Directrice de Roland-Garros depuis 2022, Amélie Mauresmo pilote en 2026 un tournoi qu’elle fait évoluer, loin de la championne qui régnait sur le circuit.
Amélie Mauresmo a présenté, en avril 2026, les nouveautés de Roland-Garros lors de la conférence de presse d’avant-tournoi organisée à Paris. Quatre ans après sa prise de fonctions, l’ancienne numéro 1 mondiale dirige désormais un Grand Chelem dont elle assume les choix, les arbitrages et les tensions.
Une directrice au centre du tournoi
Amélie Mauresmo est la directrice de Roland-Garros depuis l’édition 2022, après avoir été nommée en décembre 2021 pour succéder à Guy Forget. Dès sa prise de fonctions, elle explique vouloir intervenir sur des sujets très larges, du rapport avec les joueurs et les médias jusqu’au remplissage du stade, à l’accueil du public et à l’organisation générale du tournoi.
En 2026, cette fonction la place au cœur de l’appareil sportif et économique de Roland-Garros. Son rôle dépasse la seule programmation des matches : elle intervient sur les relations avec les joueurs, les partenaires, les diffuseurs, l’image internationale du tournoi et l’expérience proposée au public.
La conférence de presse du printemps 2026 marque une nouvelle étape dans cette installation. Roland-Garros y présente une édition conçue comme un événement plus ouvert, plus vaste et plus attractif, tout en conservant le cadre traditionnel du Grand Chelem parisien.
Une édition 2026 élargie
L’édition 2026 met d’abord l’accent sur la semaine des qualifications, devenue un rendez-vous à part entière dans la stratégie du tournoi. La jauge de l’Opening Week augmente cette année de 20 000 spectateurs par jour, et 80 000 billets avaient déjà été vendus au moment de la présentation officielle.
La dotation totale du tournoi s’élève à 61 723 000 euros en 2026, soit une hausse de 9,53% sur un an. Cette progression confirme la volonté de maintenir Roland-Garros dans le groupe de tête des grands événements mondiaux du tennis, tout en accompagnant l’élargissement du public et de l’offre sur site.
L’organisation met également en avant un week-end inclusif consacré notamment au para tennis et au tennis adapté, ainsi qu’un renforcement de l’offre de restauration et des animations autour du tournoi. Parmi les nouveautés annoncées figurent aussi un Jardin des Chefs, des spectacles imaginés avant les finales, un retour de la Tribune Concorde hors du stade, ainsi qu’une attention accrue portée aux espaces de récupération et d’intimité pour les joueurs.
Le tournoi est désormais pensé comme une séquence plus large que les seules deux semaines du tableau principal. Il cherche à attirer davantage de spectateurs dès les qualifications et à proposer une offre plus diversifiée, sur le site comme en dehors du stade.
Le poids des arbitrages
Le poste de directrice de Roland-Garros expose Amélie Mauresmo à des controverses depuis ses débuts, notamment sur la programmation des night sessions pendant l’édition 2022. Le quart de finale entre Rafael Nadal et Novak Djokovic, programmé en soirée, avait relancé le débat sur l’absence de matches féminins en session de nuit.
Interrogée à l’époque, elle avait justifié ces choix en invoquant la durée potentielle des rencontres et les contraintes liées à la diffusion, tout en contestant toute volonté de dévaloriser le tennis féminin. Cette séquence avait rappelé la réalité de sa fonction : elle ne représente pas seulement le tournoi, elle doit aussi porter publiquement des décisions contestées.
En 2026, elle apparaît plus installée dans cette position de décideuse. Elle assume publiquement une ligne de conduite qui consiste à faire évoluer le tournoi sans en changer la nature, y compris lorsqu’il s’agit d’écarter certains formats trop éloignés du tennis traditionnel.
La transition est nette : Mauresmo ne commente plus Roland-Garros, elle en administre la mécanique.
Un palmarès de référence
Cette autorité institutionnelle repose aussi sur un palmarès qui reste l’un des plus marquants du tennis français féminin de l’ère Open. Amélie Mauresmo a remporté 25 titres WTA en simple et 3 en double au cours de sa carrière professionnelle.
