Que devient Bernard Hinault ?

05/06/2026

Ferme en Bretagne, ambassadeur des Mondiaux 2027, conseiller de Seixas : Bernard Hinault, 71 ans, n’a jamais vraiment quitté le peloton.

Quarante et un ans après son dernier Tour, Bernard Hinault dessine le parcours des Mondiaux 2027 à Sallanches, juge les espoirs français et reste une voix du cyclisme mondial.

Le 7 mai 2026, Bernard Hinault a remonté à vélo la côte de Domancy, en Haute-Savoie. Même route, même pente à 9,4%, même arrivée à 1 025 mètres d’altitude. La différence : quarante-six ans plus tôt, il portait le maillot arc-en-ciel. Ce matin-là, il inaugurait le tracé des Championnats du Monde UCI 2027, dont il est l’ambassadeur officiel désigné par le Conseil départemental de la Haute-Savoie et la Fédération française de cyclisme.

Le 23 avril 2026, lors de la conférence de presse des J-500 à Annecy, Hinault avait détaillé le parcours devant les organisateurs, les élus et les représentants de l’UCI : vingt passages sur la côte de Domancy, un circuit de 13,3 kilomètres bouclé vingt fois, soit 266 kilomètres au total et 5 700 mètres de dénivelé positif. La montée qu’il avait dominée le 31 août 1980 porte depuis juin 2016 le nom de « Route Bernard Hinault ». Ce n’est pas un rôle protocolaire : Hinault a pesé directement sur le choix du parcours, selon les organisateurs. « Ce sera un parcours difficile, pour les meilleurs », a-t-il déclaré en avril 2026.

Ces Mondiaux 2027, prévus du 24 août au 5 septembre, seront la deuxième édition des « Super Mondiaux », un format lancé à Glasgow en 2023, qui regroupe toutes les disciplines du cyclisme en un seul événement : route, piste, BMX, VTT, gravel. Une cyclosportive amateur baptisée « Bernard Hinault Expérience » est prévue le 6 septembre sur le même tracé.

Seixas : « le plus de chances », mais pas encore

Depuis dix-huit mois, Bernard Hinault s’exprime régulièrement sur Paul Seixas, 19 ans, présenté par une partie de la presse comme le premier espoir sérieux du cyclisme français depuis lui. En octobre 2025, dans une vidéo publiée par le Tour de France, il avait indiqué : « À sa place, je ne ferais pas le Tour 2026. » En mars 2026, interrogé par Europe 1, il a nuancé : « C’est celui qui a le plus de chances de gagner le Tour de France. » Les deux positions ne se contredisent pas. Hinault juge que Seixas a le talent, mais que l’exposition prématurée peut le fragiliser.

Sur l’état du cyclisme français en général, sa position est constante. « La France ne mérite pas ça, le cyclisme français ne mérite pas une telle pénurie », a-t-il déclaré en juillet 2025, quarante ans après sa dernière victoire sur la Grande Boucle. Il n’atténue pas ce diagnostic, mais il le pose sans amertume. À côté, il cite sans réserve Van der Poel, Pogacar, Van Aert. « On a un cyclisme actuellement qui nous fait rêver parce qu’il y a de la bagarre », a-t-il indiqué en avril 2025. Son intérêt pour la course actuelle est documenté dans plusieurs interviews récentes.

Calorguen : l’autre vie

La ferme de Lanjuinais, à Calorguen, dans les Côtes-d’Armor, existe depuis 1983. Hinault l’avait achetée trois ans avant sa retraite sportive. En novembre 1986, après ses adieux à Quessoy les 8 et 9 novembre, il y est entré comme agriculteur : cinquante hectares, un troupeau de vaches laitières, près de vingt ans d’élevage sans caméras ni interviews. Ce choix, rare pour un champion de cette stature, n’a jamais été présenté comme une rupture. C’était simplement la suite.

