Que devient Patrick Vieira ?

25/02/2026

Patrick Vieira est sans club depuis le 1er novembre 2025, date de son limogeage du Genoa CFC, lanterne rouge de Serie A. Pourquoi ?

Patrick Vieira est libre depuis le 1er novembre 2025. À 49 ans, champion du monde 1998, l’un des milieux de terrain les plus titrés de sa génération se retrouve sans club pour la troisième fois en cinq ans. En ce mois de février 2026, son nom circule autour de nombreux clubs de Ligue 1 en difficulté. La question n’est plus de savoir si Vieira mérite une chance — il en a eu cinq. La question est de comprendre pourquoi elles ont toutes suivi le même chemin.

Genoa, novembre 2025 : le scénario de trop

Le 1er novembre 2025, le Genoa CFC met fin aux fonctions de Patrick Vieira. Le club est lanterne rouge de Serie A. En neuf journées, il n’a engrangé que trois points — trois nuls, six défaites, zéro victoire — et son attaque n’a inscrit que quatre buts, à égalité avec le pire total du championnat. C’est le pire départ de l’histoire du club en Serie A.

Ce qui rend le limogeage particulièrement brutal, c’est son contexte immédiat. La veille, le président roumain Dan Sucu avait encore exprimé sa « totale confiance » envers son entraîneur. Vieira lui-même semblait maintenu. Puis, au terme d’une nuit de réflexion, la séparation est annoncée. Deux jours plus tard, sans lui, le Genoa remporte sa première victoire de la saison à Sassuolo, 2-1, dirigé par ses entraîneurs intérimaires.

Le contexte atténue partiellement le bilan : lors du mercato estival, le club avait perdu cinq titulaires sans investir significativement — à peine un demi-million d’euros selon L’Équipe. Vieira avait hérité d’un effectif appauvri. Il n’en reste pas moins que sur 37 matchs toutes saisons confondues à Gênes, son bilan s’établit à dix victoires, douze nuls et quinze défaites, pour une moyenne d’environ 1,1 point par match.

Cinq clubs, une constante : le schéma qui ne change pas

Pour comprendre ce que représente réellement le limogeage du Genoa, il faut le replacer dans une trajectoire qui dure depuis 2018. À Nice, Crystal Palace, Strasbourg, puis Gênes, le même cycle s’est reproduit avec une régularité qui ne doit plus rien au hasard.

À chaque prise de poste, le recrutement est motivé par la notoriété. Vieira arrive dans des clubs en difficulté ou en reconstruction, avec pour mission implicite de donner de l’éclat autant que des résultats. Les premiers mois sont encourageants. À Crystal Palace en 2021-2022, sa première saison produit un football salué par le président Steve Parish lui-même, une 12e place et une demi-finale de FA Cup. À Nice, les deux premières saisons aboutissent à des 7e et 5e places en Ligue 1. À Genoa, il sauve un club relégable et décroche même une prolongation jusqu’en 2027.

Puis vient invariablement la rupture. À Palace, la deuxième saison se conclut par onze matchs sans victoire, cinq points pris sur trente-trois possibles et un limogeage le 17 mars 2023 avec trois points d’avance sur la zone rouge. À Strasbourg, quatre défaites lors des cinq derniers matchs, un départ « d’un commun accord » en juillet 2024 après une préparation estivale marquée par une gifle 4-0 infligée par le Fenerbahçe de Mourinho.

Sur l’ensemble de sa carrière d’entraîneur dans les grands championnats européens — Nice, Crystal Palace, Strasbourg, Genoa — sa moyenne cumulée ne dépasse pas 1,3 point par match. Il n’a jamais terminé une saison dans la première moitié du classement. Il n’a remporté aucun trophée. La seule expérience réellement convaincante reste New York City FC en MLS entre 2016 et 2018, avec 40 victoires en 90 matchs et une progression régulière du club au classement — dans un championnat sans pression sportive comparable.

Les deux failles qui reviennent

Derrière les chiffres, deux critiques traversent l’ensemble de sa carrière d’entraîneur avec une constance qui mérite attention.