Elle devient numéro 1 mondiale pour la première fois en 2004 et cumule 39 semaines au sommet du classement. Elle remporte ses deux titres du Grand Chelem en 2006, à l’Open d’Australie puis à Wimbledon, après avoir longtemps été décrite comme une joueuse brillante mais inconstante dans les grands rendez-vous.
Son premier grand choc médiatique remonte à janvier 1999, lorsqu’elle atteint la finale de l’Open d’Australie à Melbourne. Cette percée sportive coïncide avec sa prise de parole publique sur son homosexualité, dans un univers tennistique encore peu habitué à ce type d’exposition.
Son palmarès comprend aussi le Masters de fin d’année remporté en 2005, une médaille d’argent aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004 et une victoire en Fed Cup avec la France en 2003. Au total, elle a disputé 774 matches en simple sur le circuit WTA, pour 545 victoires et 227 défaites.
La rupture de 2009
Amélie Mauresmo annonce sa retraite sportive en décembre 2009, à 30 ans, alors qu’elle reste encore compétitive sur le circuit. Elle explique alors qu’elle n’a « plus envie » de poursuivre les efforts exigés par le très haut niveau.
Cette retraite précoce tranche avec les sorties de carrière plus progressives ou dictées par une blessure majeure. Avec le recul, cette décision apparaît comme l’expression d’une usure mentale assumée publiquement, bien avant que ce thème ne prenne une place centrale dans les débats sur la condition des sportifs de haut niveau.
Le contraste reste fort entre la joueuse victorieuse en Grand Chelem en 2006 et la femme de 2009 qui décide d’arrêter sans prolonger artificiellement sa carrière. Ce moment reste essentiel pour comprendre la façon dont elle choisit ensuite ses engagements.
Une reconversion par étapes
Après sa retraite, Mauresmo entre dans les médias comme consultante, notamment à la télévision pendant Roland-Garros puis sur d’autres grands tournois. Cette première phase lui permet de rester au contact du circuit tout en prenant de la distance avec la compétition elle-même.
Elle découvre ensuite la gestion d’événement en prenant la direction de l’Open GDF Suez, tournoi WTA organisé à Paris. En parallèle, elle devient capitaine de l’équipe de France de Fed Cup à partir de 2012.
La séquence la plus commentée de cette reconversion reste sa collaboration avec Andy Murray, qui la choisit comme entraîneure en 2014. Cette association, rare à ce niveau sur le circuit masculin, la replace au centre du tennis mondial dans un rôle inédit pour une femme auprès d’un joueur du tout premier plan.
Lorsqu’elle est nommée à Roland-Garros fin 2021, elle n’arrive donc pas sans expérience. Ancienne joueuse, consultante, organisatrice, capitaine et coach, elle a déjà occupé plusieurs positions dans le tennis de haut niveau.
Une parole plus rare
Les interventions publiques d’Amélie Mauresmo sont aujourd’hui plus espacées qu’au début de sa reconversion. Elle continue d’accorder des entretiens ou de participer à des formats longs, mais moins dans une logique de présence continue que dans celle de prises de parole liées à ses responsabilités ou à son parcours.
Dans plusieurs échanges récents, elle revient sur la nécessité de suivre son instinct, expression qui relie plusieurs étapes de sa vie : son coming out, sa retraite sportive, ses choix professionnels et sa manière de hiérarchiser désormais travail, famille et exposition médiatique.
Sa vie publique est donc plus maîtrisée qu’autrefois. Le centre de gravité n’est plus la performance, mais la responsabilité.
Une trajectoire qui change de décor
En 2026, Mauresmo n’est plus la joueuse qui traversait Melbourne en 1999 ou le Centre Court en 2006, mais la responsable d’un tournoi qui cherche à élargir son public, à augmenter sa dotation et à installer son modèle sur la durée.
Le décor a changé, mais la continuité demeure dans la méthode : une attention concrète aux détails, un goût pour les postes à responsabilité et une volonté de choisir elle-même la forme de ses engagements publics.
À Roland-Garros, cette continuité prend la forme d’un bureau, d’une conférence de presse et d’une série d’arbitrages. Dans l’histoire du tennis français, elle prolonge celle d’une championne devenue dirigeante sans rompre avec ce qui a longtemps défini sa trajectoire : avancer à sa manière, et à son rythme.