Manchester United a payé 62,5 M£ pour Matheus Cunha et un salaire à huit chiffres. De la Suisse à la Premier League, voici comment l’attaquant a changé de catégorie.
Le maillot pèse parfois autant que le prix du transfert. Derrière le numéro 10 confié à un attaquant brésilien encore discuté, il y a une ascension commencée loin des grands clubs de son pays. En quelques saisons, ses revenus ont changé d’échelle au rythme de ses transferts. Reste une question simple : que paie exactement Manchester United en le signant aussi cher ?
À Old Trafford, le prix du pari
L’air est lourd à Old Trafford, lors d’un match de la saison 2025‑2026, quand Matheus Cunha décroche au milieu, réclame le ballon et joue déjà avec la charge d’un numéro 10 attendu par tout un stade. Ce numéro ne lui a pas été attribué au hasard : Manchester United a officialisé sa venue en juin 2025 après avoir activé sa clause libératoire de 62,5 millions de livres, soit environ 74 millions d’euros. Le contrat signé court jusqu’en 2030, avec une année supplémentaire en option. Le club sortait d’une saison terminée à la 15e place de Premier League, sans qualification européenne, et venait de confier sa reconstruction à Ruben Amorim ; Cunha a été présenté comme la première recrue offensive majeure de cette nouvelle séquence.
Sur le plan économique, son changement de dimension est net. Son salaire est aujourd’hui estimé autour de 10,8 à 10,85 millions d’euros bruts par an, soit environ 900 000 euros mensuels, ce qui le place dans le haut de la grille mancunienne. Pour mesurer ce que cela représente, il faut remonter à son premier contrat professionnel en Europe.
João Pessoa, le futsal, puis la Suisse
Matheus Santos Carneiro da Cunha est né en 1999 à João Pessoa, dans l’État de Paraíba, au nord-est du Brésil. Dans sa jeunesse, il s’est fait remarquer en futsal, notamment au sein du club Cabo Branco, avant de rejoindre les équipes de jeunes de Coritiba dans le sud du pays. Il n’a pas eu le temps de se faire un nom en Série A : après un passage très discret chez les U19, il a choisi de partir en Europe.
En 2018, à 18 ans, il signe au FC Sion, en Suisse, pour son premier contrat professionnel. Ses revenus y sont évalués à environ 2 200 euros par semaine, soit un peu plus de 110 000 euros bruts par an. À l’échelle du football européen, la somme reste modeste ; pour un jeune joueur venu du Nordeste, elle marque un premier basculement social, avec la possibilité de soutenir financièrement sa famille et de commencer à épargner.
Le passage en Suisse est bref mais décisif. Cunha dispute une trentaine de matches de championnat, inscrit une dizaine de buts toutes compétitions confondues et attire rapidement le RB Leipzig, qui le recrute dès l’été 2018. C’est le premier palier de sa carrière : quitter le Brésil, sécuriser un revenu régulier, puis entrer dans un championnat majeur.
Allemagne et Espagne, la montée par étapes
Le RB Leipzig lui offre une première place dans le grand football européen. Son salaire hebdomadaire y est évalué autour de 29 000 euros à son arrivée, soit environ 1,5 million d’euros bruts par an, avant une revalorisation qui le rapproche des 3 millions d’euros annuels la saison suivante. Sportivement, il alterne titularisations et rôle de rotation, avec des apparitions en Bundesliga et en Ligue des champions. Son temps de jeu limité ne l’empêche pas de se faire une place dans un effectif très concurrentiel.
À Berlin, le Hertha lui donne davantage d’espace. Son salaire monte alors dans une fourchette d’environ 3 millions d’euros bruts annuels. Sur la saison 2020‑2021, il inscrit une douzaine de buts toutes compétitions confondues, ce qui relance sa cote sur le marché. Cette période constitue sa première expérience de titulaire régulier dans un club de milieu de tableau de Bundesliga.
L’Atlético de Madrid prend le relais en 2021. Cunha y perçoit un salaire qui tourne autour de 3,9 millions d’euros bruts par an, avec un rôle utile mais pas central dans l’effectif de Diego Simeone. Il dispute une quarantaine de matches sur la saison 2021‑2022 et signe 6 buts et 6 passes décisives, confirmant un profil d’attaquant mobile, actif, polyvalent, mais pas encore un joueur à statistiques massives. Entre Leipzig, le Hertha et l’Atlético, il change de décor, gagne en visibilité et augmente régulièrement ses revenus, sans devenir pour autant une vedette mondiale.
Wolverhampton, le vrai tournant
Le changement le plus net arrive en Angleterre. Wolverhampton obtient d’abord son prêt à l’hiver 2023, puis son transfert définitif à l’été suivant pour un montant proche de 50 millions d’euros. Cunha y trouve enfin une position centrale dans le jeu d’une équipe de Premier League. Les données salariales disponibles varient selon les sources, mais elles convergent sur une forte hausse : un premier contrat autour de 60 000 livres par semaine, puis une revalorisation estimée à 180 000 livres hebdomadaires pour la saison 2024‑2025. D’autres bases donnent des montants légèrement différents en euros, autour de 90 000 euros par semaine, ce qui traduit des écarts de conversion et de période.
