Lionel Messi vient de dépasser Miroslav Klose comme meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde. Retour sur les dix joueurs qui ont marqué un siècle de Mondial.
Le 23 juin, Lionel Messi a dépassé Miroslav Klose au classement des meilleurs buteurs de l’histoire de la Coupe du monde. Klose détenait ce record depuis 2014, avec 16 buts inscrits sur quatre éditions entre 2002 et 2014. Cette barre avait tenu douze ans.
Les dix noms qui structurent un siècle
Miroslav Klose reste crédité de 16 buts dans les tableaux stabilisés avant ce Mondial. Ronaldo, le Brésilien, R9, pas Cristiano, en compte 15, répartis sur les éditions 1994, 1998, 2002 et 2006. Gerd Müller, l’attaquant de la RFA des années 1970, s’arrête à 14. Just Fontaine, mort en 2023, en a inscrit 13, en un seul tournoi, ce qui en fait un cas à part sur lequel on reviendra. Pelé suit avec 12 buts sur quatre éditions entre 1958 et 1970.
Kylian Mbappé figure dans ce top 10, avec un total encore en mouvement pendant ce Mondial 2026 : son rang exact dépend des buts qu’il inscrira jusqu’à l’élimination de la France. Il est le principal poursuivant de Messi dans la course au record historique. Sándor Kocsis, attaquant hongrois auteur de 11 buts lors du Mondial 1954 en Suisse, partage ce total avec l’Allemand Jürgen Klinsmann. Helmut Rahn, lui aussi allemand, ferme ce classement avec 10 réalisations : c’est lui qui avait inscrit le but vainqueur en finale de cette même Coupe du monde 1954 face à la Hongrie de Kocsis, l’un des matchs les plus célèbres de l’histoire de la compétition.
Ce dixième rang est sujet à discussion. Gary Lineker, Gabriel Batistuta, Teófilo Cubillas, Grzegorz Lato et Thomas Müller atteignent également 10 buts dans les bases de données les plus larges. Selon la façon de traiter les ex aequo, certains de ces noms remplacent Rahn dans plusieurs présentations journalistiques.
Seize ans de constance allemande
Klose n’a jamais marqué lors d’une grande finale. Il n’a pas de but d’anthologie qui circule en boucle sur les réseaux. Son record s’est construit par accumulation méthodique sur quatre tournois, dans une équipe nationale quasi systématiquement présente en demi-finale ou en finale depuis 2002.
En 2002 au Japon et en Corée, il marque cinq buts. En 2006 en Allemagne, cinq nouveaux buts : il est meilleur buteur du tournoi. En 2010 en Afrique du Sud, quatre buts. En 2014 au Brésil, deux buts, dont le 16e lors du match contre le Ghana, qui efface le record de Ronaldo. Ce soir-là, Klose a 36 ans.
Il joue son dernier Mondial, et il passe devant tout le monde.
Cette longévité tient en partie à un contexte favorable : l’Allemagne qualifiée pour la finale en 2002, demi-finaliste en 2006 et en 2010, championne du monde en 2014. Plus de matchs, mécaniquement plus d’occasions. Mais Klose a maintenu son efficacité dans les matchs à élimination directe, face aux meilleures défenses du monde : ce que son total de 16 buts ne dit pas à lui seul.
Fontaine, seul dans sa catégorie
Treize buts en six matchs. Just Fontaine a réalisé ce total lors du seul Mondial auquel il a participé, en Suède en 1958, à 24 ans. Aucun joueur depuis n’a approché cette densité sur une édition unique.
Ses crampons habituels étaient endommagés avant la compétition. Il a joué une partie du tournoi avec des chaussures empruntées à un coéquipier. Anecdote vérifiée, souvent citée : elle dit quelque chose sur les conditions dans lesquelles se construisaient les statistiques d’époque.
En termes de buts par match, Fontaine dépasse tout le monde dans ce classement. Müller s’en approche, 14 buts en 13 matchs sur deux Coupes du monde, en 1970 et en 1974, mais reste en deçà. Quand on cherche à mesurer l’efficacité pure d’un attaquant, indépendamment du nombre de matchs joués, ces deux joueurs servent d’étalon.
Ce que le format change, et ce qu’il ne change pas
Le Mondial 2026 est le premier à réunir 48 équipes pour 104 matchs, contre 64 lors des trois dernières éditions. Les équipes favorites, France, Argentine, Brésil, disputent mécaniquement au moins un match de plus en phase de groupes qu’en 2022, ce qui élargit le nombre d’occasions de marquer pour leurs attaquants vedettes.
Comparer les 13 buts de Fontaine en 1958, inscrits en six matchs dans une compétition à 16 équipes, avec les totaux produits dans un Mondial à 104 matchs exige de le dire clairement. Les plateformes statistiques comme Opta ou Transfermarkt maintiennent des classements cumulés bruts, sans ajustement selon le format de la compétition : ils mesurent le volume, pas la densité.
Fontaine en 1958 jouait dans un tournoi où six matchs suffisaient à aller jusqu’au bout. En 2026, une équipe qui va en finale en dispute sept. Ce seul écart, à efficacité égale, produit mécaniquement des totaux plus élevés pour les attaquants contemporains.
Mbappé, 27 ans et déjà dans le monument
Kylian Mbappé a inscrit son premier but en Coupe du monde le 30 juin 2018 face au Pérou, à 19 ans : il était alors le deuxième joueur le plus jeune à marquer pour la France dans la compétition. En 2022, lors de la finale contre l’Argentine, il a inscrit un hat-trick en seconde période, trois buts en neuf minutes, sans parvenir à renverser le score.
En juin 2026, Le Monde le place parmi les premiers poursuivants de Messi dans le classement historique. Son total cumulé n’est pas arrêté : il dépend des matchs qu’il lui reste à disputer dans ce tournoi. À 27 ans, il est le seul joueur du top 10 encore en âge de disputer au moins deux autres éditions, 2030 et 2034, si sa carrière internationale se prolonge sans rupture majeure. Aucun autre attaquant de ce classement n’avait ce calendrier devant lui à cet âge, dans un format de compétition élargi à 104 matchs.
Chaque but inscrit d’ici la fin du Mondial 2026 le rapproche de Messi dans un classement qui, pour la première fois depuis douze ans, est redevenu un récit ouvert.