Ancienne star des Bleus, Didier Six vit aujourd’hui en marge des bancs de touche, mais reste une voix écoutée du football africain.
Dans la mémoire collective, Didier Six garde d’abord le visage de l’ailier gauche flamboyant de la fin des années 1970 et du début des années 1980. Formé en France, il s’impose rapidement comme l’un des joueurs offensifs les plus créatifs de sa génération, jusqu’à devenir un titulaire régulier en équipe nationale. Il participe à la Coupe du monde 1978, puis à l’épopée de 1982, avant de prendre part au sacre continental de 1984. Cette image de joueur élégant, parfois irrégulier mais spectaculaire, le suivra longtemps après la fin de sa carrière sur les terrains.
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Un pionnier de l’expatriation devenu entraîneur
Très tôt, Didier Six choisit l’ailleurs comme fil conducteur de sa trajectoire. Comme joueur, il multiplie les expériences en Allemagne, en Angleterre ou encore en Turquie, où il marque durablement les esprits et finit par se fondre dans la culture locale. Ce goût du déplacement et de la découverte l’accompagne lorsqu’il passe sur le banc, avec un parcours d’entraîneur qui le mène loin des circuits les plus balisés du football européen. Il s’engage successivement avec des sélections africaines ou des équipes moins médiatisées, préférant les projets atypiques aux carrières linéaires en club.
Un spécialiste de l’Afrique sans point de chute stable
Au fil des années, Six devient un visage familier du football africain, appelé pour des missions de relance ou de reconstruction de sélections nationales. Il passe notamment par le Togo, l’île Maurice puis la Guinée, où il est chargé d’insuffler un nouvel élan à des équipes en quête de résultats et de crédibilité. Ses expériences sont marquées par des contextes politiques complexes, des moyens limités et une pression populaire omniprésente, qui laissent peu de marge au travail de fond. Après son départ de Guinée, il se retrouve sans poste fixe, écarté des bancs mais toujours identifié comme un technicien connaisseur du continent.
Consultant itinérant et mémoire d’un certain football
Loin des vestiaires, Didier Six continue pourtant de circuler autour des grandes compétitions, notamment la Coupe d’Afrique des nations. On le voit intervenir comme consultant, invité de plateaux télévisés ou de médias spécialisés pour décrypter les choix tactiques, le niveau des sélections et l’organisation des tournois. Son expérience d’ancien international et de sélectionneur lui permet de croiser le regard du joueur des années Platini et celui du coach confronté aux réalités africaines contemporaines. Il apparaît ainsi comme une mémoire vivante d’un football en transition, plus souvent sollicité pour son analyse et ses souvenirs que pour diriger une équipe au quotidien.
Une figure à la marge du système français
En France, l’écosystème des entraîneurs ne lui a jamais vraiment ouvert ses portes de façon durable, malgré son passé de joueur emblématique. Son profil d’aventurier du banc, habitué aux contextes instables et aux défis lointains, cadre mal avec les logiques de recrutement très normées des clubs professionnels français. Cette mise à distance nourrit l’image d’un exilé du banc, davantage reconnu en Afrique que dans son propre pays. Mais elle ne l’empêche pas de revendiquer son parcours singulier, fait d’embranchements inattendus et de fidélité à une certaine idée romantique du football, où l’envie de voyage et le goût du risque priment encore sur la recherche d’une carrière parfaitement tracée.