L’ancienne icône des Verts partage aujourd’hui sa vie entre l’Atlantique et les terrains de stages, loin des projecteurs mais fidèle à son idée du football.
Né en 1955 à Saintes, Dominique Rocheteau grandit avec le ballon aux pieds avant d’intégrer le centre de formation de Saint‑Étienne. Ailier droit percutant, dribbleur insaisissable, il s’impose au milieu des années 1970 dans une équipe qui domine le football français. Ses accélérations et sa silhouette aérienne lui valent un surnom qui ne le quittera plus : l’« Ange vert ». Avec les Verts, il accumule titres de champion, coupes nationales et écrit l’épopée européenne qui marquera durablement l’imaginaire du football français.
En parallèle, Rocheteau s’installe en équipe de France, disputant trois Coupes du monde et remportant l’Euro 1984 avec la génération Platini. Sa carrière prend un nouveau tournant en 1980 lorsqu’il rejoint le Paris Saint‑Germain, où il est repositionné plus axial et participe au premier titre de champion du club en 1986. L’aventure s’achève à Toulouse, où il boucle une trajectoire de joueur marquée par le panache sur le terrain et une grande réserve en dehors.
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Agent, éthique et curiosités multiples
À l’heure de la reconversion, Dominique Rocheteau se tourne un temps vers le métier d’agent, avant de s’en détourner, échaudé par les tensions et les dérives d’un milieu en pleine mutation. Il trouve ensuite une place plus en phase avec ses convictions au sein de la commission d’éthique de la fédération, où il défend une vision exigeante du jeu et des comportements. Cette fonction, discrète mais symbolique, confirme son refus du cynisme ambiant dans le football d’affaires.
L’Ange vert se laisse aussi tenter par d’autres univers. On le retrouve au cinéma, dans un rôle marquant dans un film de Maurice Pialat puis dans une comédie où il joue son propre personnage. Il publie un livre de souvenirs qui revient sur la folie des années 1970, la pression des grandes soirées européennes et le décalage entre son tempérament réservé et l’icône populaire qu’il est devenu. À l’étranger, il s’implique dans une académie de football au Viêt Nam, expérience de formation inspirée des centres français, qui illustre son intérêt constant pour la transmission.
Le retour à Saint‑Étienne et le choix du retrait
Au début des années 2010, Saint‑Étienne lui propose de revenir au club, non plus crampons aux pieds, mais costume de dirigeant. Rocheteau devient d’abord vice‑président du conseil de surveillance puis directeur sportif, figure‑pont entre la mémoire des années vertes et la gestion d’un club moderne. Il accompagne la reconstruction sportive, cherche à mettre un peu d’éthique et de patience dans un environnement soumis à l’urgence du résultat.
Après près d’une décennie passée dans les couloirs de Geoffroy‑Guichard, il annonce son départ et assume son envie de prendre du recul. L’ex‑attaquant explique vouloir profiter de sa retraite, de sa famille et d’une vie plus simple, même si le lien affectif avec le club reste intact. Les hommages des supporters rappellent alors que son aura dépasse largement ses statistiques : Rocheteau incarne pour beaucoup un football romantique, fait de panache et de fidélité.
Stages, Atlantique et mémoire populaire
Aujourd’hui, l’Ange vert partage son temps entre la presqu’île d’Arvert, en Charente‑Maritime, et la Bretagne, où il a posé ses valises face à l’océan. Loin des plateaux de télévision, il préfère les terrains plus modestes des stages pour jeunes qu’il organise depuis longtemps à Royan. Il y encadre personnellement les séances, au contact direct des enfants et adolescents venus chercher à la fois des conseils techniques et le plaisir de jouer avec une légende.
Le dispositif, ouvert à tous les niveaux et mixtes, revendique des valeurs d’inclusion, de respect et de jeu collectif plus que la recherche du futur crack. Pour Rocheteau, l’essentiel semble désormais résider dans cette transmission tranquille : offrir à la génération suivante un football moins brutal, plus joyeux, en cohérence avec ce qu’il a toujours défendu. Régulièrement invité lors d’hommages à Saint‑Étienne ou au PSG, il s’y montre sans nostalgie excessive : figure toujours aimée, mais résolument en retrait, il laisse parler les souvenirs et préfère, dès que possible, retourner vers la mer et les terrains de son choix.