Que devient Laurent Blanc ?

05/03/2026

En septembre 2025, Laurent Blanc était au sommet. Champion d’Arabie saoudite, vainqueur de la Coupe du Roi, élu meilleur entraîneur de Saudi Pro League — le tout en quatorze mois. Le lendemain d’une défaite à domicile contre Al-Nassr, il était remercié. Quels sont ses projets ?

Al-Ittihad : un doublé, puis la porte

Nommé le 13 juillet 2024 à la tête d’Al-Ittihad, Laurent Blanc débarquait à Djeddah avec un contrat de deux ans et un effectif de stars : Benzema, Kanté, Fabinho, Diaby, Aouar. Son salaire, estimé à 10 à 12 millions d’euros annuels selon L’Équipe et Sportune, le plaçait sur le podium des entraîneurs les mieux rémunérés de Saudi Pro League, derrière Simone Inzaghi et Stefano Pioli.

La saison 2024-2025 fut une réussite nette. Al-Ittihad décroche le titre de champion le 15 mai 2025 avec 83 points, huit longueurs devant Al-Hilal, puis remporte la King’s Cup le 30 mai face à Al-Qadsiah (3-1). Blanc est sacré entraîneur de l’année. Le doublé est historique pour le club.

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L’exercice suivant tourne court. Trois victoires en trois journées de championnat, mais une élimination en Ligue des champions asiatique contre Al-Wahda et une défaite en Supercoupe face à Al-Nassr fragilisent sa position. Le 27 septembre 2025, Al-Ittihad s’incline 0-2 contre Cristiano Ronaldo et ses coéquipiers lors de la quatrième journée. Le lendemain, le conseil d’administration met fin au contrat. Le communiqué est lapidaire. Sergio Conceição prend sa suite le 8 octobre.

En 443 jours, Blanc aura dirigé 46 matchs : 35 victoires, 5 nuls, 6 défaites, avec une moyenne de 2,4 points par match en championnat.

Le pattern d’une carrière : gagner sans jamais s’installer

L’épisode saoudien n’est pas une anomalie. Il confirme une constante qui traverse toute la carrière d’entraîneur de Laurent Blanc.

À Bordeaux de 2007 à 2010, il remporte le championnat 2009 et la Coupe de la Ligue avant de rejoindre le banc des Bleus. Avec l’équipe de France, il atteint les quarts de finale de l’Euro 2012 en 27 matchs (16 victoires, 7 nuls, 4 défaites), mais ne prolonge pas. Au PSG de 2013 à 2016, son bilan est saisissant : 126 victoires, 31 nuls, 16 défaites, 11 trophées dont trois titres de Ligue 1 et le quadruplé historique de 2015. Ce n’est pourtant pas suffisant. Trois quarts de finale consécutifs en Ligue des champions scellent son sort.

Après quatre ans sans entraîner — une parenthèse longue que peu de techniciens à son niveau s’autorisent — il rebondit à Al-Rayyan au Qatar (2020-2022), avec un bilan décevant à 1,3 point par match. L’Olympique Lyonnais suit en 2022-2023 : limogé après onze mois dans un contexte politique dégradé sous John Textor.

Au total, 480 matchs, 298 victoires, 86 nuls, 96 défaites. Quatre championnats nationaux. Aucun poste mené à terme.

Le plafond de verre est européen et existentiel à la fois. En novembre 2020, avant son départ pour le Qatar, il confiait à Téléfoot : « Ce ne sera certainement pas des adultes, mais des enfants. Le foot prend une direction qui ne me plaît pas forcément. » Ses actes ont démenti ses mots — trois postes enchaînés en quatre ans — mais l’ambivalence reste lisible.

Trente-trois millions d’euros d’indemnités : l’entraîneur que les clubs paient deux fois

Laurent Blanc a construit, involontairement, un autre palmarès. Celui des indemnités de licenciement. Selon Le Quotidien du Sport, le total perçu au fil de sa carrière avoisine 33 à 35 millions d’euros.

