Brendan Chardonnet, l’âme du Stade Brestois

03/09/2026

Né près de Brest, formé au Stade Brestois, capitaine depuis 2022, Brendan Chardonnet traverse montées, maintien et deuil d’Éric Roy : silhouette centrale du club.

Le Stade Brestois 29 entre dans l’été 2026 sans l’entraîneur qui l’avait porté jusqu’en Ligue des champions. Il lui reste un capitaine, formé à quinze kilomètres du stade, qui n’a jamais signé ailleurs. Depuis quinze ans, Brendan Chardonnet a traversé les montées, les maintiens arrachés et la première épopée européenne du club breton, toujours avec le même maillot. Ce que la mort d’Éric Roy a mis en lumière n’était prévu dans aucun contrat.

« Il se souciait de tout le monde chaque matin »

Le 17 juin 2026, en fin de journée, Brendan Chardonnet apprend la mort d’Éric Roy depuis l’extérieur du club. Il n’attend pas de consigne. Il prend son téléphone et envoie le premier message au groupe des joueurs du Stade Brestois 29. Personne ne lui avait demandé de le faire.

Le lendemain, 18 juin, il est devant le stade Francis-Le Blé. Les supporters se sont rassemblés spontanément pour rendre hommage à l’entraîneur décédé à 58 ans d’un cancer du pancréas. C’est Chardonnet qui porte la parole du groupe. Il a déclaré : « C’est compliqué de trouver les mots, de savoir quoi dire, mis à part le remercier pour tout ce qu’il a fait pour nous tous. »

Roy avait dirigé le club pendant trois ans et demi, en silence, sous traitement. Ni les joueurs ni le club n’avaient communiqué publiquement sur sa maladie. Chardonnet l’a appris à distance, comme ses coéquipiers, mais c’est lui qui a réagi en premier.

Dans le vestiaire brestois, ce réflexe n’est pas une surprise.

L’arrivée de Roy en 2023 avait tout changé

En janvier 2023, le Stade Brestois est 17e de Ligue 1, en position de relégation directe, c’est-à-dire parmi les clubs qui descendent automatiquement en deuxième division en fin de saison. La direction nomme Éric Roy pour remplacer Michel Der Zakarian.

Roy redresse la situation en maintenant le club au terme d’une série de sept matchs sans défaite entre mars et mai 2023. Chardonnet, capitaine depuis août 2022, a décrit cette période dans une interview en mai 2024 : « On n’était pas bien à cette époque, alors on s’est resserré. »

L’exercice suivant, 2023-2024, change de dimension. Brest termine troisième de Ligue 1, derrière le PSG et l’AS Monaco, meilleur classement de toute l’histoire du club, fondé en 1950, et se qualifie pour la Ligue des champions pour la première fois. Roy est élu meilleur entraîneur de Ligue 1 en 2024.

Une déclaration de Roy sur son capitaine, publiée en septembre 2025, résume la relation entre les deux hommes : « On a besoin d’avoir un Brendan Chardonnet au top de sa forme. » La phrase dit l’interdépendance entre eux, et ce que la mort de Roy laisse désormais en suspens.

De Plouzané au brassard en C1 : quinze ans d’un seul club

Brendan Chardonnet est licencié au Plouzané AC de 2000 à 2010. Il joue attaquant, puis recule vers la défense centrale au fil des années de formation. En 2010, à 15 ans, il rejoint le centre de formation du Stade Brestois 29.

Le premier match professionnel arrive le 18 mai 2013, au Parc des Princes. C’est le dernier match de carrière de David Beckham avec le PSG. Brest est déjà relégué en Ligue 2, la deuxième division du football français. Chardonnet entre en jeu comme remplaçant, à 18 ans.

La saison suivante, en Ligue 2, il dispute 15 matchs comme titulaire. En 2015, il part en prêt au SA Épinal, en National, troisième division française, pour une saison. Il revient à Brest sans avoir fracassé de porte.

