Que devient Guy Roux ?

14/03/2026

À 87 ans, l’ancien patron de l’AJA vit une retraite modeste et solitaire en Bourgogne, entre mémoire glorifiée et polémiques tardives.

Né en 1938, Guy Roux prend très jeune les rênes de l’AJ Auxerre, d’abord comme entraîneur-joueur. À l’époque, le club n’est qu’une petite structure de province, confinée dans les divisions inférieures et dotée de moyens limités. Saison après saison, il en fait un projet à long terme, misant sur le travail, la rigueur et la formation locale plutôt que sur les coups d’éclat. Auxerre finit par s’installer durablement en première division, puis se faire un nom en Europe. Le milieu des années 1990 marque l’apogée de cette aventure : un titre de champion, une coupe nationale et des soirées européennes gravées dans les mémoires.

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Un règne fondé sur la durée et une autorité totale

La particularité de Guy Roux est d’avoir occupé presque sans discontinuer le banc auxerrois pendant plus de quatre décennies. Dans un milieu où les entraîneurs sont souvent de passage, il incarne la continuité absolue. Il supervise tout : la préparation, le recrutement, la progression des jeunes, les questions de budget. Autour de lui, se crée un système où le centre de formation joue un rôle central, produisant des générations entières de joueurs lancés dans l’élite. Son autorité, parfois rugueuse, fait partie du paysage : certains la subissent, beaucoup la respectent, tous reconnaissent son rôle dans la transformation du club. Lorsqu’il quitte définitivement le banc au milieu des années 2000, c’est une page majeure du football français qui se tourne.

Une retraite médiatique puis une vie plus discrète

Après sa carrière au bord du terrain, Guy Roux devient une voix familière des émissions de football. On le retrouve en plateau, à la radio, parfois dans des programmes grand public. Son accent bourguignon, ses anecdotes de vestiaire, son regard sur le jeu séduisent un public qui connaît déjà son parcours. Il commente des matches, compare les époques, raconte les coulisses d’un football moins saturé d’argent. Il confie volontiers que ces années de médias lui ont apporté davantage de revenus que ses salaires d’entraîneur, signe que la véritable explosion économique du football est intervenue après ses plus grandes réussites. Avec l’âge, toutefois, ses interventions se raréfient, au profit d’une existence plus calme, rythmée par quelques invitations et par les hommages rendus à son passé.

Une légende locale confrontée au décalage de ses propos

Installé dans une grande maison de Bourgogne, il décrit une retraite modeste, faite de comptes à tenir et de responsabilités matérielles lourdes à assumer. La disparition de sa femme a accentué sa solitude : la demeure bourguignonne, autrefois pleine de vie, est devenue le théâtre silencieux de ses vieux jours. Auxerre reste au centre de son identité, à travers les commémorations, les documentaires, les rencontres avec les supporters qui le considèrent toujours comme « le patron ». Mais sa parole publique ne se limite plus au souvenir des grandes heures. Ces dernières années, certaines de ses déclarations sur le football féminin et la place des femmes dans le sport ont provoqué de vives polémiques. En revendiquant un franc-parler hérité d’un autre temps, il se heurte à une société plus attentive aux questions d’égalité et de respect. L’image de Guy Roux s’en trouve complexifiée : bâtisseur respecté, mémoire vivante d’un club mythique, il apparaît aussi comme un homme âgé dont les mots ne suivent plus toujours le mouvement de son époque.

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Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.

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