La première concerne son identité tactique. À Strasbourg, les observateurs notent rapidement l’absence de ligne directrice dans l’animation offensive. À Crystal Palace, après une première saison séduisante, la deuxième révèle une équipe incapable de marquer, une attaque en berne, sans solution visible depuis le banc. Au Genoa, quatre buts en neuf journées racontent la même histoire. Il n’existe pas de « football Vieira » reconnaissable, pas de style transposable d’un club à l’autre — là où les entraîneurs qui s’installent durablement au plus haut niveau construisent précisément sur cette identité.

La seconde faille est humaine. L’affaire Balotelli au Genoa n’est pas un incident isolé. Elle rejoue, avec une intensité supérieure, ce qui s’était déjà produit à Nice en 2018-2019. Les deux hommes se connaissent depuis leur cohabitation à l’Inter Milan et à Manchester City. À Gênes, Vieira marginalise l’attaquant dès son arrivée. Balotelli ne dispute que six matchs, est écarté du groupe dès janvier 2025, et affirme publiquement n’avoir reçu aucune réponse à un message envoyé pour comprendre sa situation. Après le limogeage, ses déclarations sur les réseaux sociaux sont sans équivoque : il accuse Vieira d’avoir profité du travail de son prédécesseur Alberto Gilardino sans en comprendre la valeur, et d’avoir pris ses décisions sur des bases personnelles plutôt que sportives.

Ce n’est pas tant l’épisode Balotelli en lui-même qui pose problème — gérer un joueur difficile fait partie du métier. C’est la répétition du pattern : une difficulté à intégrer les personnalités qui résistent, combinée à ce que plusieurs observateurs ont décrit comme un besoin de reconnaissance qui rend difficile toute remise en question interne.

Quand le palmarès devient un obstacle

Il existe une logique perverse dans la trajectoire d’entraîneur de Patrick Vieira, et elle tient précisément à sa stature de joueur. Trois championnats d’Angleterre, cinq championnats d’Italie dont quatre avec l’Inter, la Coupe du monde 1998, l’Euro 2000 — ce palmarès ouvre des portes qu’aucun bilan d’entraîneur ne justifierait seul.

Le Genoa le recrute alors qu’il est 17e de Serie A. Crystal Palace lui fait confiance après son passage mitigé à Nice. Strasbourg l’embauche sous propriété BlueCo en quête de crédibilité internationale. Dans chaque cas, c’est le nom Vieira que l’on achète, l’espoir que l’autorité naturelle du capitaine des Invincibles se transmette dans le vestiaire et génère une dynamique. Ce mécanisme lui permet d’obtenir des postes malgré un bilan qui, pour un entraîneur sans ce capital symbolique, aurait depuis longtemps fermé les portes du haut niveau. Il est aussi, peut-être, ce qui l’a empêché de construire une véritable méthode : quand on est Patrick Vieira, certaines choses arrivent sans qu’on ait à les construire.

Nantes, 2026 : une sixième chance ou la répétition du même scénario ?

En février 2026, le FC Nantes envisagerait son profil parmi d’autres candidats, selon le site Mediafoot. Le club traverse cinq défaites consécutives sous Ahmed Kantari. L’autre piste sérieuse serait Olivier Dall’Oglio, libre depuis son départ de Saint-Étienne fin 2024.

La ressemblance avec les prises de poste précédentes est frappante. Un club en détresse, une direction qui cherche un nom susceptible de créer un électrochoc, une situation d’urgence sportive qui appelle une décision rapide. C’est exactement le contexte dans lequel Vieira a été recruté à chacune de ses cinq dernières expériences.

Il a déjà entraîné en Ligue 1, il connaît le championnat. Ces éléments jouent en sa faveur dans une décision de court terme. La question que Nantes devra trancher n’est pas celle-là. Elle est de savoir si le club a besoin d’un nom pour calmer une crise médiatique ou d’un entraîneur avec une méthode pour construire une remontée au classement. Ce sont deux profils différents. Depuis 2018, Patrick Vieira incarne clairement l’un des deux.

Le capitaine des Invincibles n’avait peut-être pas besoin d’une méthode pour gagner — il avait Wenger, Lippi, Mourinho. Sur un banc, c’est lui qui doit en avoir une. C’est là que tout se joue, et c’est là que, pour l’instant, la réponse manque.

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Fan de basket depuis son plus jeune âge, Romain Dujardin a vécu dix ans aux États-Unis, où il a couvert la NBA en tant que pigiste pour des médias américains.

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