Le Real Madrid abîme Mbappé avant le Mondial 2026

26/02/2026

Mbappé, le Real Madrid et un pari risqué avant le Mondial. Retour précipité, charge maximale, lésion non résolue : la gestion madrilène de la blessure de Mbappé soulève des questions sérieuses à l’approche de la Coupe du monde 2026.

Kylian Mbappé aborde les quatre derniers mois avant la Coupe du monde 2026 dans une situation médicale préoccupante. Meilleur buteur du Real Madrid avec 38 réalisations toutes compétitions confondues, le capitaine des Bleus traîne depuis fin décembre une lésion au genou gauche qui ne cicatrise pas. Entre les exigences d’un club engagé sur trois fronts et les ambitions d’une fédération française qui veut sa star au sommet de sa forme le 11 juin, l’intérêt supérieur du joueur semble peser moins lourd que les calendriers sportifs et les agendas marketing.

Une lésion ligamentaire structurelle, pas un simple coup

L’annonce initiale du Real Madrid, fin décembre 2025, était formulée en termes volontairement neutres : « entorse du genou gauche », sans durée d’indisponibilité précisée. Les examens ont depuis révélé une réalité plus sérieuse. Selon plusieurs sources médicales espagnoles, une IRM a mis en évidence une atteinte du ligament latéral externe, une zone particulièrement sollicitée chez un attaquant au profil explosif. Ce type de lésion structurelle impose normalement plusieurs semaines de repos complet pour permettre une cicatrisation correcte du tissu ligamentaire. Ce repos n’a pas eu lieu.

Retour précipité, volume de matchs maximal

Mbappé a réintégré le groupe madrilène dès la mi-janvier 2026, avant l’expiration du délai médical recommandé. Le club, engagé dans une course au titre en Liga face au FC Barcelone et simultanément en phase à élimination directe de la Ligue des champions, a fait de lui une pièce centrale de son dispositif. À la mi-février, il affichait déjà 31 à 32 matchs disputés pour la saison, un volume qui le place parmi les joueurs les plus utilisés de l’effectif, malgré une période d’indisponibilité en début d’année.

Plusieurs séances d’entraînement ont été interrompues en raison de douleurs persistantes, la dernière le 24 février. Les examens réalisés ce jour-là ont confirmé, selon des sources citées par l’AFP, que « la blessure n’était pas encore soignée ». Le forfait annoncé le lendemain pour le barrage retour de Ligue des champions contre Benfica — après que l’entraîneur Álvaro Arbeloa avait encore évoqué sa disponibilité quelques jours plus tôt — a officialisé ce que les faits dessinaient depuis plusieurs semaines : le genou n’a jamais retrouvé son intégrité.

Le Real Madrid et la FFF : deux logiques, un seul joueur

Derrière la gestion médicale se joue un conflit institutionnel feutré. Le Real Madrid a laissé entendre que Mbappé pourrait « souffler lors de la prochaine trêve internationale » de mars, signifiant clairement que les intérêts du club passent avant ceux de la sélection. La Fédération française de football n’a pas accepté ce calcul : elle compte aligner son capitaine lors d’une tournée aux États-Unis organisée en partenariat avec Nike, opération à forte valeur d’exposition pour la marque comme pour la sélection à moins de trois mois du Mondial.

Ce bras de fer silencieux révèle une faille de gouvernance. Aucune des deux parties ne semble disposée à renoncer à son utilisation du joueur. Le Real invoque un suivi médical permanent et des décisions prises au cas par cas. La FFF argue du statut et des obligations du capitaine des Bleus. Entre ces deux positions, la question de la cicatrisation ligamentaire reste secondaire.

Un calendrier qui ne laisse aucune marge d’erreur

Le contexte aggrave l’équation. Le printemps 2026 concentre pour le Real Madrid des rencontres à enjeu maximal : la fin de la Liga, la phase finale de la Ligue des champions, et selon le parcours, la Coupe du Roi. Pour Mbappé, cela signifie un match de haute intensité presque chaque semaine jusqu’en mai. La Coupe du monde ouvre ses portes le 11 juin aux États-Unis, au Canada et au Mexique, pour se conclure par une finale le 19 juillet — sept semaines de compétition avec un nombre de matchs par équipe supérieur aux éditions précédentes en raison du passage à 48 nations.

Dans ce calendrier serré, une rechute en mars ou en avril ne serait pas un incident gérable. Elle placerait directement la participation de Mbappé au Mondial sous condition médicale, avec des délais de récupération insuffisants pour retrouver un niveau compétitif optimal.

L’opération : le scénario que personne ne nomme clairement

Plusieurs spécialistes cités par TF1 Info ont évoqué un risque de « grave blessure en cas de surmenage » sur une articulation non cicatrisée. Depuis le forfait contre Benfica, la presse espagnole et française n’exclut plus l’hypothèse d’une intervention chirurgicale si les douleurs persistent — une option qui permettrait de traiter définitivement la lésion, mais qui, selon le calendrier retenu, pourrait compromettre la préparation physique du joueur avant le Mondial, voire sa participation. Aucune décision n’a été officiellement annoncée. Le silence du Real sur ce scénario est en lui-même un signal.

Un calcul de plus en plus périlleux

Les éléments documentés dessinent un tableau cohérent : reprise avant guérison complète, utilisation intensive sur un genou fragilisé, forfait de dernière minute révélant une lésion toujours active, pression conjointe du club et de la fédération. Le Real Madrid peut arguer que sa gestion reste dans les marges acceptables d’un football moderne exigeant. Cet argument tient tant qu’aucune rechute majeure ne se produit. Il devient intenable si le ligament cède sous la charge accumulée.

La question qui se pose désormais n’est plus médicale mais stratégique : qui, parmi le club, la fédération et le joueur lui-même, est prêt à renoncer à quelque chose avant le 11 juin ? Mbappé est attendu comme l’une des figures centrales d’un Mondial organisé en partie sur le sol américain où son image a une valeur considérable. Chaque match joué à 70 % de ses capacités rapproche ce scénario d’un point de rupture dont personne, pour l’instant, ne semble vouloir mesurer le coût réel.

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Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.

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