Salaires XXL, primes de titres, contrat saoudien puis sacrifice salarial en Liga : l’itinéraire d’Aymeric Laporte éclaire la nouvelle économie des défenseurs centraux européens.
En quelques années, un défenseur central discret a vu son compte en banque franchir les neuf chiffres. Des transferts à prix record, un détour par un championnat émergent rémunéré à plus de 20 millions d’euros par saison, puis un retour dans un stade qu’il connaît par cœur : sa trajectoire ne suit pas le tracé habituel. Entre deux Coupes d’Europe, il a changé de maillot national et de langue dans le vestiaire. Aujourd’hui, il gagne bien moins qu’hier mais il joue plus que jamais sa réputation.
San Mamés s’est levé d’un bloc quand il a traversé la pelouse, un soir de la saison 2025-2026, avec le brassard sur le bras gauche. Sous les projecteurs du stade de Bilbao, Aymeric Laporte, né le 27 mai 1994 à Agen, retrouvait ce rectangle vert qu’il avait quitté en janvier 2018 pour Manchester City, après un détour par Al‑Nassr officialisé en août 2023. Dans les tribunes, quelques drapeaux espagnols côtoyaient des ikurriñas, le drapeau traditionnel du Pays basque, tandis que son nom restait associé à la fois au City de Pep Guardiola et au virage saoudien de sa carrière. Au moment où la FIFA a validé son transfert vers l’Athletic Bilbao en septembre 2025, le défenseur n’était plus le joueur payé plus de 20 millions d’euros par an en Arabie saoudite, mais un cadre de retour dans un club où son salaire est évalué à environ 3 millions d’euros nets par saison.
9,3 millions pour le rapatrier
L’Athletic Bilbao a obtenu de la FIFA l’autorisation d’enregistrer Aymeric Laporte en septembre 2025, dans le cadre d’un transfert depuis Al‑Nassr évalué autour de 9 à 10 millions d’euros selon plusieurs médias spécialisés. Le club basque lui a proposé un contrat courant jusqu’en 2028, avec une rémunération estimée à 3 millions d’euros nets par saison, soit environ 250 000 euros par mois, 57 692 euros par semaine et 8 219 euros par jour.
Ces montants restent très élevés à l’échelle du sport professionnel européen, mais ils sont très inférieurs aux bases salariales associées à son passage à Al‑Nassr. Son revenu en Arabie saoudite est évalué à près de 25 millions d’euros par an, selon des bases de données spécialisées qui convergent autour de ce niveau de rémunération.
Au moment de ce retour, Laporte restait identifié comme un joueur de la Roja dans les bases statistiques et les portraits récents de presse consacrés à la Coupe du monde 2026. Sa place dans le groupe espagnol s’explique aussi par son expérience accumulée en Euro et en Ligue des nations, ainsi que par son retour attendu dans un championnat majeur européen.
Agen, Bayonne, puis la frontière
Aymeric Laporte est né à Agen, dans le Lot‑et‑Garonne, et a grandi dans un environnement où le rugby domine culturellement dans le Sud‑Ouest français. Il a joué au SU Agen puis à l’Aviron Bayonnais avant d’opter définitivement pour le football, alors que sa trajectoire ne passait pas encore par les grands centres de formation français les plus médiatisés.
Adolescent, il a effectué une journée d’essai à l’Olympique de Marseille sans y être retenu. Quelques mois plus tard, l’Athletic Bilbao l’a recruté dans sa filière de formation, Lezama, en raison de ses attaches basques familiales et de son potentiel technique de défenseur gaucher.
À 16 ans, il a donc quitté la France pour s’installer au Pays basque espagnol, devenant l’un des rares Français à intégrer durablement l’Athletic. Marcelo Bielsa l’a lancé en équipe première en 2012, et Laporte a rapidement accumulé les matches de Liga et de Coupes d’Europe avec le club bilbayen.
En 2015, il a remporté la Supercoupe d’Espagne face au FC Barcelone, premier trophée majeur de l’Athletic depuis 31 ans. Cette phase de carrière correspond aussi à une hausse rapide de ses revenus : ses salaires hebdomadaires sont passés d’environ 8 500 livres à près de 130 000 livres en quatre saisons, soit de moins de 500 000 livres à près de 7 millions de livres annuels. Chaque prolongation augmentait à la fois son salaire et sa clause libératoire, c’est‑à‑dire le montant à payer pour le sortir de son contrat sans négociation classique. À la veille de son départ, Laporte était déjà devenu l’un des actifs les plus valorisés de l’Athletic sur le marché européen.
