Six Grands Chelems, onze sponsors, 43 millions de dollars de gains en carrière : à 24 ans, Iga Świątek est devenue la machine financière la plus puissante du tennis féminin.
Le 12 juillet 2025, en 57 minutes et sur un score de 6-0, 6-0, la Polonaise a remporté Wimbledon pour la première fois. Derrière cette finale expéditive se lit une ascension financière sans précédent dans l’histoire du tennis féminin.
Cinquante-sept minutes, six ans de règne
Le 12 juillet 2025, Amanda Anisimova n’a pas remporté un seul jeu face à Iga Świątek en finale de Wimbledon. En 57 minutes, la Polonaise de 24 ans a empoché 4 millions de dollars de prize money et décroché le sixième Grand Chelem de sa carrière, le premier sur gazon. C’est aussi le seul qui lui manquait pour posséder au moins un titre sur chaque surface de Grand Chelem. Dans la foulée, ses gains cumulés en carrière ont dépassé 42,9 millions de dollars, franchissant le total de Venus Williams et la plaçant au deuxième rang de l’histoire WTA, derrière la seule Serena Williams (94,8 millions de dollars).
Cette saison 2025 est, à ce stade, sa meilleure sur le plan financier : 10,1 millions de dollars de prize money, un record personnel. Pourtant, sur les courts, les six premiers mois de l’année avaient été jugés décevants, demi-finale à Melbourne, demi-finale à Paris, avant que Wimbledon ne remette les compteurs à zéro.
De 633 000 à 10 millions : la courbe d’une domination
En 2019, Iga Świątek a gagné 633 807 dollars en tournois. Elle avait 18 ans, venait de passer professionnelle trois ans plus tôt et atteignait le quatrième tour de Roland-Garros pour la première fois. Un an plus tard, à 19 ans, elle remportait ce même Roland-Garros sans perdre un seul set, battant Sofia Kenin en finale 6-4, 6-1. Son prize money bondissait à 2,26 millions de dollars.
La vraie rupture est intervenue en 2022. Cette saison-là, la Polonaise a enchaîné huit titres, dont Roland-Garros et l’US Open, réalisé une série de 37 victoires consécutives sur 135 jours, la plus longue sur le circuit féminin depuis Steffi Graf en 1990, et pris la tête du classement WTA. Ses gains en tournoi ont atteint 9,88 millions de dollars cette saison, contre 1,92 million l’année précédente. En 2023, elle a confirmé avec 9,86 millions de dollars de prize money, un quatrième Grand Chelem à Roland-Garros et une victoire aux WTA Finals de Cancún.
Ces chiffres ne représentent pourtant qu’une partie de ses revenus. En 2023, Forbes l’a classée première athlète féminine la mieux payée au monde avec 23,9 millions de dollars de revenus totaux, dont la majorité provient de ses contrats publicitaires, non de ses gains en tournoi. Elle devenait alors seulement la quatrième joueuse de tennis à occuper ce rang depuis Serena Williams, après Maria Sharapova et Naomi Osaka. En 2025, Forbes lui attribue 25,1 millions de dollars de revenus totaux, 10,1 millions de gains en tournoi et 15 millions d’endorsements.
Rolex, Lancôme, Visa : onze marques, un positionnement
Onze contrats de sponsoring ont été identifiés dans son portefeuille actuel. Ils couvrent des secteurs aussi éloignés que l’horlogerie de luxe (Rolex), les cosmétiques (Lancôme), les services financiers (Visa), le sportswear premium (ON Running), les jouets (LEGO) et les boissons fonctionnelles (OSHEE). En 2024, ses revenus publicitaires sont estimés entre 13 et 15 millions de dollars, contre 8,4 à 8,8 millions issus du prize money.
Le deal avec ON Running, signé en mars 2023, a fait de Świątek la première femme à rejoindre le roster tennis de la marque suisse. La Polonaise est impliquée dans la conception d’une chaussure signature, encore en développement. En août 2023, elle a signé avec Visa comme première ambassadrice mondiale tennis de la marque de paiement. En avril 2024, Lancôme (groupe L’Oréal) lui a proposé de devenir sa première ambassadrice athlète, aux côtés de Zendaya et Julia Roberts dans les visuels de la marque.
