À 72 ans, le meneur du carré magique reste une voix qui dérange, un cœur girondin en colère et une légende qui refuse de vieillir.
Quarante ans après le sacre de l’Euro 84, Alain Giresse n’a pas disparu des radars du football français. Consultant régulier, voix autorisée sur les grandes questions du foot hexagonal et témoin engagé de la chute de son club de toujours, le « petit prince de Lescure » occupe aujourd’hui une place à part dans le paysage footballistique : celle d’une légende qui refuse de se taire.
Alain Giresse aujourd’hui : consultant, témoin et voix critique du football français
Installé dans un rôle de consultant, Giresse intervient régulièrement sur Europe 1 et d’autres antennes pour commenter l’actualité du football français et européen. En juin 2025, il s’est exprimé sur la saison historique du PSG, soulignant la dimension collective d’un titre en Ligue des champions qui dépasse selon lui le simple résultat sportif. En juin 2024, il était l’invité de France Bleu Occitanie à l’occasion du lancement de l’Euro en Allemagne, évoquant 40 ans de souvenirs et analysant les chances des Bleus avec la précision d’un observateur qui a lui-même gagné ce titre sur un terrain.
Sa présence médiatique reste calibrée, jamais envahissante. Il intervient sur des sujets qu’il maîtrise — l’équipe de France, le football africain, le destin bordelais — et s’exprime avec une franchise qui tranche avec la langue de bois habituelle des anciens internationaux reconvertis en commentateurs.
La Giresse Cup : un tournoi à son nom à Balma, là où il vit depuis trente ans
Giresse réside à Balma, commune de la périphérie toulousaine, depuis plus de trente ans. C’est là que se tient chaque année la Giresse Cup, tournoi de jeunes qui porte son nom et qui réunit plusieurs centaines de joueurs. En juin 2024, la compétition a rassemblé 580 jeunes joueurs et 48 équipes sur un week-end, en partenariat avec l’UNICEF. Un engagement discret mais constant auprès de la formation, qui prolonge naturellement une carrière construite sur la transmission.
La chute des Girondins : une blessure ouverte
La question qui mobilise le plus Giresse depuis 2023 n’est pas celle de sa propre carrière mais celle du club qui l’a révélé. Affecté par la descente aux enfers des Girondins de Bordeaux, il n’a pas ménagé la direction de Gérard Lopez dans les colonnes de Sud-Ouest : « Mais qu’ils dégagent ! Qu’ils dégagent ! »
Qualifiant Lopez d' »incompétent » et refusant de lui accorder la moindre confiance, il a néanmoins précisé qu’il ne pouvait pas abandonner le club malgré la colère : « J’ai le cœur girondin depuis tout gosse. » En Gironde, des voix militent pour son retour au sein de l’organigramme du club. Lui n’y semble pas disposé, du moins dans les conditions actuelles.
Un dernier banc au Kosovo, puis le retrait
Après une longue itinérance sur les bancs africains — Mali, Sénégal, Gabon, Tunisie — Giresse avait pris en charge la sélection du Kosovo en février 2022. Après trois nuls et une défaite dans les éliminatoires de l’Euro 2024, les deux parties ont mis fin à leur collaboration en juin 2023. Ce départ marque, à 70 ans, la fin effective de sa carrière d’entraîneur. En mai 2024, on le retrouvait capitaine de son équipe lors du match des légendes célébrant les 100 ans du Parc Lescure — dernier terrain, symbolique, pour un homme qui en a arpenté des centaines.
Mémoire vivante d’une génération fondatrice
Interrogé sur l’Euro 84, Giresse résume le titre avec une sobriété caractéristique : « Sur le moment, c’est de la joie. Après, on se rend compte que ça a déclenché quelque chose. » Cette génération — la sienne, celle de Platini, Tigana, Fernandez — reste la première à avoir appris au football français à se penser champion. Giresse en est la mémoire la plus discrète et peut-être la plus lucide : il sait ce que ce titre a ouvert, sans avoir jamais eu besoin d’en faire un fonds de commerce personnel.
À 72 ans, il occupe une position rare dans le sport français : celle d’un homme qui n’a rien à prouver, qui le sait, et qui choisit malgré tout de rester dans le débat — non par nostalgie, mais parce que le football, pour lui, n’a jamais été un métier qu’on quitte vraiment.