Refusé par Nantes et Lens, passé par le National avant la Ligue 2, Ludovic Ajorque a mis dix ans pour arriver en Ligue 1. À Brest, il est désormais irremplaçable.
À 32 ans, premier salaire du Stade Brestois et trophée UNFP en poche, Ludovic Ajorque traverse la meilleure saison de sa carrière ; celle que rien, dans son parcours, ne laissait prévoir.
Le buteur dont Brest ne peut pas se passer
En février 2026, Ludovic Ajorque a inscrit quatre buts et délivré une passe décisive en un seul mois de Ligue 1. Le jury UNFP l’a désigné joueur du mois, une distinction qu’aucun Brestois n’avait obtenue depuis Pierre Lees-Melou, en février 2024. Au 22 avril 2026, l’attaquant réunionnais comptabilise 7 buts et 6 passes décisives en Ligue 1 cette saison, soit 13 contributions directes aux buts en championnat.
Son entraîneur Éric Roy a déclaré, en mars 2026 : « Un 2e Ludo Ajorque, on ne l’a pas. » À 32 ans, dans un club sans les moyens du PSG ou de Monaco, Ajorque est devenu un pivot irremplaçable, non pas malgré son âge, mais en partie grâce à ce que cet âge a produit.
À 110 000 euros par mois, premier salaire du club
Depuis juillet 2025, Ludovic Ajorque perçoit 1,32 million d’euros bruts par an au Stade Brestois 29, soit 110 000 euros mensuels ou 25 520 euros par semaine. Il est le joueur le mieux rémunéré du club, devant Jordan Amavi (1,09 million d’euros annuels).
Ce contrat, qui court jusqu’en juin 2027, prévoit une progression de 10% par rapport au précédent. Sa valeur totale est estimée à 5,1 millions d’euros bruts sur deux ans. Depuis le début de sa carrière professionnelle, ses gains bruts cumulés sont évalués à environ 10,5 millions d’euros nets ajustés.
Le paradoxe est arithmétique : Brest a levé l’option d’achat sur Ajorque pour environ 3 millions d’euros à l’été 2024, au moment précis où sa valeur marchande atteignait 3,5 millions d’euros. En 2022, au sommet de sa cote, il était évalué à 15 millions d’euros. Le club breton a acquis son meilleur joueur au tiers de son prix d’il y a quatre ans.
Brest en Ligue des Champions, Ajorque en première ligne
Dès son arrivée à Brest en juillet 2024, sous forme de prêt avec option d’achat levée dès septembre 2024, Ajorque a terminé la saison 2024-2025 comme meilleur buteur du club, avec 13 buts en 29 matchs de Ligue 1 et 14 toutes compétitions confondues.
Sur la scène européenne, il a disputé les 8 matchs de la phase de ligue de la Ligue des Champions (0 but, 2 passes décisives). Lors du dernier match de la phase de ligue, face au Real Madrid le 28 janvier 2025, un but d’Ajorque a été refusé pour hors-jeu à la 52e minute. Brest a terminé 18e du classement général avec 13 points, suffisant pour les barrages, avant d’être éliminé par le PSG : 3-0 à l’aller le 11 février, 7-0 au retour le 19 février, soit 10-0 au cumulé. C’était la première participation du club breton à la compétition reine.
Pour un attaquant recruté à 3 millions d’euros et signé après une saison discrète en Bundesliga, la trajectoire est nette.
De la CFA2 réunionnaise à la L1 : dix ans de détours
Ludovic Ajorque est né le 25 février 1994 à Saint-Joseph, à La Réunion. Son père, Jean-Noël Ajorque, a évolué dans la réserve du RC Lens entre 1990 et 1993 avant de renoncer à une carrière professionnelle. Ludovic a grandi dans ce contexte, et remporté la Danone Nations Cup avec la sélection réunionnaise en 2006, à 12 ans.
Sa tentative d’intégration en académie métropolitaine a longtemps achoppé. Le FC Nantes ne l’a pas retenu, invoquant des raisons de quota. Le RC Lens n’a pas donné suite. C’est finalement le SCO Angers qui l’a intégré à son centre de formation. Deux prêts successifs en National ont suivi : au Poiré-sur-Vie (2 buts en 15 matchs, 2014-2015), puis à Luçon (9 buts en 32 matchs, 2015-2016).
À 22 ans, il signe au Clermont Foot 63 en Ligue 2. Lors de la saison 2017-2018, il inscrit 14 buts en 37 rencontres, terminant sixième meilleur buteur du championnat. Le RC Strasbourg l’achète à l’été 2018 pour environ 2 millions d’euros. Ajorque a alors 24 ans. La plupart des attaquants de Ligue 1 y arrivent six ans plus tôt.
À Strasbourg, les chiffres d’un joueur de rang
La saison 2020-2021 reste son pic strasbourgeois : 16 buts en 35 matchs de Ligue 1, un total qui n’avait pas été atteint par un attaquant alsacien depuis David Zitelli, en 1996-1997. Sur l’année civile 2019, il a terminé 4e meilleur buteur du championnat et 3e Français. Un double but inscrit en 103 secondes face à l’Olympique Lyonnais est resté dans les mémoires de la presse sportive alsacienne.
En demi-finale de la Coupe de la Ligue, en janvier 2019, il marque lors de la victoire 3-2 de Strasbourg contre Bordeaux. Le 30 mars 2019, à Lille, le Racing remporte le trophée face à Guingamp aux tirs au but (0-0, 4-1 aux t.a.b.). En janvier 2023, après une première moitié de saison décevante (1 but en 13 matchs), il rejoint le FSV Mayence 05 en Bundesliga pour un transfert estimé entre 6 et 7 millions d’euros. Son bilan allemand est modeste : 8 buts en 43 matchs sur une saison et demie. Au total, en quatre saisons et demie à Strasbourg, il a compilé 51 buts et 19 passes décisives en 151 matchs toutes compétitions confondues, dont 2 buts en 6 matchs de Ligue Europa lors de l’exercice 2019-2020.
Sa valeur marchande atteignait 15 millions d’euros en avril 2022. Elle était retombée à 3,5 millions d’euros au moment où Brest l’a recruté.
Saint-Philippe, 1000 Sourires, et le silence des marques
En 2023, Ajorque a fait construire une villa F4 à Saint-Philippe, dans le sud de La Réunion, sa résidence secondaire sur l’île où il est né. Il est parrain de l’association 1000 Sourires depuis mai 2022, une structure réunionnaise qui encadre des enfants de 6 à 16 ans dans la pratique du football, et parrain de la Danone Nations Cup locale depuis 2020.
Ses intérêts sont gérés par l’agence Only Pro Sport. Aucun contrat publicitaire commercial en nom propre, équipementier, marque grand public ou partenariat de marque, n’a été rendu public à ce jour. Son patrimoine net, en l’absence de toute déclaration officielle, est estimé entre 3 et 6 millions d’euros, sur la base de ses revenus de carrière et de ses charges fiscales françaises et allemandes connues.
Il a par ailleurs décliné à plusieurs reprises les convocations de la sélection nationale malgache, pour laquelle il est éligible par ses ascendances. Il n’a jamais été sélectionné en équipe de France.