Combien gagne Christian Pulisic ?

28/06/2026

De Hershey à Los Angeles, de Dortmund à Milan, Christian Pulisic a bâti en dix ans une fortune et un statut uniques dans l’histoire du football américain.

Le 13 juin 2026, à Los Angeles, il a participé aux deux premiers buts de la sélection américaine contre le Paraguay, puis quitté le terrain à la mi-temps sur blessure, sous les yeux de 70 000 spectateurs et de millions de téléspectateurs. Un homme sort blessé, et une nation retient son souffle. C’est le niveau auquel Christian Pulisic évolue désormais : celui où un coup reçu dans le mollet devient une affaire nationale.

La 45e minute. Le stade SoFi de Los Angeles, vendredi 13 juin 2026. Les États-Unis mènent 2-0 face au Paraguay dans leur match d’ouverture de Coupe du monde. Christian Pulisic, 27 ans, capitaine de la sélection américaine, se dirige vers le banc de touche sans regarder derrière lui. Ce n’est pas une décision tactique. Deux jours avant le match, il avait déjà reçu un coup au mollet gauche à l’entraînement ; pendant la mi-temps, la zone a commencé à se contracter. Ses coéquipiers terminent le match sans lui et l’emportent 4-1. Il est encore debout à l’issue du match et déclare : « J’ai juste pris un coup. J’espère vraiment que ce n’est rien. Je pense que je serai bien dans les prochains jours. »

Ses propres mots résument dix ans de carrière : un homme habitué à souffrir, habitué à revenir.

Le record, puis la sortie

Avant de quitter le terrain, Pulisic avait dribblé deux défenseurs pour provoquer le premier but américain à la 7e minute, un but contre son camp de Damián Bobadilla, puis délivré une passe décisive pour Folarin Balogun à la 31e. En cinq apparitions en Coupe du monde sur l’ensemble de sa carrière, il totalise désormais 3 passes décisives. Parmi tous les joueurs de la sélection américaine depuis 1966, seul Landon Donovan a été impliqué dans plus de buts en Coupe du monde.

Le mercredi 17 juin, soit quatre jours après le match, Pulisic s’entraînait encore à l’écart du groupe mais testait son mollet sur le terrain d’entraînement. Tyler Adams avait assuré qu’il serait prêt. Le 19 juin, à Seattle, Pulisic est effectivement titulaire face à l’Australie et délivre une passe décisive lors de la victoire américaine 4-1.

Cette Coupe du monde est organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, la première à se tenir sur le sol américain depuis 1994. Pulisic en est l’un des visages les plus exposés, sur le terrain comme en dehors. Ses revenus publicitaires estimés sur les douze derniers mois dépassent 20 millions de dollars, un niveau inédit pour un joueur américain à ce stade de la compétition.

Hershey, Oxford, puis Dortmund

Pour comprendre ce que Pulisic représente, il faut repartir de Hershey, en Pennsylvanie. Une ville de moins de 15 000 habitants, connue pour ses chocolateries. Pas de tradition footballistique majeure, pas d’académie de club professionnel à proximité.

Son père, Mark Pulisic, a joué neuf saisons en football en salle semi-professionnel. Sa mère, Kelley, enseignait. En 2006, elle obtient une bourse Fulbright et s’installe avec sa famille dans un village près d’Oxford, en Angleterre. Christian a alors 7 ans. Il s’inscrit dans les équipes de jeunes du Brackley Town FC, un club semi-professionnel du Northamptonshire. C’est là qu’il découvre un environnement où le football occupe toute la semaine, toute l’année.

De retour aux États-Unis, la famille passe par la banlieue de Detroit avant de revenir à Hershey. Il intègre la PA Classics Soccer Academy et s’entraîne avec les Harrisburg City Islanders, en troisième division américaine. Il n’a pas grandi dans la filière classique des grands clubs européens. À 16 ans, il décroche un essai au Borussia Dortmund, qui l’intègre directement dans ses équipes de jeunes. Il parle déjà l’allemand à son arrivée.

En 2016-17, à 17 ans, il inscrit 3 buts et délivre 7 passes décisives en Bundesliga. Son salaire à Dortmund cette saison-là tourne autour de 23 500 livres sterling par semaine, soit environ 1,2 million de livres à l’année. À cet instant, il est encore un talent prometteur. Pas encore une marque.

73 millions de dollars pour un Américain

Le 2 janvier 2019, Chelsea rachète son contrat pour 64 millions d’euros, soit 73 millions de dollars. Aucun joueur américain n’avait encore atteint ce montant. Le précédent record s’élevait à 22,5 millions de dollars.

