Willy Sagnol a qualifié la Géorgie pour son premier Euro, lancé Kvaratskhelia vers le PSG et Liverpool pour Mamardashvili. Mais pas de Mondial 2026.
Cinq ans après son arrivée à Tbilissi, Willy Sagnol présente un bilan que peu de sélectionneurs peuvent aligner : une qualification historique pour un Euro, une victoire contre le Portugal, deux joueurs exportés vers les plus grands clubs d’Europe. Et pourtant, la Géorgie ne sera pas au Mondial 2026. C’est cette contradiction qui définit aujourd’hui son mandat.
Budapest, en spectateur
Le 30 mai 2026, au Puskas Aréna de Budapest, Willy Sagnol regardait depuis les tribunes la finale de la Ligue des champions. Son joueur, Khvicha Kvaratskhelia, a provoqué le penalty de l’égalisation à la 65e minute. Le PSG a battu Arsenal aux tirs au but, 4-3 après un match nul 1-1. L’UEFA a désigné l’ailier géorgien meilleur joueur de la compétition.
Sagnol n’était pas là en tant que sélectionneur en activité sur une compétition. La Géorgie avait été éliminée des qualifications pour le Mondial 2026 dès le 14 octobre 2025, après une défaite 1-4 en Turquie. Il assistait à la consécration de son joueur sans avoir pu lui offrir une dernière vitrine collective avant l’été.
Sur l’ensemble de la saison 2025-2026, Kvaratskhelia a inscrit 18 buts et délivré 10 passes décisives en 46 matchs avec le PSG. En Ligue des champions, 10 buts et 6 passes décisives en 16 matchs de phase finale, un record pour un joueur parisien sur une seule édition européenne. Son nom circule parmi les grands favoris du Ballon d’Or 2026. La non-qualification de la Géorgie au Mondial lui prive une visibilité que les grandes compétitions nationales offrent habituellement aux candidats sérieux à cette récompense.
En septembre 2025, sur RMC Sport, Sagnol avait livré une anecdote restée peu commentée. « J’ai contacté différents clubs français pour leur parler de Kvaratskhelia, mais je n’ai pas reçu beaucoup de réponses », a-t-il déclaré. C’était en 2022, avant que l’ailier n’explose à Naples. Le joueur a été transféré au PSG le 17 janvier 2025 pour 70 millions d’euros.
La nuit de Tbilissi
Le 26 mars 2024, au stade Boris-Paichadze, la Géorgie a battu la Grèce aux tirs au but, 0-0, 4-2. C’était la première qualification de l’histoire du pays pour un Championnat d’Europe.
Sagnol a comparé la charge émotionnelle de cette soirée à celle de la Ligue des champions remportée avec le Bayern Munich en 2001. Pour un homme qui a disputé 277 matchs en Bavière entre 2000 et 2008, la comparaison dit quelque chose sur l’échelle personnelle de l’événement.
Trois mois plus tard, en Allemagne, la Géorgie a battu le Portugal 2-0 le 26 juin 2024 et s’est qualifiée pour les huitièmes de finale. Au début du tournoi, elle occupait le 74e rang mondial au classement FIFA. « Je pensais que nous avions atteint notre maximum en nous qualifiant en mars », a déclaré Sagnol après cette victoire contre les Portugais.
Le parcours s’est arrêté le 30 juin face à l’Espagne, défaite 1-4. Le classement FIFA de la Géorgie est passé du 156e rang à la 42e place, son meilleur résultat historique, avant de redescendre à la 72e position en avril 2026. Le 12 novembre 2024, la fédération a prolongé son contrat jusqu’en 2028. Levan Kobiashvili, président de la fédération, a parlé d’une période « fructueuse » et dit attendre « encore plus de résultats ».
Groupe E, six défaites sur six possibles
La campagne de qualification pour le Mondial 2026 a placé la Géorgie dans le groupe E, aux côtés de l’Espagne, de la Turquie, de la Bulgarie et de Chypre.
Le bilan est sans équivoque. Dès la première journée, le 4 septembre 2025, la Géorgie a perdu 2-3 contre la Turquie. Le 7 septembre, une victoire 3-0 contre la Bulgarie, buts de Kvaratskhelia, Nika Gagnidze et Georges Mikautadze, a brièvement relancé les espoirs. Elle est restée le seul succès de la campagne.
Le 11 octobre, défaite 0-2 à Elche contre l’Espagne. Le 14 octobre, à Kocaeli, défaite 1-4 contre la Turquie. Ce résultat a officiellement mis fin aux espoirs géorgiens. Avant ce match, Sagnol avait tenu un discours de fermeté en conférence de presse : « Nos objectifs et nos attentes sont élevés. Nous le prouverons », a-t-il déclaré. Le 15 novembre, l’Espagne a battu la Géorgie 4-0 à Tbilissi. Le 18 novembre, la Bulgarie l’a emporté 2-1.