Le chèque de 65 millions
Le 29 janvier 2018, Manchester City a levé la clause libératoire de 65 millions d’euros inscrite dans le contrat de Laporte à Bilbao. Il devenait alors le deuxième défenseur le plus cher du monde derrière Virgil van Dijk, recruté par Liverpool quelques semaines auparavant.
À Manchester City, Laporte a signé un contrat de longue durée évalué à environ 120 000 livres par semaine sur plusieurs saisons, soit autour de 6,2 millions de livres par an. Ces données couvrent les saisons 2018-2019 à 2022-2023, après un premier palier autour de 150 000 livres hebdomadaires au moment de son arrivée.
Sur le terrain, il a participé aux saisons de domination de City sous Pep Guardiola, avec plusieurs titres de Premier League et des campagnes prolongées en Ligue des champions. Dans un entretien publié en juin 2026, il revient d’ailleurs sur les hauts et les bas de cette période, marquée à la fois par des trophées et par une frustration croissante liée à son statut en fin de cycle.
En cinq saisons complètes à plus de 6 millions de livres annuels, Laporte a ainsi cumulé plus de 30 millions de livres de salaires bruts, hors primes collectives. À cela s’ajoutent les bonus de titres nationaux et les primes liées aux parcours européens, dont les montants exacts ne sont pas publics.
Bleu, puis rouge
Avant de défendre les couleurs de l’Espagne, Laporte a longtemps porté celles des sélections de jeunes françaises. Il a cumulé une cinquantaine de matches entre les équipes U17, U18, U19, U20 et Espoirs, avec parfois le brassard de capitaine.
Didier Deschamps l’a convoqué en équipe de France A en 2016, sans lui donner la moindre minute officielle. Cette attente a nourri sa réflexion sur un changement de sélection, qu’il a commencé à évoquer publiquement cette année-là.
En 2021, la Fédération espagnole a obtenu la validation de sa naturalisation sportive par la FIFA. Luis Enrique, alors sélectionneur, l’a ensuite intégré à la Roja pour l’Euro 2020, disputé en 2021 à cause de la pandémie, puis pour les compétitions suivantes.
Lors de l’Euro 2024, la presse française présentait encore Laporte comme « le natif d’Agen devenu un maillon fort de la Roja ». Son choix a alimenté les débats sur les binationaux, mais il a aussi renforcé sa visibilité internationale et ses revenus annexes, grâce aux primes de sélection et aux opérations d’image liées aux grandes compétitions.
Sa présence dans ces tournois lui a donné droit à des primes de match et de parcours qui, cumulées sur plusieurs années, représentent plusieurs centaines de milliers d’euros supplémentaires par rapport à ses seuls salaires de club.
Les doutes de City
À partir de 2022, le temps de jeu de Laporte a diminué à Manchester City, alors même que son salaire restait au niveau des cadres de l’effectif. Cette dissociation entre rémunération stable et statut sportif moins central a préparé la suite de sa carrière.
Dans son entretien de 2026, il évoque des « injustices » ressenties lors de certaines campagnes européennes et des matches où il pensait jouer avant de se retrouver sur le banc. Il explique aussi avoir commencé à réfléchir à un nouveau projet alors qu’il estimait encore avoir plusieurs années de haut niveau devant lui.
Cette phase est importante pour comprendre la logique du départ vers l’Arabie saoudite : sportivement, Laporte restait un défenseur de haut niveau ; contractuellement, il avait déjà sécurisé plusieurs années de revenus très élevés ; psychologiquement, il cherchait un cadre où retrouver un rôle fort.
Le jackpot saoudien
Al‑Nassr a officialisé l’arrivée d’Aymeric Laporte en août 2023, avec un contrat courant jusqu’en juin 2026. Les estimations des sites spécialisés situent son salaire entre 471 000 euros et 475 000 euros par semaine, soit environ 24 à 25 millions d’euros par an.
Pour mesurer la rupture, Manchester City lui versait un peu plus de 6 millions de livres par an, contre plus de 20 millions d’euros par saison en Arabie saoudite. Son revenu annuel a donc été multiplié par plus de trois au moment du transfert vers Al‑Nassr.
Des calculs établis à partir de 635 jours passés à Al‑Nassr estiment qu’il a déjà cumulé près de 14 millions d’euros, soit plus de 21 000 euros gagnés chaque jour. Ces évaluations ne prennent pas en compte d’éventuels bonus additionnels ou revenus liés à l’image.
