Jannik Sinner a renoncé à l’US Open. Carlos Alcaraz n’a plus disputé le moindre match officiel depuis le mois d’avril, et Novak Djokovic vient d’être sorti au deuxième tour de son tournoi de reprise. Les trois hommes qui se partagent les Grands Chelems depuis trois ans arrivent à New York absents ou hors de forme. Devant Arthur Fils, sept matches à gagner et plus grand monde pour l’en empêcher.
Arthur Fils a battu l’Américain Frances Tiafoe 6-3, 1-6, 6-0 en finale du Masters 1000 de Cincinnati, dimanche 23 août, la catégorie de tournois qui vient immédiatement après les quatre Grands Chelems. Le joueur de 22 ans a décollé pour New York le soir même, obligations médiatiques expédiées à Mason.
Aucun Français n’avait gagné un tournoi de ce niveau depuis Jo-Wilfried Tsonga, à Toronto, en 2014. Fils devient le plus jeune Tricolore à en remporter un, et sa finale contre Tiafoe a été la première de l’histoire du circuit ATP à opposer deux joueurs noirs.
Le titre l’a fait passer de la 21e à la 11e place mondiale, meilleur classement de sa carrière. Il arrive à Flushing Meadows en joueur le plus en forme du circuit.
Trois favoris hors d’état de le battre
Depuis trois saisons, le vainqueur de Cincinnati a enchaîné avec le titre à Flushing Meadows. Les trois noms concernés sont ceux de Novak Djokovic, Jannik Sinner et Carlos Alcaraz. Aucun des trois n’arrive à New York en état de recommencer.
Sinner, numéro un mondial, a officialisé son forfait le 21 août. Le genou droit du joueur italien le handicape malgré une reprise de l’entraînement à Monte-Carlo. « Même si j’ai travaillé dur avec mon équipe et mon staff médical, nous avons dû prendre la décision difficile que je ne pourrai pas participer à l’US Open cette année », a-t-il écrit.
Alcaraz a confirmé sa participation la veille, le 20 août. L’Espagnol n’a plus joué de match officiel depuis le mois d’avril et une ténosynovite au poignet droit contractée à Barcelone, une inflammation de la gaine qui entoure le tendon. Plus de quatre mois d’arrêt, aucun tournoi de préparation sur la tournée américaine, aucun repère de match avant d’entrer sur le court.
Djokovic a repris à Cincinnati après sa demi-finale perdue à Wimbledon. Le Serbe a été battu au deuxième tour par l’Argentin Thiago Agustín Tirante, 2-6, 6-4, 6-4, au terme d’un match disputé sous une chaleur écrasante à Mason, pendant lequel il a physiquement lâché.
Derrière eux, Alexander Zverev a repris la deuxième place mondiale à Alcaraz, désormais troisième, et Félix Auger-Aliassime complète le trio de tête. Alex De Minaur et Daniil Medvedev sortent l’un et l’autre d’une tournée nord-américaine manquée. Fils a battu l’Italien Flavio Cobolli, sixième mondial, sur sa route vers le titre dimanche.
Ben Shelton et Arthur Fils ont remporté les deux derniers Masters 1000 de la saison. L’Américain de 23 ans visera le même espace vacant, chez lui, devant son public.
À l’approche du tournoi
Jannik Sinner (n°1 mondial) : forfait, genou droit
Carlos Alcaraz (n°3) : retour après quatre mois sans match officiel
Novak Djokovic : éliminé au deuxième tour à Cincinnati
Alexander Zverev : redevenu n°2 mondial, tournée américaine mitigée
Arthur Fils (n°10 de série) : vainqueur de Cincinnati, meilleur classement en carrière
Un tableau qui le protège jusqu’aux huitièmes
Fils devrait hériter à New York du statut de tête de série n°10, l’absence de Sinner ayant libéré un rang. Ce classement à l’intérieur du tournoi détermine la place de chacun dans le tableau et évite aux mieux classés de se rencontrer d’entrée. Immédiatement derrière lui, Frances Tiafoe pointe en n°11 et l’Espagnol Rafael Jodar en n°12. Les organisateurs ajusteront encore cette grille en cas de forfait de dernière minute.
Sur 128 joueurs et 32 têtes de série, un n°10 ne rencontre aucun joueur classé avant le troisième tour. Il croise un membre des huit meilleurs mondiaux en huitièmes de finale, puis l’un des quatre premiers en quarts. Trois tours pour entrer dans le tournoi sans affronter le haut du classement, à un moment où la moitié de ce haut de classement soigne une blessure ou cherche ses marques.
Aucun tirage ne lui a offert cela depuis deux ans.
Huit victoires en huit matches face aux Américains
Fils compte 8 victoires en 8 matches face à des adversaires américains depuis 2025. À New York, il en croisera nécessairement plusieurs, portés par les quelque 24 000 spectateurs de l’Arthur-Ashe Stadium, la plus grande enceinte de tennis du monde. Shelton, Tiafoe et une dizaine d’autres figurent dans le tableau.
