Il y a des noms qui précèdent les destins. Rodman en est un. Mais à 23 ans, Trinity Rodman n’est plus seulement la fille de Dennis. Elle est devenue, par la force du jeu, la joueuse la mieux rémunérée de la NWSL. Une trajectoire rapide, limpide, presque brutale dans son évidence. Et surtout, autonome.
Tout commence un 13 janvier 2021. Le Washington Spirit mise sur elle avec le deuxième choix de la draft. Une décision qui surprend. La jeune femme n’a pas disputé un seul match universitaire, Covid oblige. Elle sort à peine de ses années formatrices à Laguna Hills. Elle a 18 ans. Et déjà, elle bouscule.
Naissance d’une légende
Dès sa première saison, les chiffres parlent : sept buts, sept passes décisives, 25 matchs et un titre de meilleure jeune joueuse. Le Spirit remporte son premier championnat. Elle y est pour beaucoup. Elle a l’énergie des pionnières, l’efficacité des leaders. Pas d’effet d’annonce, du résultat.
Rodman est une attaquante moderne : rapide, technique, précise. À l’aise dans l’axe ou sur les côtés. Mais au-delà des qualités, c’est l’intensité qui frappe. Elle imprime un rythme, elle entraîne. Elle ne joue pas pour briller, elle joue pour embarquer. Et ça change tout.
Reste la figure du père, immense et lointaine. Dennis Rodman, légende du basket, mais figure périphérique. Trinity a grandi avec sa mère, Michelle Moyer. Le modèle, c’est elle. La présence aussi. Le père réapparaît parfois, mais reste un souvenir flou, pas une influence structurante. Le socle est ailleurs, dans le lien avec le frère, DJ, dans le choix de suivre sa propre voie. Le football, pas le basket. Et l’université de l’État de Washington, pas UCLA.
Plus de 2 millions par saison
En février 2022, elle entre en équipe nationale. Discrètement. Pas de fanfare. La SheBelieves Cup comme premier terrain d’expression. Elle s’insère dans un collectif déjà forgé. Elle ne revendique rien, elle apprend. Et elle progresse. Toujours par le jeu.
Puis vient l’argent. Le vrai. Le 2 février 2022, Washington lui offre 1,1 million de dollars sur quatre ans. Un record à l’époque. En janvier 2026, elle double la mise : plus de 2 millions par saison. Le plafond salarial est contourné. Par une règle créée pour elle. La « règle Trinity Rodman ». Tout est dit.
Elle est aujourd’hui la joueuse la mieux payée de la NWSL. Peut-être pas du monde — Aitana Bonmatí reste en tête, dit-on, à Barcelone. Mais ce n’est pas le sujet. L’essentiel est ailleurs : une jeune femme, sortie de l’ombre d’un nom, qui redessine, par le talent seul, les contours du football féminin mondial.