty transformé par Zuriko Sopromadze puis un coup franc de Jessy Pi, pour un 3-3 final. Créhin, lui, a déjà cédé sa place à Kilian Herbin. Pas de but d’adieu, pas de scène de gala : un match nul dans un stade de quatrième division, un joueur de 37 ans qui sort sous les applaudissements et une saison qui se referme.
Le paradoxe, c’est que ce résultat anodin a coûté cher à l’adversaire. Bordeaux, un temps virtuellement promu, a vu La Roche-sur-Yon s’imposer et Bourges lui souffler la place de meilleur deuxième pour un point. Le dernier match de Créhin aura donc surtout été celui où les Girondins ont manqué la Ligue 3.
Pourquoi il a arrêté
L’annonce, elle, datait d’avril. Dans plusieurs entretiens, l’attaquant expliquait ne plus retrouver les « papillons dans le ventre » des jours de match. Une lassitude, un rapport devenu mécanique aux vestiaires et aux séances, la sensation d’un métier qui s’était éloigné de ce qui l’avait fait signer à Guingamp adolescent. « Quand on ne ressent plus le plaisir, c’est le moment d’arrêter », résumait-il alors.
Le rendez-vous face aux Girondins avait été identifié très tôt comme sa sortie. À 37 ans, il avait annoncé qu’il mettrait un terme à sa carrière à l’issue de la saison, lors de cette 30e journée. Sa relation avec le club aquitain n’était d’ailleurs pas neuve : la saison précédente, il avait marqué lors des deux confrontations, à Bordeaux comme à Avranches ; à l’aller cette saison, un 0-0, il n’était pas entré en jeu.
Le Mans FC en Ligue 1 : le record change d’échelle
C’est là que la temporalité devient cruelle, ou élégante, selon le point de vue. Une semaine avant son dernier match, le club auquel son nom reste attaché a bouclé sa remontée. Le Mans FC a gagné 2-0 à Bastia lors de la dernière journée de Ligue 2 et terminé deuxième derrière Troyes, champion une semaine plus tôt. La rencontre ayant été interrompue dans les arrêts de jeu à cause de jets d’engins pyrotechniques, le score a été entériné le 13 mai.
Six ans après le départ de Créhin, le club sarthois retrouve donc l’élite, lui qui était reparti de la division d’honneur régionale après sa liquidation. Le meilleur buteur de l’histoire du Mans FC aura raccroché en National 2 la semaine où Le Mans redevenait un club de Ligue 1. Son record, lui, appartient désormais à un club de première division, ce qui, mécaniquement, en augmente la valeur symbolique et en réduit l’espérance de vie.
57, 66 ou 73 buts : ce que disent vraiment les chiffres
Le repère est daté : le 28 février 2019, avec 57 buts officiels sous le maillot manceau, Créhin dépasse Patrick Van Kets, attaquant belge des années 1990 crédité de 53 réalisations, dont le record tenait depuis 1997. Il devient cette année-là le meilleur buteur de l’histoire du Mans FC.
Le total final, lui, varie selon le mode de comptage. Toutes compétitions confondues, coupes comprises, on lui attribue 66 buts en 130 matchs. Les décomptes établis au moment de son départ, en juin 2020, avancent 73 buts en 134 rencontres. En ne retenant que le championnat, on tombe autour de 60. L’écart tient au périmètre : barrages, Coupe de France et Coupe de la Ligue ne sont pas comptabilisés partout. La hiérarchie interne, elle, ne bouge pas. Créhin devant Van Kets, avec une dizaine à une vingtaine de buts d’avance selon la méthode, et aucun joueur de l’effectif actuel en mesure d’en approcher le total.
Trois montées en trois saisons : la fabrique d’un record
Le record ne s’est pas construit en Ligue 1. Il s’est construit dans les bus, sur les synthétiques de CFA2 et lors des déplacements à Granville, Romorantin ou Saint-Brieuc. Arrivé en cours de saison 2015-2016 dans un club qui remontait la pyramide fédérale, l’attaquant y inscrit 4 buts en 13 matchs, le temps de s’installer.
Ce qui suit tient de la mécanique de précision : 19 buts en CFA2 en 2016-2017, 19 encore en National 2 en 2017-2018, 10 en National en 2018-2019, 8 en Ligue 2 en 2019-2020. Trois promotions en trois saisons, du CFA2 à la Ligue 2, en terminant à chaque fois meilleur buteur du club. Le choix des dirigeants manceaux de l’époque, s’appuyer sur un avant-centre rompu à ces divisions plutôt que sur un jeune du centre de formation, est aujourd’hui validé par le tableau des buteurs historiques.
Dernier détail, et il n’est pas anecdotique pour qui écrit l’histoire de ce record : les divisions qu’il a traversées ont changé de nom cet été. Depuis le 1er juillet, le National 2 est devenu le National 1 et le National 3 le National 2, à la suite de la transformation du National en Ligue 3 professionnelle. Cette Ligue 3, premier championnat professionnel masculin organisé par la Fédération, réunira 18 clubs et démarre en août.
Autrement dit, le CFA2 où Créhin marquait 19 buts en 2017 n’existe plus, le National 2 où il a joué son dernier match non plus, et le National qu’il a gagné avec Le Mans en 2019 s’appelle désormais Ligue 3. Les chiffres, eux, restent. Ils tiennent en une ligne, en haut d’un tableau, dans un club qui jouera la Ligue 1 le mois prochain.