Au PSG, son éviction en 2016 lui vaut environ 22 millions d’euros — deux années de contrat restantes, augmentées d’une demi-saison selon les termes de la charte du football professionnel. À Lyon, avec 230 000 euros brut mensuels et neuf mois de contrat restants, l’indemnité s’établit autour de 2 millions d’euros. À Al-Ittihad, les neuf mois non effectués représentent une enveloppe estimée entre 7 et 9 millions d’euros.

Cette réalité financière change la nature de ses choix. Laurent Blanc n’a pas besoin d’un poste. Il peut attendre, refuser, sélectionner. Ce qui, paradoxalement, rend chacune de ses décisions plus difficile à décrypter de l’extérieur.

Où peut aller Laurent Blanc ? Les pistes sérieuses à six mois de la Coupe du monde

Depuis son limogeage, Blanc est sans club. En décembre 2025, il effectuait un retour symbolique à Auxerre pour les 120 ans du club — il n’y avait pas remis les pieds depuis son départ en 1996. Une image d’homme disponible, nostalgique peut-être, mais pas pressé.

Manchester United revient régulièrement dans les conversations. Après le limogeage de Ruben Amorim fin 2025, son nom figure sur la short-list des Red Devils — pour la troisième fois, après 2014 et 2019. Il connaît Old Trafford pour y avoir joué de 2001 à 2003 sous Ferguson, remportant la Premier League. Mais les bookmakers le créditent de cotes entre 8 et 10/1, loin derrière Glasner ou Maresca. Sa maîtrise limitée de l’anglais reste un obstacle concret dans un vestiaire Premier League.

La sélection marocaine constitue la piste la plus immédiate. En février 2026, le média Le360 le cite parmi les candidats crédibles à la succession de Walid Regragui, démissionnaire après la finale de CAN 2025 perdue face au Sénégal (1-0 a.p.). La Fédération marocaine cherche un profil solide à quatre mois du Mondial 2026. Blanc y est décrit comme offrant des « garanties structurelles », avec une réserve identifiée : un style jugé trop prudent au regard de la culture offensive des Lions de l’Atlas.

Un retour dans le Golfe reste plausible. Sa double expérience au Qatar et en Arabie saoudite, soldée par un titre, lui confère une crédibilité intacte dans la région. Plusieurs clubs de Saudi Pro League ou de QSL pourraient se montrer intéressés si une fenêtre s’ouvre.

La Ligue 1 enfin. Le Stade Rennais l’avait envisagé en octobre 2025 avant de ne pas donner suite. D’autres clubs français pourraient se tourner vers lui en cas de vacance de poste.

La vraie question : Laurent Blanc veut-il encore vraiment entraîner ?

À 60 ans, le palmarès de Laurent Blanc est inattaquable. Quatre championnats nationaux en tant qu’entraîneur, 298 victoires en 480 matchs, une expérience de sélectionneur, des passages dans quatre pays différents. Sa compétence n’est pas en discussion.

Ce qui l’est, c’est sa capacité — ou sa volonté — à s’inscrire dans un projet sur la durée. Aucun de ses mandats n’a été mené à terme. Certaines ruptures lui ont été imposées par des dirigeants impatients ou des contextes politiques instables. D’autres interrogent davantage. La longue parenthèse 2016-2020, les déclarations de 2020 sur un football qui « ne lui plaît pas forcément », l’accumulation de missions courtes : le faisceau existe.

Le « Président » — surnom hérité de ses années de joueur — n’a pas dit son dernier mot. Mais la question centrale, désormais, n’est plus de savoir quel club le voudra. C’est de savoir lequel il choisira, et pourquoi.

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Fan de basket depuis son plus jeune âge, Romain Dujardin a vécu dix ans aux États-Unis, où il a couvert la NBA en tant que pigiste pour des médias américains.

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