En 2006, il a rejoint ASO, la société organisatrice du Tour de France, comme responsable des relations publiques et du protocole. Il y travaille jusqu’en 2016, assurant encore le Grand Départ de Düsseldorf en 2017 avant de partir définitivement, cent quarante jours par an sur les routes. « Je voulais rattraper le temps perdu avec mes enfants », a-t-il expliqué au JDD. Ses deux fils, Mickael, né en 1975, et Alexandre, né en 1981, ont grandi sans leur père une grande partie de l’année.

Hinault vit toujours à Calorguen avec Martine Lessard, qu’il a épousée en décembre 1974. La commune de moins de 700 habitants lui a consacré une exposition en 2025. Le 5 juillet de la même année, la 7e étape du Tour de France est passée par Yffiniac, sa ville natale, pour les quarante ans de son dernier titre. Il roule encore, à vélo électrique dans les côtes, et a déclaré en mars 2026 vouloir « mourir à 100 ans ».

Sept ans, dix Grands Tours

Le 30 juin 1978, Bernard Hinault avait 23 ans et gagnait son premier Tour de France. Il en remportera cinq au total, en 1978, 1979, 1981, 1982 et 1985, égalant Jacques Anquetil et Eddy Merckx. À ces cinq Tours s’ajoutent trois Giro d’Italia (1980, 1982, 1985) et deux Vuelta (1978, 1983). Aucun coureur depuis n’a remporté les trois Grands Tours à deux reprises chacun.

Le 20 avril 1980, à Liège-Bastogne-Liège, dans une tempête de neige qui a fait abandonner 153 des 174 partants, Hinault a franchi l’arrivée seul, avec 9 minutes et 24 secondes d’avance sur le Néerlandais Hennie Kuiper. Il avait roulé 80 kilomètres en solitaire sous la neige. Cette édition, surnommée depuis « Neige-Bastogne-Neige », reste la plus citée pour les conditions extrêmes dans lesquelles elle s’est disputée.

Le 12 avril 1981, champion du monde en titre, il a remporté Paris-Roubaix au sprint devant Roger De Vlaeminck et Francesco Moser, une course qu’il qualifiait publiquement de « cyclocross ». Premier Français à s’imposer dans l’Enfer du Nord depuis Louison Bobet en 1956. Le 31 août 1980 à Sallanches, il avait conquis le titre de champion du monde en dominant la côte de Domancy, là même où il posait le pied le 7 mai 2026.

En 1985, au Tour, il chute à Saint-Étienne et finit l’étape le nez cassé, le visage couvert de sang. Il gagne quand même le Tour. En 1986, lors de son ultime Grande Boucle, il attaque son équipier Greg LeMond sur les cols alpins au lieu de l’aider. Les deux hommes franchissent néanmoins ensemble l’arrivée de l’Alpe d’Huez, la main de Hinault levant celle de LeMond. Sa carrière s’achève sur 216 victoires en douze saisons professionnelles.

Des maillots jaunes aux enchères

En novembre 2025, à 71 ans, Hinault a publié son autobiographie : Hinault par Bernard Hinault, 251 pages, aux éditions Mareuil, co-écrite avec le journaliste Jean-Paul Brouchon. Le livre couvre sa vie de la première course remportée le 2 mai 1971 à Planguenoual jusqu’aux fêtes d’adieux à Quessoy les 8 et 9 novembre 1986. Cyrille Guimard, Greg LeMond et Eddy Merckx y sont cités directement. À ne pas confondre avec Hinault 1975-1986, de Jean Cléder, parue en juin 2024 chez le même éditeur, à laquelle Hinault a contribué.

Depuis plusieurs années, Hinault met aux enchères des maillots et objets de sa carrière au profit de l’association Souffles d’Espoir contre le cancer, basée en Bretagne. Un maillot jaune porté lors du Tour 1979 a été adjugé 12 000 euros. L’engagement a suivi la mort de son beau-frère d’un cancer, évoquée dans une interview à L’Équipe en novembre 2024. Il a rencontré des enfants atteints de leucémie à l’hôpital Saint-Louis, à Paris. « Ça marque… », a-t-il déclaré. Il n’a pas développé.

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Journaliste sportif depuis 2015, Thomas Moreau est spécialisé dans le cyclisme et le hand.

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