Il y a vingt ans, courir en montagne relevait de l’aventure confidentielle. En septembre 2026, le trail remplit les calendriers, les vallées et les rayons des magasins de sport.
D’où vient l’engouement
Le mouvement a plusieurs racines. La première est simple : le trail ne demande ni stade, ni club, ni licence pour débuter. Une paire de chaussures et un chemin suffisent. La seconde tient à l’époque. Après les confinements, des milliers de coureurs sur route ont cherché l’air, le silence et le dénivelé. Ils ne sont pas revenus au bitume.
Les réseaux sociaux ont fait le reste. Les images de crêtes au lever du jour se partagent mieux qu’un chrono sur piste. Ceux qui suivent le trail en France semaine après semaine le constatent : sur les formats de 20 à 40 kilomètres, les dossards partent souvent en quelques heures.
Combien de courses, combien de pratiquants ? Il n’existe pas de décompte exhaustif. Les estimations courantes évoquent plusieurs milliers d’épreuves par an et plusieurs centaines de milliers de coureurs réguliers. Les seuls chiffres consolidés sont ceux de la Fédération française d’athlétisme, qui recense ses licenciés et ses courses labellisées.
Le rôle de la fédération et des labels
La FFA détient la délégation de l’État sur le trail. Elle fixe le règlement des épreuves, tient le calendrier officiel et organise les championnats de France. Les organisateurs qui le souhaitent demandent un label, départemental, régional ou national. Ce label engage sur le balisage, la sécurité, le matériel obligatoire et l’assistance aux coureurs.
Pour le pratiquant, la fédération a aussi simplifié l’accès. Le certificat médical traditionnel a laissé place, pour la plupart des courses hors stade, à un parcours de prévention en ligne. Moins de paperasse, plus de responsabilité individuelle.
Le circuit fédéral, qui enchaîne des courses labellisées sur toute la saison, donne enfin une colonne vertébrale nationale à une discipline longtemps éclatée en centaines d’initiatives locales.
La cote ITRA et les circuits internationaux
À l’international, l’International Trail Running Association attribue à chaque coureur une cote de performance calculée à partir de ses résultats sur des courses évaluées. Cette cote sert de langage commun. Elle classe les élites, mais elle sert surtout de filtre à l’inscription : de nombreuses grandes épreuves exigent un niveau minimal ou un certain nombre de courses terminées pour prétendre à un dossard.
Autour de cette cote s’est construite une architecture de circuits mondiaux. Des courses françaises servent d’étapes qualificatives à des finales très convoitées, avec tirage au sort pour départager les candidats. Depuis que les championnats du monde de trail sont placés sous l’autorité de l’athlétisme mondial, la discipline a aussi gagné une reconnaissance institutionnelle qui lui manquait.
L’économie des organisateurs
Derrière une arche de départ, il y a un budget. Les recettes viennent des inscriptions, des partenaires et des collectivités. Les dépenses sont lourdes : secours, chronométrage, balisage, ravitaillements, assurances, navettes, gestion des déchets. La marge est souvent mince et dépend du remplissage.
Deux fragilités reviennent. La météo d’abord : une alerte orange peut annuler une édition et ses mois de préparation. Le bénévolat ensuite : une course de taille moyenne mobilise des centaines de personnes non rémunérées, et ce vivier s’épuise. Certains organisateurs professionnalisent une partie de l’encadrement, ce qui renchérit les dossards. D’autres plafonnent volontairement leur jauge pour rester tenables.
L’équipement et le tourisme sportif
Le trail a créé un rayon entier. Chaussures à crampons, sacs à flasques, bâtons pliables, montres à cartographie : l’équipement d’un coureur régulier représente un budget conséquent, renouvelé chaque saison. Les enseignes de sport ont suivi, tout comme les fabricants spécialisés installés dans les Alpes et les Pyrénées.
Les territoires en profitent. Des stations de ski cherchent dans le trail une seconde saison. Les offices de tourisme balisent des parcours permanents, éditent des cartes et vendent des séjours combinant hébergement, guides et courses. Un week-end de trail remplit des gîtes qui, sans lui, resteraient vides en juin ou en octobre.
Les limites : sur-fréquentation et environnement
La réussite a un revers. Les sentiers les plus prisés s’érodent sous les pas répétés. La faune subit le passage de pelotons à l’aube. Des parcs naturels imposent désormais des quotas, des périodes d’interdiction ou des tracés modifiés pour protéger des zones sensibles.
Les organisateurs répondent par des chartes, des gobelets réutilisables et des balisages temporaires sans plastique. Reste la question la plus difficile : le déplacement des coureurs, qui pèse plus dans le bilan carbone d’une course que la course elle-même. Le trail se vend comme un sport de nature. Il doit maintenant prouver qu’il la respecte.
Conclusion
Le trail français a changé d’échelle en une génération. Il a une fédération, des labels, des circuits et une économie. Il lui reste à concilier la masse et la montagne, sans perdre ce qui a fait venir les coureurs : un chemin, un sommet et le silence.