Dans l’hypothèse où son contrat saoudien serait mené jusqu’à son terme de juin 2026, son passage à Al‑Nassr pourrait représenter théoriquement plus de 60 millions d’euros de rémunération brute cumulée. C’est ce bloc contractuel qui explique en grande partie l’estimation de valeur nette de plus de 100 millions d’euros avancée par les bases spécialisées.
Le retour, et le prix du choix
À partir du printemps 2025, plusieurs médias ont fait état d’un intérêt de clubs européens pour Laporte, dont l’Olympique de Marseille, la Juventus et l’Athletic Bilbao. L’OM envisageait un salaire compris entre 2 et 2,5 millions d’euros nets par saison.
Ce niveau l’aurait placé parmi les plus hauts salaires du club marseillais, mais il serait resté sept à dix fois inférieur aux revenus perçus à Al‑Nassr. La question n’était donc pas seulement sportive : elle engageait un arbitrage massif entre exposition européenne et sécurité financière.
Finalement, l’Athletic Bilbao a pris l’avantage et obtenu l’autorisation de la FIFA pour finaliser le retour du joueur en septembre 2025. Les montants évoqués tournent autour de 9 à 10 millions d’euros pour le transfert et de 3 millions d’euros nets par an pour le salaire, chiffres à considérer comme des estimations de presse et non comme des données officiellement publiées par le club.
Ce retour doit lui permettre de retrouver durablement la Liga et les compétitions européennes, comme l’indique sa présence dans les effectifs engagés en Ligue des champions 2025-2026. Pour l’Espagne, évoluer de nouveau dans un championnat majeur renforce mécaniquement sa lisibilité au moment d’aborder l’échéance du Mondial 2026.
Ce que disent vraiment ses chiffres
En agrégeant ses différentes étapes de carrière, les sites spécialisés estiment la fortune nette d’Aymeric Laporte à un peu plus de 100 millions d’euros. Ce chiffre ne relève pas d’une déclaration officielle du joueur, mais d’une estimation construite à partir des contrats connus, des salaires reconstitués et des revenus annexes probables.
La trajectoire de ses revenus suit une progression très lisible. À Bilbao, entre 2013 et 2017, il passe de moins de 500 000 livres par an à près de 7 millions de livres annuels. À Manchester City, il stabilise ses revenus autour de 6,2 millions de livres par saison pendant plusieurs années. À Al‑Nassr, il franchit un nouveau seuil au‑delà de 20 millions d’euros annuels. À son retour à Bilbao, ses revenus redescendent à un niveau très élevé pour la Liga, mais sans commune mesure avec ceux de la Saudi Pro League.
À ces montants s’ajoutent les primes de compétitions internationales avec l’Espagne depuis 2021, ainsi que les bonus de titres avec Manchester City. Les contrats publicitaires individuels de Laporte sont peu documentés publiquement, ce qui distingue son profil de celui des très grandes stars offensives ; l’essentiel de sa fortune semble donc provenir de ses salaires de club.
Cette trajectoire fait de Laporte un cas rare parmi les défenseurs centraux européens : un joueur passé par la hausse des salaires de Premier League, puis par le choc financier de la Saudi Pro League, avant de revenir dans un championnat majeur pour retrouver un cadre plus compétitif.
Un riche sans ostentation
Malgré cette fortune estimée à plus de 100 millions d’euros, Laporte apparaît peu dans la presse pour des sujets extra‑sportifs. Les portraits qui lui sont consacrés se concentrent surtout sur son parcours entre la France et l’Espagne, son passage à City, puis ses choix de carrière récents.
Les médias rappellent qu’il vit en Espagne depuis son adolescence et qu’il a construit l’essentiel de sa vie personnelle au Pays basque. La presse espagnole insiste davantage sur son statut d’international expérimenté et sur sa vie familiale que sur un éventuel train de vie ostentatoire.
Les polémiques qui l’entourent concernent surtout son changement de sélection nationale, régulièrement rappelé lors des rencontres entre la France et l’Espagne. Les informations publiques disponibles ne font état ni de scandales judiciaires majeurs ni de surexposition médiatique hors football.
Dans son entretien de juin 2026, Laporte apparaît surtout comme un joueur encore marqué par certains épisodes de Manchester City mais concentré sur la suite de sa carrière. À ce stade, le contraste est net : une fortune comparable à celle de nombreuses stars du poste, mais une présence publique toujours mesurée.