La titularisation définitive n’intervient qu’à 26 ans, lors de la saison 2020-2021 : 33 matchs de championnat, contre 12 la saison précédente. Au total, en juillet 2026, Chardonnet dépasse les 255 matchs officiels toutes compétitions sous la tunique rouge et blanche, à titre de comparaison, Yvon Pouliquen, figure du club dans les années 1980, avait cumulé 168 matchs en première division sur sa décennie brestoise. En Ligue des champions 2024-2025, la première participation du club à cette compétition, Chardonnet dispute 9 matchs pour 810 minutes de jeu, soit le total le plus élevé de l’effectif défensif.

Le brassard, lui, arrive en août 2022. Pas avant.

Quatre prolongations, et chaque fois il est resté

Entre 2017 et 2024, Brendan Chardonnet signe cinq contrats successifs avec le Stade Brestois 29. La première prolongation date de mai 2017, la dernière de novembre 2024, annoncée par le club au lendemain d’une victoire 1-2 à Prague contre le Sparta, lors de la première phase de groupe de Ligue des champions disputée par Brest.

Cette prolongation court jusqu’en 2027. Chardonnet avait 29 ans lors de sa signature. Le communiqué officiel du club choisit une formulation directe : « Un capitaine ne quitte jamais le navire. »

À chacune de ces échéances, Chardonnet figurait dans des effectifs qui auraient pu constituer des tremplins vers d’autres clubs. La saison 2023-2024, notamment, avait mis son nom en circulation dans plusieurs médias spécialisés. Il a prolongé à chaque fois.

En juillet 2026, sa valeur marchande est estimée à 2,9 millions d’euros, un écart considérable avec les montants pratiqués pour des défenseurs centraux de son niveau en Ligue 1 lors du marché estival 2024, où la moyenne dépasse 15 millions. Ce décalage entre sa valeur de marché et sa stature au club dit quelque chose sur ce que Brest a construit autour de lui, et sur ce que le club perdrait si ce lien venait à se rompre.

Pouliquen, Le Guen : les fantômes qu’on ne peut pas comparer

Yvon Pouliquen a porté le maillot brestois de 1977 à 1987, période au cours de laquelle le club atteignit son meilleur classement en première division avant l’ère Chardonnet : 8e en 1986-1987. Paul Le Guen, lui, est passé par Brest en début de carrière avant de rejoindre Nantes, puis le Paris SG, où il a exercé le capitanat.

Ni pour l’un ni pour l’autre, les archives ne permettent d’établir avec précision la durée du capitanat, le nombre de matchs joués avec le brassard, ni les circonstances de la nomination. Les fonds documentaires du club pour la période 1977-1992, avant la liquidation judiciaire de décembre 1991, qui a contraint le Stade Brestois à repartir de la troisième division, sont peu systématisés.

Cette lacune n’est pas anecdotique. Elle dit quelque chose sur la capacité d’un club à construire et transmettre sa propre mémoire. Le Stade Brestois 29 reconstitué à partir de 1992 repart de zéro, sans archives centralisées, sans musée, avec une histoire coupée en deux.

Les chiffres de Chardonnet, eux, existent. Ce que le club en fait reste à écrire.

« Dans le livre du footballeur, il n’y a pas de savoir-faire pour ça »

Le 18 juin 2026, devant le stade Francis-Le Blé, Chardonnet prononce une phrase qui circule rapidement sur les réseaux sociaux des supporters brestois : « Dans le livre du footballeur, il n’y a pas de savoir-faire pour affronter cette situation. On a encore du mal à l’accepter. »

La saison 2025-2026 s’achève sur une 12e place en Ligue 1, très loin de la troisième place historique de 2024, mais suffisante pour maintenir le club parmi les seize équipes qui continuent en première division la saison suivante. Chardonnet, 31 ans, dispute 28 matchs de championnat. Le club continue sans avoir changé de capitaine.

Éric Roy avait déclaré publiquement qu’il était le meilleur entraîneur de l’histoire du club. Chardonnet, lui, a déclaré que Roy était « l’entraîneur qui m’a le plus marqué ».

Le 24 juin 2026, le Stade Brestois nomme Julien Lachuer, 49 ans, ancien adjoint d’Éric Roy depuis janvier 2023, comme nouvel entraîneur principal. Le 3 juillet, les joueurs reprennent l’entraînement collectif. Avant la séance, ils se recueillent devant une plaque commémorative posée à l’entrée du Francis-Le Blé.

Image placeholder

Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.

Laisser un commentaire