L’arbitrage vidéo promettait justice et clarté. Mais la VAR soulève aujourd’hui plus de doutes que de certitudes.
Le mot claque. Il résonne comme un verdict populaire. Une arnaque, c’est l’idée d’un marché faussé, d’une promesse qui ne tient pas, d’un système où l’on se sent floué. Or, c’est bien ce que ressent une partie du public face à la VAR, cette assistance vidéo censée faire entrer le football dans une nouvelle ère d’équité. Le paradoxe est là : la VAR n’est pas un produit, mais une régulation ; pas une garantie, mais un outil. Pourtant, l’impression de tricherie persiste. Et le malaise vient moins de l’intention que de l’exécution.
Sur le papier, le schéma est d’une simplicité bureaucratique. Un arbitre central, des assistants vidéo, un protocole d’intervention limité aux “erreurs claires et évidentes” sur quatre catégories : buts, penalties, cartons rouges directs et erreurs d’identité. En théorie, la subjectivité est contenue, la mécanique huilée. En pratique, chaque match rappelle que le diable se cache dans l’interprétation. Ce n’est pas la technologie qui tranche, c’est encore l’homme — mais avec une loupe braquée sur ses hésitations.
La VAR ne gomme pas la controverse
Car dans un sport fait de contacts, d’intentions et de lectures du jeu, les faits binaires sont rares. Une position de hors-jeu ? Facile à figer. Un pied qui mord la ligne ? Identifiable. Mais une main jugée volontaire, un contact jugé suffisant, un accrochage jugé décisif ? Là, le flou revient. La VAR n’efface pas l’arbitraire : elle l’étale en slow motion. Elle ne gomme pas la controverse : elle la transforme en dossier vidéo. Et ce passage de la perception à la preuve fausse le contrat émotionnel du football, ce sport où tout se joue dans l’instant.
La suspicion grandit aussi dans l’ombre. Dans la plupart des stades, on voit l’attente mais pas le raisonnement. On devine une vérification, mais sans les critères. La télévision choisit ses ralentis, les ralentis choisissent leur drame. Et le spectateur, déconnecté du processus, voit une décision tomber comme un couperet — sans comprendre le pourquoi. Ce déficit de transparence laisse la place aux narratifs parasites. Il n’y a pas de théorie du complot sans zone d’ombre.
Le débat bascule alors sur le terrain des faits. La VAR améliore-t-elle la justice du jeu ? Impossible de trancher sans données robustes. Il faut des chiffres — nombre d’interventions, taux de corrections, nature des actions concernées, évolution sur plusieurs saisons. Il faut aussi des comparaisons : un même geste provoque-t-il la même décision en Serie A et en Bundesliga ? Une consigne d’interprétation modifie-t-elle les verdicts d’un week-end à l’autre ? Sans cet appareil de mesure, on reste dans le ressenti. Légitime, mais fragile.
Un dispositif bancal
Et c’est là que le mot “arnaque” mérite d’être pesé. Car tout dépend de la promesse initiale. Si l’on a vendu l’infaillibilité, alors oui, la VAR est un mensonge. Si l’on a promis une réduction marginale des erreurs majeures, alors la question devient celle d’un compromis : quel prix sommes-nous prêts à payer — en fluidité, en émotion, en opacité — pour ce surcroît de justice incertaine ?
Trois leviers sont sur la table. D’abord, la transparence : dire ce qui est vérifié, sur quel fondement, et selon quels critères. Ensuite, le protocole : limiter la durée, fixer les seuils, encadrer les revues. Enfin, l’homogénéisation : former, publier, harmoniser. Mais là encore, il manque des éléments — des propositions concrètes, des retours d’expériences, des preuves de mise en œuvre. À défaut, la VAR reste un dispositif bancal : ni escroquerie organisée, ni panacée technologique.
La vérité du football, c’est qu’il avance toujours entre deux lignes. Celle du jeu pur, où l’émotion prime. Et celle de la régulation, où l’équité s’impose. Entre les deux, la VAR navigue, corrige, et expose. Ce n’est pas une arnaque. Mais ce n’est pas non plus une vérité.