Que devient André Agassi ?

22/05/2026

Agassi disait détester le tennis. À 56 ans, il gagne au pickleball, lance une ligue mondiale et tourne une docusérie sur Apple TV. La retraite attendra.

Le 15 avril 2026, André Agassi a remporté pour la quatrième fois consécutive le Pickleball Slam, à 56 ans, pour un prize money d’un million de dollars. Il avait une docusérie Apple TV en production, une ligue professionnelle en cours de lancement à Las Vegas et un rôle de capitaine victorieux à la Laver Cup. Vingt ans après ses adieux en larmes à l’US Open, l’homme qui a répété toute sa vie qu’il détestait le tennis est devenu l’une des figures les plus actives du sport mondial. La retraite, chez Agassi, ressemble à une deuxième carrière.

Le dernier smash d’Hollywood

Hollywood, Floride. Le 15 avril 2026. Anna Leigh Waters, 18 ans, numéro un mondiale de pickleball, prend position au fond du court. En face : André Agassi, 56 ans, retraité du tennis depuis vingt ans. Le match dure quatre sets. Agassi et son partenaire James Blake remportent les trois derniers. Lieu : le Hard Rock Live au Seminole Hard Rock Hotel & Casino. Prize money : un million de dollars, diffusé sur ESPN.

C’est sa quatrième victoire consécutive au Pickleball Slam. Pas une invitation honorifique. Une victoire sur la meilleure joueuse en activité.

Il a déclaré que l’événement était « une célébration du pickleball ». La formule est modeste. Ce qui se joue à Hollywood en avril 2026, c’est autre chose : la preuve qu’Agassi n’est pas revenu sur le circuit pour des raisons nostalgiques. Il est revenu parce qu’il a construit quelque chose.

Las Vegas, deuxième round

En juin 2025, Agassi Sports Entertainment Corp. a racheté la marque « World Series of Pickleball » ainsi que l’ensemble de ses droits. Huit mois plus tard, en février 2026, Agassi a officialisé le lancement de la compétition en partenariat avec l’agence suisse TEAM Marketing AG. Siège : Las Vegas. Format : ouvert à tous les niveaux, avec celebrity events et prize money. Diffusion internationale.

Parallèlement, en juin 2025, il a participé au tour de table de financement de Ballers Social Club : 20 millions de dollars levés en série A, aux côtés de Kim Clijsters, Sloane Stephens et d’autres athlètes professionnels. Le concept : des complexes sportifs hybrides combinant padel, pickleball, squash, football sur gazon, simulateurs de golf, restauration et bien-être. Première ouverture à Philadelphie en juillet 2025, dans un espace de 55 000 pieds carrés. Boston, Miami et Los Angeles suivront.

Le Pickleball Slam n’est pas une parenthèse. C’est le produit d’appel d’un ensemble commercial que personne n’a vu venir.

Apple TV et le retour à Melbourne

Le 12 janvier 2026, Apple TV a annoncé une docusérie multi-épisodes sur la vie et la carrière d’André Agassi. Réalisateur : Chris Smith, cinéaste primé aux Emmy Awards, connu notamment pour Jim & Andy, Wham! et Devo, et producteur exécutif de Tiger King. Producteurs exécutifs aux côtés d’Agassi : Justin Gimelstob, ancien joueur du circuit et ami de longue date, et Stacy Smith.

Agassi avait laissé filtrer l’information la veille, en direct depuis le Tennis Channel Live Desk, en marge de l’Open d’Australie 2026. Le soir même, il était sur le Rod Laver Arena avec Roger Federer, Lleyton Hewitt et Pat Rafter pour une exhibition de légendes diffusée dans le monde entier.

La docusérie est le prolongement logique d’Open, son autobiographie publiée en 2009. Seize ans plus tard, il reprend le même matériau : sa vie, ses contradictions, sa trajectoire, mais à l’image et pour une audience mondiale qui, pour une part significative, ne l’a jamais vu jouer. La date de diffusion n’a pas été communiquée.

Capitaine pour la première fois depuis Djokovic

En mai 2024, les organisateurs de la Laver Cup ont nommé Agassi capitaine de l’équipe Monde en remplacement de John McEnroe, à partir de l’édition 2025. C’est son premier engagement officiel dans le tennis institutionnel depuis son passage sur le banc de Novak Djokovic, entre 2017 et mars 2018.

Résultat lors de sa première Laver Cup : le Team Monde bat le Team Europe 15-9, à San Francisco, en septembre 2025. L’équipe perdait pourtant 3-1 après la première journée, avant que Taylor Fritz ne renverse la situation le dimanche en battant successivement Carlos Alcaraz et Alexander Zverev.

En février 2026, à Rio de Janeiro, Agassi a accordé une interview en marge du tournoi ATP. Le sujet : João Fonseca, 19 ans, prodige brésilien en difficulté sous le poids des attentes. « Il doit comprendre que les attentes des autres ne sont pas de sa responsabilité », a déclaré Agassi. « S’améliorer chaque jour, en revanche, relève bien de la sienne. » Il a ajouté : « Il a la chance d’être jeune. »

Ce n’est pas le discours d’un entraîneur. C’est le discours d’un homme qui a lui-même été 141e mondial à 27 ans après avoir été numéro un.

