Nantes et Saint-Étienne ont façonné le football français dans les années 70 avec une rivalité fondée sur le respect et la formation.
Il n’a jamais eu les projecteurs d’un OM-PSG. Pas de batailles médiatiques, peu de phrases assassines. Et pourtant, pendant deux décennies, c’est bien là que s’est jouée l’âme du football français. Nantes contre Saint-Étienne. L’élégance contre la ferveur. Deux manières de voir le jeu, deux clubs qui ont construit, côte à côte, un modèle longtemps inégalé.
Quand le championnat parlait à deux voix
Entre 1964 et 1984, le palmarès du championnat n’offre guère de suspense : neuf titres pour Saint-Étienne, cinq pour Nantes. Seuls quelques invités – Marseille, Monaco, Strasbourg – viennent, de temps à autre, grignoter une ligne au tableau. Le reste du temps, le duel est frontal, constant. Saint-Étienne couronné en 1967 et 1981 juste devant Nantes. Les Verts champions en 1974, les Canaris juste derrière. Une mécanique bien huilée où chacun poussait l’autre à se réinventer.
POUR EN SAVOIR PLUS
José Arribas, l’architecte du “jeu à la nantaise”
Alain Merchadier, pilier défensif de l’ASSE, le résume d’un trait : « Il y avait beaucoup de qualités dans ces équipes au fil des années. » Il n’y avait pas que du talent : il y avait de la rigueur, une ambition, et un football qui avançait à grandes enjambées vers la modernité.
Des idées plus que des clichés
D’un côté, le jeu léché d’Arribas, tout en mouvement et en contrôle. De l’autre, la puissance des Verts, portée par le bruit et la chaleur du Chaudron. Mais la réalité ne rentre pas si facilement dans les cases. À Nantes comme à Saint-Étienne, la formation n’était pas un supplément d’âme : c’était le cœur du projet. Un vrai travail de fond, mené par des dirigeants convaincus que l’avenir passait par les gamins du coin.
« Ces deux clubs ont été les précurseurs des centres de formation », rappelle Merchadier. Leurs joueurs, souvent formés maison, jouaient un football exigeant. Le spectacle était des deux côtés. Larqué, Rocheteau, Michel, Rio : les noms s’alignent, les souvenirs reviennent. À tel point que, dans un moment de lucidité rare, la Fédération avait imaginé un duo Snella-Arribas pour diriger l’équipe de France après 1966. Mariage des contraires, ou tentative de synthèse des meilleures idées du pays.
Les soirs où tout a basculé
Sur le terrain, la rivalité a connu ses sommets. Pas forcément en championnat, où Nantes dominait souvent à la maison. Mais en Coupe, les choses prenaient une autre tournure. Comme cette finale de 1970, 5-0 pour Saint-Étienne. Une claque. Une démonstration. Une affiche gravée dans la mémoire des Canaris.
Et puis, il y a eu 1977. La demi-finale. L’aller, à Saupin : 3-0 pour Nantes. L’affaire semble pliée. Amisse le dit lui-même : « On est tombé de haut. » Mais au retour, le Chaudron monte en température. Rocheteau, toujours précis quand il s’agit de raconter l’histoire, se souvient d’Amisse venu lui proposer un échange de maillots. Réponse : « Attention, ici t’es à Saint-Étienne, on sait jamais ! » Deux buts en prolongation. 5-1. Les croissants dans le champagne, au petit matin.
Un respect rare
Ce qui frappe, c’est ce respect tenace. Pas de rancœur, pas de ressentiment. « À Nantes comme à Saint-Étienne, les spectateurs sont des gens qui connaissent le football », note Merchadier. Et ils savent reconnaître les grandes équipes quand ils les voient. Pas de haine, juste cette admiration partagée. Une rivalité sans poison, comme on n’en fait plus.