Hakimi accusé de viol : il risque 15 ans de prison

24/02/2026

Achraf Hakimi est renvoyé en procès pour viol devant la cour criminelle des Hauts-de-Seine. Le joueur du PSG nie les faits. Il encourt jusqu’à 15 ans de réclusion.

Achraf Hakimi est renvoyé en procès pour viol devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine. L’information, confirmée par le parquet de Nanterre et annoncée par l’avocate du joueur le 23 février 2026, marque une étape décisive dans une procédure ouverte trois ans plus tôt. Le footballeur du PSG nie catégoriquement les faits qui lui sont reprochés et bénéficie de la présomption d’innocence. Seul le procès à venir permettra de trancher la question de sa culpabilité.

Ce que la justice a décidé, étape par étape

Tout commence le 27 février 2023, lorsque le parquet de Nanterre ouvre une information judiciaire à la suite du signalement d’une jeune femme de 24 ans. Quelques jours plus tard, le 31 mars 2023, Achraf Hakimi est mis en examen pour viol et placé sous contrôle judiciaire, avec notamment l’interdiction d’entrer en contact avec la plaignante, tout en conservant la possibilité de se déplacer pour ses engagements professionnels.

Après près de deux ans et demi d’enquête, le parquet de Nanterre franchit un cap supplémentaire le 1er août 2025 en requérant le renvoi du joueur devant la cour criminelle départementale. La juge d’instruction entérine cette orientation en février 2026 : elle estime que les charges réunies sont suffisantes pour que l’affaire soit jugée au fond.

Ce renvoi en procès ne constitue pas une condamnation. En droit français, il signifie que la juge d’instruction a identifié des indices sérieux et concordants justifiant un examen de l’affaire par une juridiction de jugement. La cour criminelle reste libre d’acquitter ou de condamner, et sa décision sera elle-même susceptible d’appel.

Les faits allégués, la version de la défense

Selon le récit de la plaignante recueilli par les enquêteurs, les faits se situent dans la nuit du 24 au 25 février 2023 au domicile d’Achraf Hakimi à Boulogne-Billancourt. La jeune femme explique avoir fait la connaissance du joueur sur Instagram en janvier 2023. Après plusieurs semaines d’échanges, elle se rend chez lui à bord d’un VTC commandé par le footballeur. Sur place, elle affirme qu’il l’a embrassée, a pratiqué des attouchements sans son consentement, puis l’a violée, avant qu’elle ne parvienne à le repousser et à appeler une amie venue la récupérer. C’est fin février 2023 qu’elle se présente dans un commissariat du Val-de-Marne pour déclarer un viol, sans déposer plainte dans l’immédiat, ce signalement conduisant à l’ouverture de l’enquête préliminaire.

Du côté de la défense, la lecture des faits est radicalement opposée. Achraf Hakimi soutient que la rencontre et les échanges avec la plaignante s’inscrivaient dans un contexte consenti. Son avocate, Me Fanny Colin, a qualifié les réquisitions de renvoi d’« incompréhensibles et insensées » au regard, selon elle, des éléments du dossier, assurant que son client était « serein » et n’avait « rien à se reprocher ». Après l’annonce du renvoi, le joueur a réagi sur les réseaux sociaux, indiquant contester fermement les accusations et vouloir que sa version soit entendue publiquement lors du procès.

L’avocate de la plaignante adopte une position symétrique : sa cliente dénonce un viol « depuis le jour même des faits » de façon « constante et circonstanciée ». Elle a accueilli le renvoi en procès avec un « immense soulagement ».

Ce que dit le droit français

Le viol est défini par l’article 222-23 du code pénal comme tout acte de pénétration sexuelle ou bucco-génital commis sur autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. Il s’agit d’un crime passible de quinze ans de réclusion criminelle à titre de peine maximale pour les faits qualifiés de viol simple, hors circonstances aggravantes. Dans le dossier Hakimi, le parquet a requis le renvoi sur le fondement de cet article sans invoquer, dans sa communication publique, de circonstances aggravantes spécifiques.

La présomption d’innocence encadre l’ensemble de la procédure. Consacrée par l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, par l’article préliminaire du code de procédure pénale et par l’article 9-1 du code civil, elle interdit de tenir une personne pour coupable tant qu’aucune décision de condamnation définitive n’a été rendue. Ce principe régit également le traitement médiatique de l’affaire : qualifier Hakimi de « violeur » ou affirmer qu’il est « coupable » avant jugement constituerait une atteinte à ce principe, civilement et pénalement sanctionnable. Les formulations juridiquement exactes sont celles-ci : il est « mis en examen pour viol » et « renvoyé en procès pour viol ».

Ce qui se jouera lors du procès

La question centrale que devra trancher la cour criminelle est celle du consentement. Les juges auront à confronter les déclarations de la plaignante, la version de la défense et l’ensemble des éléments objectifs disponibles : examens médicaux, traces matérielles, données de géolocalisation, images de vidéosurveillance, échanges numériques. C’est sur ce faisceau d’indices que se fonde classiquement l’appréciation de la culpabilité en matière de violences sexuelles.

Si la cour estime que ces éléments lèvent le doute raisonnable et caractérisent les critères de l’article 222-23, Hakimi pourra être condamné à une peine pouvant aller jusqu’à quinze ans de réclusion. Si au contraire le doute subsiste, il devra lui profiter et conduire à un acquittement. Dans tous les cas, la décision sera susceptible d’appel.

Un dossier dans un contexte judiciaire qui pèse lourd

L’affaire s’inscrit dans une dynamique judiciaire nationale de grande ampleur. Selon le rapport annuel du ministère de la Justice publié en décembre 2024, 543 900 condamnations pénales ont été prononcées en France en 2023. Parmi les 2 900 infractions criminelles sanctionnées cette année-là, 62 % concernent des viols et autres crimes sexuels, soit 1 800 condamnations, ce qui fait du viol la première infraction criminelle sanctionnée en France.

Les chiffres du ministère de l’Intérieur complètent ce tableau : 114 000 victimes de violences sexuelles ont été enregistrées par les forces de sécurité en 2023. Parmi elles, 74 % ont subi ces violences hors cadre familial ou conjugal, 85 % sont des femmes, et 96 % des mis en cause sont des hommes. Ces violences restent massivement sous-déclarées : selon l’enquête de victimation VRS 2022, seules 2 % des victimes de violences sexuelles hors cadre familial déposent plainte, un taux qui monte à 6 % pour les violences sexuelles physiques.

Ce que l’on peut dire, et ce que la justice n’a pas encore tranché

A la date de février 2026, Achraf Hakimi n’est pas déclaré coupable de viol par la justice française. La juge d’instruction a estimé que les charges étaient suffisantes pour un procès. La plaignante maintient ses accusations depuis le premier jour. Le joueur les conteste avec la même constance. La cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine aura seule le pouvoir de transformer ces charges en culpabilité juridiquement établie — ou de conclure que le doute doit profiter à l’accusé.

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Journaliste sportif depuis 2015, Thomas Moreau est spécialisé dans le cyclisme et le hand.

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