1997 : l’hiver au 141e rang

À l’automne 1997, Agassi est 141e au classement mondial ATP. Deux ans plus tôt, il était numéro un. Le fait brut ne dit pas tout.

En juin 2025, sur le podcast Served with Andy Roddick, il a décrit cette période sans atténuation : « Je prenais du crystal meth. Je prenais l’une des drogues les plus addictives qui existent. J’essayais de me faire du mal parce que je détestais ma vie. Je la détestais parce que je ne savais pas qui j’étais. » Il a testé positif. Il a menti à l’ATP, invoquant une boisson contaminée à son insu. La fédération a classé le dossier sans suite.

Il a tout révélé dans Open en 2009. Ce qu’il dit à Roddick en juin 2025, c’est la même histoire : seize ans plus tard, à voix haute, entre deux anciens rivaux, dans un format de conversation qui n’a pas la distance du livre. « Parlons en termes réels, pour l’amour de Dieu », a-t-il dit.

Ce moment de 1997 n’est pas un accident dans une belle carrière. C’est le pivot autour duquel tout le reste s’organise.

Juin 1999 : il rentre à Paris, il repart numéro un

Le 6 juin 1999, André Agassi bat Andreï Medvedev en finale de Roland-Garros. Le score final : 1-6, 2-6, 6-4, 6-3, 6-4. Il avait perdu les deux premiers sets.

Deux ans après son passage par le 141e rang mondial, il remporte le seul Grand Chelem qui lui manquait. Il devient ainsi le premier joueur depuis Rod Laver en 1969 à avoir remporté les quatre tournois du Grand Chelem, et le seul de l’histoire à les avoir tous gagnés sur des surfaces différentes : gazon, dur, terre battue, dur intérieur. La même année, il remporte l’US Open et termine numéro un mondial.

Il avait failli ne pas venir à Paris. Un problème à l’épaule, des doutes. « En 1999, j’avais 29 ans. Deux ans plus tôt, j’étais tombé à la 140e place au classement mondial, puis j’étais remonté. Mais à cette époque j’avais encore du mal sur terre battue », a-t-il indiqué.

Le script de 1997 à 1999 : le fond, le mensonge, la remontée, le titre. Agassi le rejoue à une autre échelle depuis sa retraite. Ce n’est pas une métaphore. C’est un mode opératoire.

Un père boxeur, une machine à balles, Las Vegas

André Kirk Agassi naît le 29 avril 1970 à Las Vegas. Son père, Emmanuel Aghassian, dit Mike, a représenté l’Iran aux Jeux olympiques de boxe en 1948 et en 1952 avant d’immigrer aux États-Unis. Dès les premiers mois d’André, il installe une machine à balles au-dessus de son berceau.

À 13 ans, André est envoyé à la Nick Bollettieri Tennis Academy, à Bradenton, en Floride. La famille n’a les moyens que pour trois mois de séjour. Bollettieri voit le gamin jouer dix minutes, appelle son père et lui dit : « Reprenez votre chèque. Il reste à titre gratuit. »

Dans Open, Agassi décrit l’académie comme « un camp de prisonniers glorifié » et « Lord of the Flies avec des coups droits ». En juin 2025, il a formulé la même chose autrement : « Ce n’est pas moi qui ai choisi ma vie. Mais ça ne veut pas dire que je ne peux pas en prendre possession. »

Il a grandi dans la ville construite sur le spectacle, le bluff et la nuit. Il n’a pas quitté Las Vegas. Il y lance une ligue de pickleball.

L’école de West Las Vegas, avant tout le reste

En 2001, la fondation Andre Agassi a ouvert l’Andre Agassi College Preparatory Academy dans le quartier de West Las Vegas, l’un des secteurs les plus défavorisés de la ville. Campus financé à hauteur de 40 millions de dollars. Accès intégralement gratuit. Sélection par tirage au sort public, avec une priorité pour les enfants résidant dans un rayon de deux kilomètres. Capacité initiale : 623 élèves.

En 2012, de retour à l’US Open pour une opération caritative, Agassi a déclaré : « Je ne pourrais pas envoyer mes propres enfants dans cette école, parce que j’ai les moyens de les mettre ailleurs. Mon but, c’est de servir ceux dont les familles n’en ont pas. »

En 2017, la gestion de l’école a été transférée à l’organisation Democracy Prep. La fondation continue de financer et d’orienter.

La fondation date de 1994. L’école de 2001. Quand Agassi a signé son premier contrat avec la World Series of Pickleball en juin 2025, cela faisait trente et un ans qu’il construisait une vie en dehors du tennis. Le pickleball, la docusérie, la Laver Cup : ce n’est pas une reconversion. C’est la continuation d’un projet plus ancien, commencé quand il était encore numéro un mondial.

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Fan de basket depuis son plus jeune âge, Romain Dujardin a vécu dix ans aux États-Unis, où il a couvert la NBA en tant que pigiste pour des médias américains.

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