Le partenariat LEGO mérite une mention particulière. Świątek a déclaré construire des sets pendant ses déplacements comme outil de concentration. « C’est quelque chose que j’utilise vraiment dans ma préparation mentale », a-t-elle indiqué lors de la présentation du partenariat en janvier 2024. La cohérence entre l’usage personnel et le contrat publicitaire est rarissime à ce niveau de notoriété. L’ensemble du portefeuille est géré par IMG, l’une des agences sportives les plus puissantes au monde, qui a notamment construit le deal Visa.
Un seul contrat majeur n’a pas été reconduit : celui avec Porsche, qui s’est terminé fin 2025. La marque automobile allemande reste partenaire du tournoi de Stuttgart où elle continue de jouer, mais Świątek n’en est plus l’ambassadrice globale.
Quatre Roland-Garros et une lacune sur gazon
Pour comprendre ce que représente Wimbledon 2025, il faut mesurer ce que le gazon avait longtemps représenté comme point faible. Entre 2022 et 2024, Świątek a régné 125 semaines consécutives au rang de numéro 1 mondiale, remporté quatre Roland-Garros en cinq ans (2020, 2022, 2023, 2024), le Sunshine Double Indian Wells-Miami en 2022, et les WTA 1000 de Madrid et Rome à deux reprises. Aux Jeux Olympiques de Paris 2024, elle a décroché la médaille de bronze en simple dames.
Sur gazon, en revanche, elle n’avait jamais dépassé les quarts de finale à Wimbledon avant cette édition 2025, où elle était engagée comme huitième tête de série. Son jeu, fondé sur une défense de fond de court à haute intensité physique, était considéré moins adapté aux rebonds bas du gazon que celui de ses rivales. La finale en 57 minutes contre Anisimova, treizième tête de série, a mis fin à cette perception.
La mélatonine polonaise et un mois de suspension
Le 12 août 2024, à Cincinnati, au lendemain des Jeux Olympiques de Paris, Iga Świątek a été testée positive à la trimétazidine (TMZ) lors d’un contrôle hors compétition. L’enquête de l’ITIA a établi que la contamination provenait d’un complément de mélatonine, vendu légalement en Pologne, dont le conditionnement était défaillant. La faute a été qualifiée de « niveau le plus bas du barème ».
La suspension, d’une durée d’un mois, est devenue effective en novembre 2024. Świątek a également renoncé au prize money gagné lors de ses demi-finales au Cincinnati Open. L’ITIA a statué sur son innocence intentionnelle. Aucun contrat de sponsoring n’a été rompu à la suite de l’affaire. Elle a repris la compétition pour l’Open d’Australie 2025, où elle a atteint les demi-finales.
L’affaire a nourri un débat sur les contaminations de produits courants et les failles de contrôle dans le tennis professionnel. En janvier 2025, le joueur australien Nick Kyrgios a publiquement mis en cause la crédibilité du traitement réservé à Świątek par rapport à d’autres cas de dopage plus lourdement sanctionnés sur d’autres circuits.
Melbourne, le seul chapitre manquant
Six Grands Chelems, quatre surfaces couvertes, une médaille olympique, plus de 43 millions de dollars de gains en carrière. Ce qui reste absent du palmarès d’Iga Świątek, c’est l’Open d’Australie. Elle n’a jamais remporté le premier Grand Chelem de la saison, disputé sur surface dure à Melbourne. Sa meilleure performance y est une demi-finale, atteinte en janvier 2025.
Un titre à Melbourne la placerait dans le groupe, quatre joueurs dans l’histoire, ayant réalisé le Career Golden Slam : quatre Majeurs différents et une médaille d’or olympique en simple. Avant elle, Steffi Graf (1988), Rafael Nadal, Novak Djokovic et Serena Williams y sont parvenus. En avril 2026, Świątek pointe au 4e rang du classement WTA avec 7 273 points, légèrement en retrait de son pic de domination. Roland-Garros, où elle a remporté quatre des six dernières éditions, débutera en mai.