Il n’a par ailleurs perdu aucun match allé jusqu’à la manche décisive en 2026, y compris dimanche après avoir été balayé 6-1 dans le deuxième set par Tiafoe. Quarante minutes plus tard, il empochait le troisième 6-0.
Sa deuxième partie de saison affiche cinq quarts de finale de Masters 1000, trois franchis, des demi-finales à Miami et à Madrid, un titre à Cincinnati. Fils occupe la cinquième place de la course aux Finales ATP, le classement annuel qui qualifie les huit meilleurs joueurs de la saison pour le tournoi de Turin, en novembre. Quatre joueurs seulement ont fait mieux que lui depuis janvier.
Ce qu’il lui reste à prouver sur cinq sets
Fils n’a gagné qu’un seul match en Grand Chelem depuis le début de l’année. Il n’a plus passé la première semaine d’un Majeur depuis son huitième de finale à Wimbledon, en 2024, et n’a jamais aligné plus de trois victoires consécutives dans ce type de tournoi.
Le format explique l’essentiel de l’écart avec ses résultats du circuit ordinaire. Un Masters 1000 se joue au meilleur des trois manches sur sept jours. Un Grand Chelem impose trois manches gagnantes sur quinze, des matches qui dépassent parfois les quatre heures, et l’obligation de gagner certains jours sans son meilleur tennis. Ses 8 victoires face aux Américains et sa série dans les manches décisives se sont construites sur des matches courts.
Sept victoires en trois manches gagnantes constituent le seul exercice qu’il n’a jamais réussi.
Dix matches derrière lui, sept devant
Fils a atteint les quarts de finale à Montréal face à Rafael Jodar avant de gagner l’Ohio. Dix matches à haute intensité en quinze jours, sur l’une des séquences les plus dures du calendrier, sans qu’aucun l’ait vu s’écrouler physiquement.
Quand on le lui rappelle, dimanche soir, il souffle. « Bon, j’ai une semaine d’entraînement pour passer à autre chose, pour me reconcentrer », a-t-il indiqué.
Il ne s’accordera qu’une journée de repos. « Je sais que lundi, je suis off. Mais dès mardi, et pour toute la semaine, je vais taper », a-t-il déclaré. « De toute façon, je n’ai pas le choix pour pouvoir m’adapter aux conditions. C’est la réalité du circuit, on enchaîne toutes les semaines. »
L’horaire du vol a repoussé la célébration de vingt-quatre heures, et elle se limitera à un repas. « Pas ici, non. Mais je pense que demain, on va se faire un bon restaurant à New York », a-t-il ajouté.
Mardi, il tapera avec Carlos Alcaraz, qu’il peut retrouver en huitième de finale s’il tombe dans sa moitié de tableau. L’Espagnol y verra son premier échange sérieux depuis quatre mois.
Le dos qui a tout changé
En août 2025, après un retour avorté à Washington, la suite de sa carrière posait question. Une fracture de fatigue au dos contractée à Toronto, une microfissure osseuse provoquée par la répétition des efforts, l’avait tenu éloigné des courts plus de 240 jours.
Il en tire aujourd’hui un bilan qu’il livre sans détour. « J’ai compris pas mal de choses grâce à cette blessure. C’est sûr que ça a fait mal, beaucoup même. Mais tous mes proches m’ont encouragé pour revenir plus fort, avec une manière différente d’envisager les matches, à plus réfléchir, à essayer de faire plus de bons choix, à faire des sacrifices. À ne plus jouer comme un enfant, en fait. Et maintenant, tout ce travail porte ses fruits », a-t-il déclaré.
Il ne récuse pas le mot maturité. Douze mois après le diagnostic de Toronto, son dos a encaissé dix matches en quinze jours sur deux Masters 1000 consécutifs, jusqu’à une finale en trois manches sous la chaleur de Mason. Le joueur qui perdait le fil de ses matches à 20 ans a gagné dimanche après avoir concédé six jeux de rang.
La case vide de son palmarès
Fils a déjà gagné en ATP 250 et en ATP 500, les deux échelons situés sous les Masters 1000, et il vient de cocher la case supérieure. « J’ai toujours dit à mon équipe que j’aimerais gagner dans toutes les catégories de tournoi », a-t-il expliqué dimanche. Il en reste une.
« Je veux gagner de grands tournois face à de grands joueurs », a-t-il déclaré. Sinner ne sera pas là, Djokovic sort d’une défaite au deuxième tour et Alcaraz n’a pas joué depuis avril.
Ses mots de vainqueur, dimanche soir à Mason, portaient sur la suite du travail. « Je vais bosser encore plus pour essayer d’aller chercher d’encore plus gros titres. Je sais que ça ne va pas être facile, mais ce titre n’est pas une fin en soi, même si c’est sympa. »