La Géorgie a terminé troisième du groupe avec 3 points. L’Espagne en a obtenu 16, la Turquie 13. En mars 2026, Sagnol a convoqué 24 joueurs pour deux matchs amicaux contre Israël et la Lituanie. Son contrat court jusqu’en 2028.
Liverpool attend Mamardashvili
Kvaratskhelia n’est pas le seul joueur géorgien dont la valeur a changé d’échelle pendant le mandat Sagnol.
Giorgi Mamardashvili a été recruté par Liverpool à l’été 2024 pour environ 30 millions d’euros, dans les semaines qui ont suivi l’Euro. Ses performances dans le but géorgien en Allemagne avaient retenu l’attention des recruteurs européens. Un prêt d’une saison à Valence a précédé sa prise de fonction à Anfield, en juillet 2025.
En janvier 2025, Kvaratskhelia avait rejoint le PSG pour 70 millions d’euros. Deux transferts vers deux des clubs les plus suivis d’Europe, en l’espace de quelques mois. En février 2021, quand Sagnol a pris en main la sélection, aucun joueur géorgien n’évoluait dans un club de cette catégorie.
Sagnol a décrit son rôle de relais auprès des clubs français pour Kvaratskhelia dès 2022, sans succès. La visibilité obtenue à l’Euro 2024 a accompli ce que les coups de téléphone n’avaient pas réussi.
Tbilissi, plusieurs mois par an
La connexion entre Sagnol et la Géorgie a commencé par une relation préexistante, pas par un appel d’offres.
Levan Kobiashvili et Alexander Iashvili, dirigeants de la fédération géorgienne, avaient croisé Sagnol en Bundesliga. Les deux anciens joueurs géorgiens l’avaient côtoyé à l’époque de son passage au Bayern Munich. « Il y a eu un sentiment de confiance immédiat », a indiqué Sagnol au sujet de ses premiers échanges avec eux.
Depuis sa nomination en février 2021, il vit plusieurs mois par an à Tbilissi. Il a expliqué vouloir connaître « le pays, sa culture, ses traditions » et les joueurs qu’il dirige. La plupart des sélectionneurs nationaux travaillent entre deux fenêtres internationales, sans résidence dans le pays concerné.
Le vestiaire géorgien fonctionne en anglais. Les joueurs sont dispersés entre plusieurs championnats européens, Serie A, Premier League, Ligue 1, Bundesliga. Des éléments biographiques publics indiquent que Sagnol partage sa vie avec une épouse britannique, ce qui a facilité l’usage de cette langue commune. En janvier 2026, dans le podcast « Kampo » animé par le journaliste Smaïl Bouabdellah, il est revenu sur ses huit années au Bayern en distinguant nettement l’exigence professionnelle du quotidien : « Professionnellement, dans le boulot, j’ai adoré », a-t-il déclaré, avant de décrire avec plus de distance son rapport à la culture allemande.
Bordeaux, le Bayern et un intérim
Willy Sagnol est né le 18 mars 1977 à Saint-Étienne. Le 1er février 2009, à 31 ans, il a annoncé sa retraite en raison de douleurs persistantes au tendon d’Achille. Sa carrière de joueur s’est arrêtée là.
Avec le Bayern Munich, il avait remporté cinq Bundesliga, quatre Coupes d’Allemagne, une Ligue des champions et une Coupe intercontinentale. Avec l’équipe de France, 58 sélections entre 2000 et 2008, il a disputé la finale de la Coupe du monde 2006 à Berlin, perdue aux tirs au but face à l’Italie, et remporté deux Coupes des Confédérations, en 2001 et 2003.
Sa reconversion a suivi un tracé moins rectiligne. Consultant sur Canal+, puis sélectionneur de l’équipe de France Espoirs entre 2013 et 2014, six victoires en huit matchs, il a pris en charge les Girondins de Bordeaux en 2014. Il y a dirigé 88 matchs avant d’être licencié le 14 mars 2016. Cet épisode a durablement pesé sur sa crédibilité dans le milieu français.
En octobre 2017, le Bayern Munich l’a rappelé pour un intérim d’un match après le départ de Carlo Ancelotti. Le nul 2-2 contre le Hertha Berlin n’a pas débouché sur une suite. Entre 2018 et 2020, il est revenu aux médias : l’émission « Ici c’est Willy » sur RMC, des interventions sur RMC Sport et BFM TV.
En février 2021, lorsque la fédération géorgienne l’a approché, il sortait de deux ans sans poste d’entraîneur. « Les discussions avec les dirigeants et le potentiel de l’équipe m’ont convaincu », a-t-il déclaré au moment de sa nomination. Cette phrase, prononcée alors que la Géorgie pointait au 156e rang mondial, prend une résonance différente cinq ans plus tard, même si la route vers le Mondial 2026 s’est refermée avant de s’ouvrir.