Chelsea lui propose un contrat de six ans. Sa rémunération grimpe à environ 150 000 livres sterling par semaine, soit plus de 7 millions de livres à l’année. En douze mois, ses revenus sont multipliés par six. Il reste d’abord à Dortmund en prêt jusqu’à la fin de la saison, puis rejoint Londres à l’été 2019.

À Chelsea, les blessures s’enchaînent. Le temps de jeu aussi fluctue. En 2020-21, malgré ces difficultés, il remporte la Ligue des champions et devient le premier Américain à conquérir ce titre. Il joue 24 minutes en finale contre Manchester City, victoire 1-0. Chelsea remporte aussi la Supercoupe d’Europe en 2021 et le Mondial des clubs en 2022.

Ses statistiques sur l’ensemble de son passage à Chelsea, de 2019 à 2023, restent celles d’un titulaire intermittent : 145 matches, 26 buts, 19 passes décisives toutes compétitions confondues. Jamais l’homme des 73 millions à plein temps. Jamais non plus un joueur secondaire.

« J’ai pensé que j’étais trop solide pour avoir besoin d’aide »

En juillet 2021, Pulisic explique publiquement avoir consulté un thérapeute. Dans le football masculin de très haut niveau, la parole reste alors rare sur ce sujet.

Dans son livre, il raconte avoir « touché le fond » en février 2021. Il écrit qu’il se battait contre la dépression et qu’il a dû chercher une aide professionnelle. Clint Dempsey, ancien grand nom de la sélection américaine, lui prodigue alors plusieurs conseils.

En septembre 2023, il revient sur cette période avec une formule nette : « J’ai pensé que j’étais trop solide pour avoir besoin d’aide. Quand tout repose sur vous, ça peut vraiment peser très lourd. » La phrase marque parce qu’elle arrive après un titre en Ligue des champions, pas après un échec anonyme.

Cette séquence compte dans son parcours autant qu’un trophée. Elle donne un autre relief à ses années de blessures, de doutes et de retours.

La décote de Milan, pari à contre-courant

En 2022-23, sa dernière saison à Chelsea, Pulisic n’inscrit qu’un seul but en Premier League en 24 matches. Son contrat court jusqu’en 2024. En juillet 2023, il rejoint l’AC Milan pour 20,8 millions d’euros, moins d’un tiers de la somme déboursée par Chelsea quatre ans plus tôt.

Son salaire à Milan tourne autour de 4 millions d’euros par an, très en dessous de ce qu’il percevait à Londres. Il accepte donc une baisse de revenu fixe pour rejoindre un club qui lui promet davantage de temps de jeu et un rôle central.

Le résultat est immédiat. Lors de la saison 2023-24, il inscrit 15 buts en Serie A. Sa valeur marchande, estimée à 25 millions d’euros au moment de son arrivée, remonte ensuite autour de 50 millions. En janvier 2025, il remporte la Supercoppa Italiana avec Milan contre l’Inter : but à la 80e minute, passe décisive à la 90e+3.

Au printemps 2025, une prolongation de contrat jusqu’en 2029 est évoquée avec revalorisation salariale. Mais en 2026, les discussions sont gelées. À ce jour, son contrat court toujours jusqu’en juin 2027, avec une option d’un an pour le club.

20 millions de dollars de pub, un record américain

Le 11 juin 2026, les estimations de revenus publiées autour de la sélection américaine placent Pulisic tout en haut : 27,5 millions de dollars sur les douze derniers mois, avant impôts et frais d’agent. Environ 20 millions proviennent de ses seuls contrats publicitaires.

Ses partenariats incluent Puma, Volkswagen, Panini, McDonald’s, Pepsi et Michelob Ultra. À l’été 2022, Volkswagen l’avait déjà présenté comme le « LeBron James du soccer ». La formule disait tout : le football américain cherchait enfin son visage national.

Sa fortune personnelle est aujourd’hui estimée entre 30 millions et plus de 60 millions de dollars selon les méthodes de calcul retenues. En 2022, les estimations le situaient plutôt entre 10 et 14 millions. En quatre ans, l’écart est considérable.

À 27 ans, Christian Pulisic arrive au point rare où les courbes se rejoignent : la carrière, le marché, la notoriété, la sélection, la Coupe du monde à domicile. Le terrain l’a remis au centre. Le business a suivi.

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Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.

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