Sur le terrain, la tendance est claire. Cunha atteint 15 buts en Premier League en 2024‑2025 et devient l’un des attaquants les plus productifs des clubs de la seconde moitié de tableau. C’est à Wolverhampton que performances sportives, valeur de transfert et niveau de salaire commencent vraiment à se rejoindre. Le club vend ensuite l’attaquant à Manchester United pour 62,5 millions de livres, soit la plus grosse vente de son histoire.
Manchester United, un autre niveau de pression
Le transfert à Manchester United change l’échelle du dossier. Cunha n’arrive plus comme un espoir, ni comme un pari de club intermédiaire, mais comme un investissement lourd pour une institution en reconstruction. Le montant de la clause, la durée du contrat et le numéro 10 placent aussitôt l’attaquant dans une zone d’exposition maximale. La saison 2025‑2026 le voit inscrire une dizaine de buts et délivrer deux passes décisives en une trentaine de matches toutes compétitions confondues, des chiffres honorables sans le faire entrer dans la catégorie des très grands buteurs européens.
Son profil reste celui d’un attaquant de mouvement, capable de décrocher, de presser et de participer au jeu, davantage que celui d’un avant-centre fixe. Ce rôle prolonge l’utilisation déjà observée à Wolverhampton, avec un volume de courses et d’efforts souvent mis en avant. Il doit toutefois composer avec un historique de blessures musculaires, ischio-jambiers, mollet, qui ont déjà interrompu son temps de jeu en Espagne et en Angleterre. Pour un club qui l’a signé jusqu’en 2030 à plus de 10 millions d’euros bruts annuels, la question de la disponibilité pèse presque autant que celle du talent.
La Seleção et l’image publique
Cunha ne joue pas seulement sa carrière à Manchester. En sélection brésilienne, il a été appelé pour les qualifications au Mondial 2026. En mars 2025, avant un match contre l’Argentine, il explique que le Brésil reste « au même niveau » que son rival et rappelle n’avoir jamais perdu contre l’Albiceleste dans les catégories de jeunes. Ces propos, relayés au Brésil, s’ajoutent à une image de joueur sûr de lui, marqué par la rivalité sud-américaine et attaché au prestige de la Seleção.
Au pays, son parcours reste atypique. Il a construit toute sa carrière professionnelle en Europe, sans passer par un grand club brésilien, ce qui le tient à l’écart de la médiatisation nationale qui accompagne d’autres internationaux. Les portraits disponibles le présentent comme un joueur marié, père de deux enfants, avec une vie familiale visible sur ses réseaux sociaux et une trajectoire racontée à travers le prisme du futsal et de l’exil précoce. Il n’est pas associé, à ce stade, à de grands contrats publicitaires largement documentés, ni à un personnage public aussi massif que certains de ses compatriotes.
Ce que l’on sait vraiment de ses revenus
Les salaires de club sont la partie la mieux connue de ses revenus. En retenant les bases spécialisées, la trajectoire va d’environ 114 000 euros par an à Sion à environ 10,8 millions d’euros bruts par an à Manchester United. Entre les deux, il y a les paliers de Leipzig, du Hertha, de l’Atlético puis de Wolverhampton, avec une hausse quasi continue. En cumulant ces montants bruts sur plusieurs saisons, certaines estimations chiffrent déjà ses revenus de carrière à plus de 25 millions d’euros avant même son transfert à United.
En revanche, les autres composantes de ses revenus sont moins transparentes. Les primes individuelles, buts, titularisations, et collectives, maintien, classement, qualification européenne, ne sont pas publiques dans le détail, même si elles sont désormais standard pour un attaquant de Premier League. Les contrats publicitaires connus semblent d’une ampleur limitée à l’échelle du très haut niveau mondial. Quant aux estimations de « valeur nette », souvent comprises entre quelques millions et une vingtaine de millions d’euros ou de dollars selon les sources, elles reposent sur des calculs approximatifs mêlant salaires, primes et transferts, sans tenir compte de la fiscalité ni du coût de la vie.
Une ascension très lisible
En s’en tenant aux faits les plus solides, la trajectoire est lisible. Matheus Cunha est parti très tôt du Brésil, a commencé en Suisse, a monté les échelons en Allemagne puis en Espagne, a franchi un cap sportif et économique à Wolverhampton et a signé son plus gros contrat à Manchester United. Ce mouvement n’a rien d’une explosion soudaine : il ressemble à une montée par paliers, où chaque transfert a apporté plus de responsabilités, plus de visibilité et plus d’argent. Le contraste entre son parcours discret au pays et les montants atteints aujourd’hui à Old Trafford donne sa tonalité à cette histoire : celle d’un numéro 10 qui joue, match après match, à la hauteur d’un pari payé très cher.